Les travaux et les jours

Les caprices de l’inspiration

Après quelques semaines de promotion, je reprends mes activités sur ce site. Jusque là, j’ai démarché quelques blogueurs et youtubeurs, personnalités peu accessibles. Le problème ne vient pas tant de la qualité ou des défauts de mon œuvre, mais du grand nombre de livres qu’ils ont à lire. Leur « PAL » atteint des sommets désespérants. Comme les éditeurs – et beaucoup de gens de nos jours – ils n’ont pas le temps… J’ai eu toutefois quelques réponses positives et réalisé un certain nombre de ventes.

Illustration des Nuits d’Alfred de Musset. Longs dialogues du poète avec sa muse. Souvent critiqués, ils contiennent les plus belles envolées de notre poésie.

Je n’ai pas pour habitude de rester sur une tâche. À peine ai-je terminé quelque chose que je m’en désintéresse. Ces derniers temps, j’aurais aimé avancer le deuxième tome de ma trilogie, Un fléau venu d’ailleurs. Deux cents pages, quand on est pointilleux, ne se remplissent pas en quinze jours et, quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous, on mâchonne son stylo pendant des heures ou on tape quelques paragraphes sur un traitement de texte, paragraphes que l’on trouve lamentables, que l’on encadre d’un grand rectangle bleuté avant de les supprimer purement et simplement. J’en suis à peine à 7000 mots. Une misère ! Il m’en faudrait 50 000 minimum.

Jadis je me lamentais. Aujourd’hui, je sais que ma muse est capricieuse mais, qu’après ces quelques semaines de bouderies, elle me réserve de grands moments d’exaltation. Il faut savoir être patient.

L’homme et la terre

La piloselle que nous venons de trier sèche sur des planches, elles-mêmes disposées sur des tréteaux.

« Eh bien, me direz-vous, qu’avez-vous fait de tout ce temps ? Quelques lignes, peu de présence sur les réseaux sociaux… Les journées ont dû être longues! » Elles l’ont été en effet. J’ai lutté contre « l’esprit des temps de pluie », une forme de malédiction congénitale. Je n’ai pas le moral qui va avec ma santé de fer. Ne pouvant me servir de ma tête, je me suis servi de mes mains et j’ai ramassé quelques plantes médicinales. Il faisait beau. Sur le champ de soucis résonnait un vrombissement estival. Dans la journée, le soleil brûlait presque. Mais, à peine avait-il disparu derrière les collines environnantes, qu’une fraîcheur soudaine retombait sur les champs entourés de ruisseaux.

À l’état de nature, dans les pâturages, la piloselle présente quelques touffes maigres et aplaties que l’on remarque à peine. Repiquée, cultivée, entretenue, elle croît en d’énormes mottes couvertes de villosités claires auxquelles elle doit son nom (du latin pilus, « poil »). Ici et là jaillissent quelques tiges qui laissent éclore une petite fleur d’un jaune tendre. Mon frère a d’abord retiré au béchar chacune de ses mottes. Après quoi, accroupis dans une position inconfortable, nous avons brisé chaque amas en plants minces, ôté la terre des racines et lavé le tout dans plusieurs bacs. Quelques journées de travail comme en faisaient mes ancêtres à la belle saison, du lever au coucher du soleil. La terre qui tombe des plants que je secoue grêle le sol de minces agrégats et il s’en élève une poussière qui noircit mes mains et me fait tousser. De temps à autre, je me relève, tâche de me redresser : j’ai les reins brisés. Seules les paroles de Dieu à Adam me reviennent en mémoire : Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris. « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. »

L’éclat des soucis

Un champ de soucis. S’il suffisait d’ôter une à une toutes ces fleurs pour ne plus en avoir!

Plus réjouissante, la récolte des soucis : des massifs de fleurs d’un orange vif, qui m’arrivent à la taille et forme quelques rangées parallèles, perpendiculaires à une muraille de pierres sèches. On arrache les fleurs une à une. Comme pour se venger, elles sécrètent une sève poisseuse qui vous englue le bout des doigts. Mais, postés de chaque côté du massif, nous avançons à vive allure et, en fin de soirée, voici les buissons dépouillés de leurs superbes ornements.

Ces quelques journées de travail m’ont vidé l’esprit. De temps à autre, il est nécessaire de cesser toute activité intellectuelle, de laisser la cervelle se reposer comme une terre en jachère. À présent, je n’attends plus qu’un signe de ma muse !

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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