Chateaubriand au coin du feu

En début de semaine, je me suis accordé un petit plaisir: j’ai lu mes passages préférés des Mémoires d’outre-tombe au coin du feu. Il faut dire que le temps s’est considérablement rafraîchi et que, dans ma chaumière, le froid me pénétrait jusqu’aux os. Avant de plonger dans ma lecture, j’ai ramassé des branches mortes dans les bois alentour et les ai débitées à la hache. Les anciens disaient: « Le bois réchauffe deux fois ». Sous-entendu: « Quand on le casse et quand on le brûle… »

J’ai empilé mes bûches près de mon poêle et allumé le feu avec quelques touffes de genêts – bien sèches, leurs tiges flambent comme des allumettes. J’ai approché ma chaise et me suis laissé envahir par le frisson délicieux de la chaleur qui se répandait dans la pièce.

Chateaubriand peut paraître agaçant. C’est un auteur qui prend la pose. Malgré sa noblesse, une carrière d’homme politique et d’ambassadeur, des aventures avec les plus belles femmes de son temps, il se lamente sans cesse sur sa destinée, sur ce « jour où sa mère lui infligea la vie » . Le fameux vague à l’âme. Mes ancêtres, qui, à la même époque, vivaient à huit ou dix dans mon étroite cuisine, étaient bien plus à plaindre. Les romantiques sont tous ainsi. C’est aussi ce qui fait leur charme.

Il n’en demeure pas moins que le style de notre auteur est sans égal et qu’on lui doit les plus belles pages de notre littérature: René sur l’Etna, le chant de la grive, la vie dans le château de Combourg et les premiers émois du futur écrivain, le portrait de sa sœur Lucile – avec laquelle il entretient des rapports ambigus – la mort d’Atala, celle de Pauline de Beaumont, la fin grandiose des Mémoires … Ce n’est pas pour rien qu’on appelle François-René de Chateaubriand « l’enchanteur de Bretagne ». Il mêle la grâce du classicisme à la passion du romantisme. Un des sommets de notre littérature.

François-René de Chateaubriand. Le regard perdu au loin, les cheveux aux vents, les ruines en toile de fond… Tout le romantisme est là!

Pour terminer, un extrait de saison: « Mes joies de l’automne ».

Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.

Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes, le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement des corneilles dans la prairie de l’étang, et leur perchée à l’entrée de la nuit sur les plus hauts chênes du grand Mail. Lorsque le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais du vent gémissaient dans les mousses flétries, j’entrais en pleine possession des sympathies de ma nature. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d’un guéret, je m’arrêtais pour regarder cet homme germé à l’ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui, retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l’automne : le sillon qu’il creusait était le monument destiné à lui survivre.

Si vous vous ennuyez ce week-end, lisez ou relisez les premiers livres des Mémoires d’outre-tombe!

 

If you tell – A True story of Murder, Family Secrets, and the Unbreakable Bond of Sisterhood

Comme j’en ai pris l’habitude depuis quelque temps, cette semaine, j’ai écrit jusqu’à six heures et demie et passé mes soirées à lire If you tell de Gregg Olsen. Histoire vraie et abominable de trois sœurs confrontées, dans leur enfance, à une mère perverse et sadique.

Du plaisir de découvrir une langue étrangère

On peut critiquer tant qu’on voudra Amazon et les liseuses. Le géant américain et son outil fétiche vous donnent accès à toutes sortes de livres, quand bien même vous habitez au fin fond de la France périphérique. Vous avez même la possibilité, grâce à un dictionnaire intégré à l’appareil, de lire en langue étrangère avec une certaine aisance. Plutôt que de tourner les pages d’un lourd dictionnaire quand un mot inconnu vous gêne dans la compréhension d’un passage, vous appuyez sur le mot en question et sa définition apparaît juste au-dessous ou au-dessus. Vous ne vous interrompez quasiment pas dans votre lecture, assimilez rapidement un certain vocabulaire et ne quittez pas l’univers qui se déploie dans le livre. Il faut admettre que la technologie n’a pas que du mauvais.

A True Story of Murder

Le sous-titre est pour le moins aguicheur. Le grand public se passionne pour ces histoires vraies sur fond de crimes et d’intimité familiale. En témoigne le procès Daval dont les médias ont fait leurs choux gras cette semaine. On découvre avec une curiosité malsaine l’intérieur d’un foyer dominé par une personne folle à lier. Il y a du voyeurisme là-dedans. On plonge avec un mélange de fascination et d’effroi dans les noires abysses de la nature humaine, content quelque part de pouvoir en revenir en laissant de côté le livre et de ne pas avoir vécu l’enfance des trois sœurs du récit. Peut-être, également, cette confrontation avec le mal trouve en nous quelque résonnance. En explorant les profondeurs, on découvre des pans de notre âme qui ne se sont pas révélés.

Sadisme, domination, duplicité

Michelle Knotek

Au moment où elle se livre à ses atrocités, Michelle Knotek est une femme d’une grande beauté, qui cache sa personnalité réelle derrière un sourire de façade et un altruisme feint. Elle est assistante sociale! Ainsi, pendant des années, elle bat et humilie ses filles sans éveiller les soupçons. Surtout, elle attire chez elle deux personnes fragiles qu’elle réduit pour ainsi dire en esclavage, qu’elle drogue et qu’elle torture. Elle prend plaisir à isoler ceux qui l’entourent, à les dominer, à les soumettre, à se trouver sans cesse au centre de l’attention, à tout exiger. Incapable de compassion, elle n’a pas conscience du mal qu’elle inflige, arrange la vérité sans scrupules et pense même agir pour le bien des autres. Elle alterne des crises de colère d’une violence inouïe et des moments de douceur et de tendresse. Cette capacité à souffler le chaud et le froid, à infliger de terribles punitions sans raison apparente, à traquer ses victimes, est ce qu’il y a de plus inquiétant chez elle. Les caractéristiques du psychopathe.

The Unbreakable Bond of Sisterhood

Dans la famille Knotek, abus et maltraitances durent pendant des années, même des décennies, avec la complicité d’un mari qui obéit aveuglément à son épouse et pour lequel l’auteur se montre pour le moins complaisant: il le présente comme un homme perdu, amoureux, abruti de travail, absent, mais qui roue de coups ses victimes et fait disparaître des corps… Les trois filles, quant à elles, réalisent peu à peu qu’elles ne vivent pas dans une famille normale, qu’elles aiment leur mère – c’est naturel – mais qu’elles ne peuvent approuver son comportement. Surtout, elles vont devoir s’unir, malgré ses manigances, pour se libérer de son emprise. Enfin, parler, dénoncer, vaincre cette peur des représailles qui les tétanise. L’auteur nous rassure dès le début: son histoire se termine sur un happy end à l’américaine. Nikki, Sami et Tori seraient actuellement trois femmes épanouies qui auraient tiré un trait sur un passé douloureux. Après ce qu’elles ont vécu, on peine à le croire. Il n’en demeure pas moins que leurs liens indéfectibles, la personnalité de Sami qui sert de médiatrice, sont ce qu’il y a de plus fort dans cette affaire sordide.

Enumération ad nauseam

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il faut s’accrocher pour entrer dans le livre. La première moitié, ou presque, est une accumulation de sévices qui mènent sans cesse à la même phrase conclusive: « Shelly » est folle, malade, détraquée ». Au-delà de l’écœurement, on se dit que l’auteur aurait été plus inspiré de se concentrer sur quelques moments clés et, plutôt que d’énumérer les mêmes maltraitances, de présenter une gradation, de révéler peu à peu la vraie nature de Michelle Knotek. Par ailleurs, on aimerait comprendre comment elle en est arrivée là. Gregg Olsen évoque rapidement une mère alcoolique, une grand-mère autoritaire, mais ne nous éclaire pas sur les mécanismes qui aboutissent assez tôt à la naissance d’un monstre. Est-ce lié à la nature même du sujet, à une forme de dysfonctionnement psychologique innée? A quelque traumatisme lointain? Est-ce qu’il n’y a pas un peu des deux? Le second étant l’élément déclencheur… L’auteur livre des faits bruts, sans se questionner.

Forces et faiblesses du récit

Le récit est simple, linéaire, pour ne pas dire plat. Un Jean Teulé, ou un Emmanuel Carrère, aurait fait des va-et-vient entre présent et passé. Il nous aurait parlé de sa rencontre avec les protagonistes, de ses impressions, avant de nous livrer leurs témoignages. Ici quelques propos sont rapportés de temps à autre avec un désespérant « dira-t-elle plus tard ». Cependant, il faut toujours donner sa chance à un livre. Par la suite, la présentation des faits devient bien plus intéressante grâce à deux procédés: la disparition étrange d’un jeune homme et l’apparition d’un nouveau bouc émissaire, après la fin tragique du premier. On est intrigué. Qu’est-il arrivé à Shane? Et que va endurer le pauvre Ron, homme fragile et marginal? Le suspense repose sur la tension et la curiosité. On a envie de savoir, et on tourne les pages. Enfin, le dénouement est réussi, d’une efficacité dramatique tout anglo-saxonne.

Bien qu’il me dérange sur le fond, j’ai lu cet ouvrage avec un certain intérêt et en ai tiré quelques procédés narratifs. L’exercice m’a été profitable. La lecture doit toujours aider à l’écriture.

Il faut revenir aux classiques, et les recopier!

Avancée de mon dernier roman

La monnaie du pape.

Journée grise. Le brouillard recouvre les environs en de vastes nappes de bruines. Dans la semaine, cependant, j’ai profité de belles après-midis. J’ai éprouvé quelques difficultés dans les premiers jours à avancer dans mon dernier roman, Un Fléau venu d’ailleurs. Ma plume s’est pour ainsi dire déliée par la suite et j’ai bouclé quelques passages délicats, notamment une scène de rencontre que je voulais marquer d’une image puissante.

Je rappelle que ce roman constituera le deuxième volet de Metamorphosis. Le premier est disponible sur Amazon.

Revenir aux classiques

Pour mieux préparer certains passages, j’ai recopié hier plusieurs extraits de grands textes classiques. Je me perfectionne en étudiant les chefs-d’œuvre des grands, je m’en imprègne. Deux thèmes m’intéressaient tout particulièrement: le bouleversement du monde, avec une terre éventrée, et le caractère fugace et éphémère de la vie des hommes, que l’on compare aux feuilles des arbres. Je ne peux pas expliquer ce choix sans dévoiler l’intrigue de mon roman.

Je me suis donc replongé dans mes classiques, ai relu un peu de latin et de grec ancien. Pour moi, c’est toujours un immense plaisir et une source d’inspiration inépuisable.

Liste des extraits: Homère, Iliade chant XX,  Virgile, Enéide, chant VIII (pour le premier thème) et Iliade, chant VI, chant XXI, fragment de Mimnerme (pour le second). Je ne précise pas les vers – ce serait trop fastidieux. Voici quelques traductions ci-dessous.

La grande peur du dieu des Enfers

Au moment où les armées des Achéens et des Troyens vont s’affronter, on assiste à un bouleversement cosmique. Poséidon (Neptune) ébranle la terre, les montagnes vacillent, la ville de Troie est secouée, les nefs sur le rivage tanguent et…

Hadès ou Pluton, chez les Romains.

L’enfer s’émeut au bruit de Neptune en furie:
Pluton sort de son trône, il pâlit, il s’écrie:
Il a peur que ce dieu, dans cet affreux séjour,
D’un coup de son trident ne fasse entrer le jour,
Et, par le centre ouvert de la terre ébranlée,
Ne fasse voir du Styx la rive désolée:
Ne découvre aux vivants cet empire odieux,
Abhorré des mortels, et craint même des dieux.

(Traduction de Boileau)

Les vers du texte original sont bien plus puissants. Le décor est planté. Les deux armées vont s’affronter, et même les dieux! Prélude grandiose au duel d’Hector et d’Achille.

L’homme dans toute sa misère

Pour terminer, le fragment d’un poète lyrique grec, un certain Mimnerme. Poème élégiaque sur la brièveté de nos jours…

Pour nous, comme les feuilles que fait pousser le printemps, lorsque s’accroît l’éclat du soleil, semblables à elles, nous jouissons des fleurs de la jeunesse, sans avoir appris des dieux où est le bien où est le mal. Mais voici que les sombres Parques se présentent à nous, nous apportant une misérable vieillesse et la mort. Nous jouissons peu de temps de nos jeunes années, de même que le soleil brille peu de temps sur la terre. Aussitôt qu’elles sont terminées, il vaut mieux mourir sur le champ que de continuer à vivre. Car mille maux assiègent notre âme ; parfois nous sommes ruinés et en proie à une douloureuse pauvreté ; un autre a perdu ses enfants, et c’est accablé de chagrin qu’il quitte la terre pour descendre aux enfers. Un autre a une maladie qui lui ôte la raison. Il n’est pas un homme auquel Jupiter n’envoie mille maux.

(Traduction de Louis Humbert)

Constance Marie Charpentier, Mélancolie

Cette semaine, j’ai lu par ailleurs Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra. Vaste poème philosophique, religieux – à sa manière. Il y aurait beaucoup à dire sur l’œuvre et sur son auteur. Mais nous nous arrêterons là…

 

La littérature et l’estomac

Douleurs à l’estomac

Ces derniers jours, mon estomac a fait des siennes. Des flots d’acidité, soudain, qui me brûlent le ventre et m’assèchent le gosier. Sensation pour le moins désagréable! Quand je m’allonge, un poison semble s’épancher par toutes les veines et artères et se déverser dans mon crâne. J’ai dormi une heure d’un sommeil lourd. Je me réveille en sursaut. Des vertiges, d’affreux maux de tête, une fièvre mauvaise mêlée d’angoisse me submergent. Il faut que je me redresse, que je laisse l’acidité redescendre et se dissiper, que je boive surtout. Je suis pris d’une soif inextinguible.

Mais ces soucis de santé, quand bien même je les dramatise, sont mineurs et passent peu à peu. Aujourd’hui, me voilà frais et dispos. Je sens que je vais profiter d’un sommeil réparateur dans les jours qui viennent. Pour apprécier un bon état de santé, il faut avoir été malade.

Avancée de mon prochain roman

Ces deux dernières semaines, j’ai bien avancé dans le deuxième tome de ma trilogie, Un fléau venu d’ailleurs. J’en suis à peu près au tiers. L’intrigue se complexifie et demande une attention accrue à toutes sortes de détails. Je devrai, je m’en rends compte, retoucher certains passages. Un épisode mal amené, un personnage dont les motivations ne sont pas claires ou, plus simplement, le style d’un chapitre que je trouve brouillon. Quand j’aurai terminé ce deuxième jet à l’ordinateur – le premier est manuscrit – je considérerai le roman dans son ensemble et procéderai à des corrections en allant, comme toujours, du général au particulier.

L’écriture est une activité plus exigeante qu’il n’y paraît. Mais, bien qu’on peine et tâtonne, on s’évade. Ces derniers temps, j’ai visité une ruche de l’intérieur et vécu, à quarante ans, une amourette d’adolescent. Surtout, je vois des personnages prendre vie et un monde s’animer peu à peu.

La Mort est mon métier

Afin de ne pas perturber mon sommeil, j’évite les écrans en soirée. Au lieu de regarder la télé ou de surfer sur le net, je lis. Cette semaine, je me suis plongé dans La Mort est mon métier de Robert Merle, un roman des années 50 d’une lecture aisée. On y suit le parcours de Rudolf Lang, Allemand de la première moitié du XXe siècle. De la religion rigide, empreinte de culpabilité, que lui inculque son père, il en vient au nationalisme, autre forme de religion, puis au nazisme. Artisan de la solution finale, il organise et coordonne, de façon méthodique, presque industrielle, le génocide perpétré à Auschwitz. On voit comment, sous couvert d’obéissance aux ordres, de dévouement à un supérieur, ici Himmler, un homme peut abdiquer toute forme d’humanité.

Ce roman est prenant. Mais, quand on a lu sur le même thème Les Bienveillantes de Jonathan Littell, on trouve qu’il manque singulièrement d’ampleur.

Macbeth

Johann Heinrich Füssli, Lady Macbeth somnambule

Aujourd’hui souffle un vent violent qui promène dans le ciel de  sombres nuages et agite les arbres dénudés. En me promenant, j’ai vu des rafales soulever et faire s’envoler des paquets de feuilles mortes. De quoi mettre dans l’ambiance de Macbeth. J’ai lu cette pièce hier dans la traduction quasiment illisible de Pierre Jean Jouve. J’aurais préféré celle du fils de Victor Hugo, mais je n’avais que celle-là sous la main. Notre Macbeth est un héros vertueux que le pouvoir rend sanguinaire et dont les crimes finissent par soulever la rébellion qui l’emportera. Toutes les trouvailles de Shakespeare sont d’une force incroyable, que ce soit les sorcières qui tissent le destin du malheureux, l’apparition de spectres ou le somnambulisme de Lady Macbeth. Plus que tout, ce qui me fascine et qu’on ne trouve chez aucun auteur contemporain, c’est la violence absolue des passions, les tempêtes, les ouragans qui secouent les personnages et les amènent à voir la vie comme un mauvais rêve.

Quand on lit les géants de la littérature, on est pris d’enthousiasme et, en même temps, on se sent bien petit, bien insignifiant.

Je ne me décourage pas cependant. Demain, repos. Et, lundi, au travail!

 

Dans les forêt de Sibérie de Sylvain Tesson

Ces derniers jours, je n’ai pas beaucoup écrit, mais j’ai beaucoup lu. Des classiques, sur lesquels je ne m’étendrai pas et des auteurs contemporains comme Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie, un journal de voyage qui a presque dix ans.

Un aventurier d’un autre temps

Sylvain Tesson

Voilà un aventurier comme on n’en fait plus, dans la veine des grands explorateurs du passé, mais avec une sensibilité écologique. Ses vastes périples à travers la Sibérie, le Caucase, l’Himalaya, son idée de refaire à moto la retraite de Russie de la Grande Armée, ont quelque chose d’épique. Dans ses projets, Tesson a très peu recours à la technique, il voyage le plus souvent à pied ou à vélo, tout juste a-t-il un téléphone dans l’ouvrage qui nous occupe. Encore capte-t-il mal. Cela ne l’empêche pas de recevoir un message qui le rend bien malheureux. Quand on considère son isolement, les pays qu’il a pu traverser, sa passion pour l’alpinisme, on se dit que notre auteur est téméraire, voire parfaitement inconscient. Il y a quelques années, il s’est gravement blessé en escaladant la façade d’une maison.

De la jubilation du voyage aux joies de l’immobilité

Dans les forêts de Sibérie est à l’opposée de l’Eloge de l’énergie vagabonde, que j’ai lu il y a quelques années. Dans l’un, un parcours improbable le long d’oléoducs, la rage de voir défiler devant soi les paysages. Dans l’autre, un Sylvain Tesson que l’on n’imaginait pas, qui s’essaie à l’immobilisme  et à la contemplation, en s’installant durant six mois dans une cabane sur les rives du lac Baïkal, loin de tout. Sa seule compagnie: des livres, la visite de rares voisins ou d’amis, puis deux chiens. L’aventurier est confiné entre quatre murs et les quelques kilomètres qu’il peut parcourir autour de son havre de paix. Le globe-trotter est pour ainsi dire assigné à résidence.

Les descriptions de la faune qui l’entoure, de la couche épaisse de glace qui recouvre le lac – et que traversent camions et 4×4 – donnent lieu à des descriptions d’une finesse exquise. Ce n’est pas pour rien que l’auteur se passionne pour la poésie chinoise. Le journal de voyage s’étendant de février à juillet 2010 conduit le lecteur des rigueurs absolues de l’hiver à l’éclosion du printemps, qui est somptueuse. (Au passage, c’est là un cadre temporel qu’un romancier peut utiliser avec profit. Les personnages luttent et se débattent dans les frimas et l’action se dénoue avec la venue des beaux jours.)

Les travers du genre

L’inconvénient, dans un récit de voyage comme celui-ci, c’est qu’il manque précisément de l’action, ou du moins une certaine unité narrative. Bien des journées sont vides. On rencontre le temps de quelques paragraphes quelques personnages qu’on ne reverra plus. Les discussions avec la population locale portent sur tout et rien. Les compte-rendu de lectures sont aléatoires, impromptus. Les descriptions surtout sont longuettes et répétitives. Notre auteur a vite fait le tour de sa cabane. Et puis, quoi qu’il en dise, Sylvain Tesson n’est pas un ermite à proprement parler. Il a sans cesse des fourmis dans les jambes, on le sent. Il a besoin de parcourir des kilomètres sur la glace, de se lancer dans des ascensions téméraires dans les montagnes qui l’entourent. Tout au long de son séjour, il fume et vide des bouteilles de vodka. Il me paraît encore que ses réflexions sont plus ou moins profondes. Il s’agit parfois de méditations sur la présence au temps, d’autres fois de formules lapidaires, assez faciles, quelques critiques féroces de la société moderne.

Après les forêts de Sibérie, la panthère des neiges

Bien qu’on découvre une sensibilité singulière, au cours de longs mois favorables à l’introspection, Dans les forêts de Sibérie n’est pas le meilleur projet ni le plus bel ouvrage de Sylvain Tesson.

Avant le confinement, je voyais partout La Panthère des neiges sur les vitrines des librairies. J’ai été tenté de me le procurer, mais ces ouvrages neufs coûtent cher et sont vite lus. Mon bureau, ma bibliothèque et mon grenier regorgent de livres qui s’empilent, débordent des étagères et que je ne sais plus où stocker. Je préfère emprunter ou lire sur ma liseuse, même si le plaisir n’est pas le même. Mais si, à la médiathèque, je mets la main sur ce récit tant vanté, je m’empresserai de le lire, et avec le plus vif intérêt.

La liberté face au fanatisme

C’est avec un mélange de consternation et d’effroi que j’ai appris hier le crime odieux dont tous les médias parlent en ce moment. A l’origine, il y a un prof d’histoire qui souhaite développer l’esprit critique de ses élèves, qui propose même, à ceux que les caricatures de Mahomet pourraient heurter, de quitter son cours. Un homme posé, intègre, nullement islamophobe. S’ensuivent une plainte – d’un père dont la fille n’assistait pas au cours en question – une vaste cabale relayée par des institutions religieuses, des menaces sur les réseaux sociaux et, à l’arrivée, un acte d’une barbarie sans nom. Une décapitation, au XXIe siècle! Pour des images vidéoprojetées! Quel genre d’obscurantisme a pu s’installer dans notre pays pour qu’on en vienne là!

On s’était habitué aux injures, aux menaces et aux agressions. Les enseignants ont souvent honte d’en parler et leurs chefs d’établissement, quand ils ont vent de quelque affaire, font tout pour l’étouffer: il ne faudrait pas ternir l’image de leur collège ou de leur lycée. Ils aiment se vanter dans la presse locale de projets consensuels (travail en îlots, lutte contre les discriminations) et de taux de réussite extraordinaires – en réalité, des diplômes que l’on donne à tout le monde. Le rectorat est une bureaucratie aussi coûteuse qu’inefficace. Son seul rôle est de rendre toutes démarches impossibles. Quant aux interventions du ministre ou du président, ce ne sont que des paroles, des réunions et des projets oiseux qui n’amènent rien de concret.

Un prof est toujours abandonné à son sort.

Dans ce délitement général du monde de l’éducation, certaines religions ou idéologies – restons à dessein dans le vague – se sont imposées.  Et certains entendent le faire par la terreur. Nous avons franchi un cap. A présent, un prof d’histoire, de français, d’éducation civique sait qu’il risque sa vie quand il parle de liberté d’expression. Nous en sommes là! Une activité mal interprétée, des propos détournés de leur contexte, un post sur les réseaux sociaux et un crime est perpétré, en pleine rue, et de sang froid.

Dans les jours qui viennent, on nous expliquera que la République sera inflexible et que la laïcité s’imposera à tous. Le ministre de l’intérieur, quoique frêle, bombera le torse et lèvera le menton. Hormis ces gesticulations, que feront les autorités et, surtout, que sont-elles en mesure de faire? Et nos enseignants en zones dites « sensibles », – car c’est à eux qu’il faut penser – comment peuvent-ils faire face à des parents fanatisés et des jeunes gens prêts à user de couteaux ou d’armes à feu?

Ce crime est lourd de significations, pour celui qui veut bien voir la réalité en face, et a de quoi nous rendre inquiets pour l’avenir.

Les travaux et les jours

Les caprices de l’inspiration

Après quelques semaines de promotion, je reprends mes activités sur ce site. Jusque là, j’ai démarché quelques blogueurs et youtubeurs, personnalités peu accessibles. Le problème ne vient pas tant de la qualité ou des défauts de mon œuvre, mais du grand nombre de livres qu’ils ont à lire. Leur « PAL » atteint des sommets désespérants. Comme les éditeurs – et beaucoup de gens de nos jours – ils n’ont pas le temps… J’ai eu toutefois quelques réponses positives et réalisé un certain nombre de ventes.

Illustration des Nuits d’Alfred de Musset. Longs dialogues du poète avec sa muse. Souvent critiqués, ils contiennent les plus belles envolées de notre poésie.

Je n’ai pas pour habitude de rester sur une tâche. À peine ai-je terminé quelque chose que je m’en désintéresse. Ces derniers temps, j’aurais aimé avancer le deuxième tome de ma trilogie, Un fléau venu d’ailleurs. Deux cents pages, quand on est pointilleux, ne se remplissent pas en quinze jours et, quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous, on mâchonne son stylo pendant des heures ou on tape quelques paragraphes sur un traitement de texte, paragraphes que l’on trouve lamentables, que l’on encadre d’un grand rectangle bleuté avant de les supprimer purement et simplement. J’en suis à peine à 7000 mots. Une misère ! Il m’en faudrait 50 000 minimum.

Jadis je me lamentais. Aujourd’hui, je sais que ma muse est capricieuse mais, qu’après ces quelques semaines de bouderies, elle me réserve de grands moments d’exaltation. Il faut savoir être patient.

L’homme et la terre

La piloselle que nous venons de trier sèche sur des planches, elles-mêmes disposées sur des tréteaux.

« Eh bien, me direz-vous, qu’avez-vous fait de tout ce temps ? Quelques lignes, peu de présence sur les réseaux sociaux… Les journées ont dû être longues! » Elles l’ont été en effet. J’ai lutté contre « l’esprit des temps de pluie », une forme de malédiction congénitale. Je n’ai pas le moral qui va avec ma santé de fer. Ne pouvant me servir de ma tête, je me suis servi de mes mains et j’ai ramassé quelques plantes médicinales. Il faisait beau. Sur le champ de soucis résonnait un vrombissement estival. Dans la journée, le soleil brûlait presque. Mais, à peine avait-il disparu derrière les collines environnantes, qu’une fraîcheur soudaine retombait sur les champs entourés de ruisseaux.

À l’état de nature, dans les pâturages, la piloselle présente quelques touffes maigres et aplaties que l’on remarque à peine. Repiquée, cultivée, entretenue, elle croît en d’énormes mottes couvertes de villosités claires auxquelles elle doit son nom (du latin pilus, « poil »). Ici et là jaillissent quelques tiges qui laissent éclore une petite fleur d’un jaune tendre. Mon frère a d’abord retiré au béchar chacune de ses mottes. Après quoi, accroupis dans une position inconfortable, nous avons brisé chaque amas en plants minces, ôté la terre des racines et lavé le tout dans plusieurs bacs. Quelques journées de travail comme en faisaient mes ancêtres à la belle saison, du lever au coucher du soleil. La terre qui tombe des plants que je secoue grêle le sol de minces agrégats et il s’en élève une poussière qui noircit mes mains et me fait tousser. De temps à autre, je me relève, tâche de me redresser : j’ai les reins brisés. Seules les paroles de Dieu à Adam me reviennent en mémoire : Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris. « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. »

L’éclat des soucis

Un champ de soucis. S’il suffisait d’ôter une à une toutes ces fleurs pour ne plus en avoir!

Plus réjouissante, la récolte des soucis : des massifs de fleurs d’un orange vif, qui m’arrivent à la taille et forme quelques rangées parallèles, perpendiculaires à une muraille de pierres sèches. On arrache les fleurs une à une. Comme pour se venger, elles sécrètent une sève poisseuse qui vous englue le bout des doigts. Mais, postés de chaque côté du massif, nous avançons à vive allure et, en fin de soirée, voici les buissons dépouillés de leurs superbes ornements.

Ces quelques journées de travail m’ont vidé l’esprit. De temps à autre, il est nécessaire de cesser toute activité intellectuelle, de laisser la cervelle se reposer comme une terre en jachère. À présent, je n’attends plus qu’un signe de ma muse !

Pourquoi dit-on « des haricots », et non des « dezharicots »?

Telle est la question que me posent en ce moment mes filles. La réponse est simple, mais fait appel à l’histoire de la langue française.

Le « h » latin

Le « h » actuel a trois origines. La première est celle du latin, la langue mère, où il ne s’agissait que d’un signe graphique. On ne le prononçait pas. Il suffit de lire quelques vers de Virgile pour se rendre compte qu’il ne joue aucun rôle dans la scansion.

On trouvera ainsi hora, qui donne « heure », herba « herbe » et homo « homme ». Le « h » est étymologique. A la Renaissance, de grands érudits l’ont rétabli pour rappeler l’origine latine du mot. Ils ont négligé le procédé pour « on » qui vient d’homo – également – ou pour « avoir », habere. On ne peut pas penser à tout. Toujours est-il qu’on dira « l’heure » et qu’on fera la liaison dans « les heures ».

Le « h » germanique

A côté de la langue-mère: le superstrat, ou langue des conquérants germains. Eux possédaient un « h » qu’ils prononçaient, et que les descendants de leurs cousins prononcent toujours. I have en anglais et Ich habe en allemand.

Pour ces mots d’origine germanique, on ne fera ni élision ni liaison, puisque le « h » initial est une consonne qui est plus ou moins prononcée jusqu’au XVIIe siècle. On ne dit pas plus « l’hache » que « l’soldat… » Aujourd’hui, ce « h » ne se fait plus entendre, mais a gardé sa fonction dans la chaîne parlée.

Ainsi le vers d’une violence inouïe qu’Agrippine adresse à son fils Néron à la fin de BritannicusDans le fond de ton cœur, je sais que tu me hais… (et non m’hais, évidemment)

En résumé, si vous avez affaire à un mot d’origine latine ou grecque, vous pouvez élider sans scrupules, et faire la liaison: « l’heure », « les heures ». « Héros », d’origine grecque, échappe à la règle pour éviter un jeu de mot fâcheux avec « zéro » (« les héros »). Si vous avez affaire à un mot ramené par quelques peuplades germaniques lors de l’effondrement de l’Empire romain, comme « haïr » (hate en anglais, hassen en allemand), cela sera impossible, puisque vous vous retrouvez face à une consonne.

Le « h » graphique »

Bien, me direz-vous, mais comment expliquer l’origine du « h » de « huit », qui vient du latin octo, ou celui d’ « huile » oleum?

Pour les copistes du Moyen Âge, qui ne distinguaient pas le « v » du « u » dans leurs parchemins, il s’agit simplement d’éviter quelques confusions. Vit pouvait être un chiffre, le passé simple du verbe « voir » ou un mot ancien désignant une certaine partie de l’anatomie masculine. On rajoute un « h », « huit », l’ambiguïté est levée. Idem pour « huile », qu’on ne confondra pas avec le féminin de « vil ».

Pour en revenir aux haricots pour lesquels je reprends mes filles, la question est complexe. Ce fameux légume vient d’Amérique. Nous avons emprunté sa dénomination à quelque langue locale et l’avons associée à « haricot », un ragoût de légumes. « Haricot » est un mot d’origine… germanique. On appliquera donc les règles énoncées plus haut: pas d’élision, pas de liaison. Ne dites donc pas « Dezharicot » ou « l’haricot », mais « des haricots » et « le haricot »!

 

Edition, auto-édition: je t’aime… Moi non plus!

La Belle Dame sans mercy

Sophia Turner, « Sansa Stark » dans Game of Throne. Pour moi, il s’agit de la plus belle femme du monde. A vingt ans, je lui aurais envoyé des lettres d’amours pleines du feu dont je suis animé. On n’est pas très sérieux à cet âge-là. Aujourd’hui, je ne perds pas mon temps. Je sais que la belle ne répondra pas.

Mes rapports avec le monde de l’édition traditionnel ont tout d’une histoire d’amour à sens unique. C’est une jeune femme d’une beauté irréelle dont j’ai été amoureux comme on peut l’être à vingt ans. On peut penser à elle jour et nuit, tenter les approches les plus sophistiquées. La belle ne vous rendra ni une œillade ni un sourire. Elle ne vous éconduira pas non plus de façon humiliante. Elle a ses amants. Pour elle, vous n’existez pas.

Depuis 2006, j’ai dû envoyer une centaine de manuscrits, peut-être plus, accompagnés de lettres de présentation soignées. Je me suis renseigné sur les différentes maisons d’édition et leur ligne éditoriale, sur des témoignages d’écrivains installés, sur les caractéristiques d’une lettre de présentation réussie. J’ai essayé de tenir compte de tout cela dans mes envois. Retour? Des lettres de refus toutes faites. Ou plutôt, je me trompe, j’ai décroché pour ainsi dire des « contrats », sur lesquels je reviendrai.

Les Editions Bragelonne

Ma dernière déconvenue, je la dois aux Editions Bragelonne. Un mail – cela a le mérite d’économiser du papier: « Monsieur, nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » En janvier ou février, l’année dernière, j’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à quelques éditeurs. Comme ces messieurs reçoivent beaucoup de documents reliés, ils vous demandent, avec une courte description, de leur faire parvenir votre manuscrit en fichier joint. Cela leur évite d’encombrer leurs locaux de paperasses dont ils doivent ensuite se débarrasser. Mon roman, malgré les heures de travail qu’il m’a coûté, n’est peut-être pas très bon – il faut toujours accepter de se remettre en question… De manière plus prosaïque, je crois que les quelques lignes de présentation de mon manuscrit n’ont pas eu l’heur de plaire à quelque hurluberlu et qu’un mail automatisé m’a été envoyé en un clic. Aux éditions Bragelonne, on n’a pas lu une ligne du Siège de Kerdoar. Ils me méprisent. Je les emm*.

Avant de mettre mon roman en ligne, je l’ai envoyé à cinq maisons d’édition. Par acquit de conscience. Déjà, je n’y croyais plus. Pendant les quelques décennies qu’il me reste à vivre, je peux bien engloutir des rames de papiers et gaspiller des litres d’encre, je peux bien passer des journées entières à envoyer des PDF en fichiers joints, le résultat sera le même. Les maisons d’édition traditionnelles croulent sous les manuscrits, ont leurs auteurs et ne mettent pas en avant de parfaits inconnus.

Un pacte avec le Diable

Faust et Méphistophélès. En signant un pacte avec le Diable, le vieil alchimiste rajeunit et peut faire la conquête de Marguerite, puis d’Hélène dans le Second Faust. En signant le contrat dont je parle ci-contre, vous ne faites que perdre votre argent. Les éditions à compte d’auteur sont pires que le Diable!

Restent maintenant ceux qui vous envoient des « contrats », et que j’ai évoqués un peu plus haut. Un beau matin, dans votre boîte aux lettres, vous trouvez une grosse enveloppe et vous en tirez une liasse de papiers rassemblée par une sorte de trombone. C’est votre jour de gloire. Votre manuscrit vient d’être accepté! Vous sautez de joie, embrassez la première personne que vous rencontrez et vous apprêtez à sabrer le champagne, avant de lire le document dans son intégralité. On vous propose de publier votre manuscrit et d’en assurer la promotion contre la modique somme de 2000 euros… En somme, on vous demande de payer pour le travail que vous avez fourni. Un rapport assez inédit entre un patron et son employé, une entreprise et ses prestataires de service. Dans l’édition à compte d’éditeur, on n’accepte rien. Ici on prend tout. Du moment que vous avez rempli cent pages sur un traitement de texte quelconque, ils vous en font deux cents livres qu’ils vous proposent d’acheter au prix fort. Un entrefilet paraîtra dans une revue que personne ne lit. A vous de faire vos ventes.

Le moindre mal

La couverture de mon prochain roman. A côté, les couvertures que j’ai faites moi-même, et qui se trouvent sur le bandeau de droite, font pâle figure. Celle-ci est chère, me direz-vous… On n’a rien sans rien.

Plutôt que de perdre mon temps avec les uns ou mon argent avec les autres, j’ai choisi l’auto-édition. Les avantages? Vous investissez très peu d’argent et votre livre à le mérite d’exister. Je me dois d’être honnête. Pour avoir une chance de vendre sur des plateformes comme Amazon ou Kobo, il vous faut un illustrateur. Comptez entre 400 et 500 euros pour une couverture de qualité. Il vous faut encore des « bêta » lecteurs: quelques personnes qui acceptent de relire votre manuscrit et d’en pointer les défauts. Vous pouvez être méticuleux: toutes sortes de fautes, d’incohérences et de passages ternes vous échappent. Il vous faut, pour terminer, un correcteur. Pour ma part, j’ai un excellent logiciel et je procède à des relectures interminables. Si vous vous retrouvez en tête des moteurs de recherches à la parution de votre roman, vous avez intérêt à faire beaucoup de publicité sur les réseaux sociaux pour y rester et ne pas sombrer trop vite dans les profondeurs du classement.

« C’est compliqué, me direz-vous, et on dépense beaucoup plus que vous ne le laissiez entendre! » Un éditeur traditionnel vous reverse entre 6 à 15% du prix d’un livre vendu – pour un jeune premier, vous êtes beaucoup plus proche du 6 que du 15. Chez les Américains sans scrupules d’Amazon, c’est… 33%. Et vous ne vous retrouvez pas avec des stocks invendus, puisque ces plateformes utilisent l’impression à la demande. Chaque fois qu’un client commande l’un de vos livres, on le lui fabrique et on le lui envoie. Vous n’avez rien à faire. Admettez que le système à ses avantages.

Mettre un manuscrit en ligne plutôt qu’au fond d’un tiroir

La production dans l’auto-édition est de qualité moindre que dans l’édition traditionnelle. Soyons honnêtes. Elle manque évidemment de professionnalisme. A une exception près, je ne crois avoir lu, avec mon abonnement KU, un auteur possédant un semblant de style. On pourrait croire que le statut d’auteur indépendant s’accompagne d’une grande liberté,  qu’on peut donner dans la transgression et faire sauter les codes. C’est exactement l’inverse. Les genres sont très cloisonnés et les œuvres reposent sur des stéréotypes qui laissent songeurs – à l’occasion, j’écrirai un article sur le sujet.

Les uns, les édités, sont souvent mauvais, les autres le sont toujours. Mais, il y a là un vaste champ de conquête. Vous disposez d’une liberté sans limite. Vous pouvez produire par vous-même un livre bien à vous et en faites profiter votre public. Ce dernier n’est pas très étendu? D’après vous, dans cinquante ans, il restera quoi de Guillaume Musso ou de Marc Levy? Ils ne seront pas plus connus que vous ne l’êtes à présent. L’auto-édition vous permet, en attendant peut-être des jours meilleurs, d’exister en tant qu’artistes. Et cela n’a pas de prix.

Mon expérience des réseaux sociaux

Une belle découverte

Les remarques que je fais faire sur les réseaux sociaux vont paraître bien naïves à ceux qui connaissent le sujet, et c’est précisément ce qui peut faire leur intérêt. Pour me faire connaître en tant qu’auteur indépendant, j’ai dû ouvrir des comptes sur FacebookInstagram et Twitter, il y a un an, ce que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai posté quelques liens vers les articles de ce site environ une fois par semaine et tâché de participer à différents groupes de littérature. Comme je l’expliquais la semaine dernière, j’ai manqué de méthode. Je n’ai pas suivi une ligne « éditoriale » précise et me suis dispersé.

On pourra dire ce qu’on voudra, grâce aux réseaux sociaux on peut retrouver des amis perdus de vue depuis des années et, pendant le confinement, au printemps, des gens enfermés dans de minuscules appartements, isolés, ont pu conserver un lien social. Ainsi, j’ai vu paraître des petits jeux, des articles pleins d’humour ou de pensées positives. J’ai du mal à imaginer à quoi auraient ressemblé ces longues semaines sans Internet. La technologie n’a pas que du mauvais.

Aux origines d’une addiction

En parallèle, j’ai compris, pour l’avoir vécu, l’addiction de mes anciens élèves à leur portable. C’était il y a seulement un an quelque chose qui me dépassait. Tous, sans exception, éteignaient et rangeaient leur précieux appareil en me croisant à la porte de ma salle de classe, et s’empressaient de le rallumer en sortant. Inutile d’évoquer les petits malins qui essayaient de consulter leurs messages pendant le cours et faisaient ensuite des histoires invraisemblables quand on les prenait sur le fait: « N’importe quoi, monsieur, vous avez rêvé! » ou « Je regardais juste l’heure! »

Quand on a une messagerie, une ou plusieurs boîtes mail, des comptes de ci et de là, on est tenté deux, trois, dix fois par heure, de vérifier si l’on a pas de nouvelles notifications. On consulte des statistiques et on fait défiler toutes sortes de vidéos, de messages, de liens sans queue ni tête. Un péril pour la concentration. Sans forcément les excuser, je comprends mieux les difficultés de nos ados pour écouter en classe et travailler correctement chez eux…

Instagram

Avant de quitter l’Education nationale, j’ai rencontré une écrivaine qui m’a recommandé Instagram pour promouvoir mes livres. Elle compte des dizaines de milliers d’abonnés, son feed est original et lui assure beaucoup de succès. Ce réseau m’a peu réussi. Plutôt que de me concentrer sur mon travail d’écrivain, j’ai mis en ligne de nombreuses photos de paysage, en parfait amateur. Ceux qui apprécient les sucs ardéchois n’étaient pas forcément intéressés par mes critiques littéraires et mes romans de Fantasy. J’ai pris du plaisir à immortaliser quelques instants, à voir les jours et les saisons défiler sur mon portable, sous mon pouce: les neiges de novembre, les genêts en fleurs, un arbre moussu au hasard d’un chemin de randonnée. Enfin, tout cela est bien joli, mais j’aurais employé mon temps de manière plus utile en avançant dans mes différents manuscrits!

Chacune de mes photos est accompagnée d’un texte, d’une réflexion, d’un petit développement poétique. Mais, les gens se contentent de « liker » la photo. Ils ne vont pas plus loin. Du temps perdu…

Quand la technologie rend idiot…

Twitter, l’outil de communication de Donald Trump…

Je relaie les articles de ce site sur Twitter pour la forme. C’est un réseau dont le principe me paraît ridicule. On est limité dans le nombre de caractères et les principaux défauts d’Internet, l’appauvrissement de la pensée et le manque de nuances, y sont portés à leur paroxysme. Comment avoir une conversation constructive en quelques remarques lapidaires? Il suffit de parcourir les « posts » et commentaires sur les réseaux sociaux, mais aussi sur toutes sortes de sites, pour comprendre la bêtise ambiante, les déflagrations de haine et le lynchage numérique. La technologie n’apaise pas les tensions sociales et elle ne rend pas forcément les gens plus raisonnables.

Facebook!

Finalement, c’est Facebook qui m’a apporté le plus de satisfaction – je vais faire plaisir à Mark Zuckerberg! J’ai retrouvé et échangé avec des amis de longues de dates, l’essentiel de mes nouveaux lecteurs vient de là, ainsi que le trafic sur ce site.

Pour la promotion de mon prochain roman, Metamorphosis, il me faudra donc procéder à de petits ajustements dans ma communication! Toujours tirer parti de ses erreurs!