Dans les forêt de Sibérie de Sylvain Tesson

Ces derniers jours, je n’ai pas beaucoup écrit, mais j’ai beaucoup lu. Des classiques, sur lesquels je ne m’étendrai pas et des auteurs contemporains comme Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie, un journal de voyage qui a presque dix ans.

Un aventurier d’un autre temps

Sylvain Tesson

Voilà un aventurier comme on n’en fait plus, dans la veine des grands explorateurs du passé, mais avec une sensibilité écologique. Ses vastes périples à travers la Sibérie, le Caucase, l’Himalaya, son idée de refaire à moto la retraite de Russie de la Grande Armée, ont quelque chose d’épique. Dans ses projets, Tesson a très peu recours à la technique, il voyage le plus souvent à pied ou à vélo, tout juste a-t-il un téléphone dans l’ouvrage qui nous occupe. Encore capte-t-il mal. Cela ne l’empêche pas de recevoir un message qui le rend bien malheureux. Quand on considère son isolement, les pays qu’il a pu traverser, sa passion pour l’alpinisme, on se dit que notre auteur est téméraire, voire parfaitement inconscient. Il y a quelques années, il s’est gravement blessé en escaladant la façade d’une maison.

De la jubilation du voyage aux joies de l’immobilité

Dans les forêts de Sibérie est à l’opposée de l’Eloge de l’énergie vagabonde, que j’ai lu il y a quelques années. Dans l’un, un parcours improbable le long d’oléoducs, la rage de voir défiler devant soi les paysages. Dans l’autre, un Sylvain Tesson que l’on n’imaginait pas, qui s’essaie à l’immobilisme  et à la contemplation, en s’installant durant six mois dans une cabane sur les rives du lac Baïkal, loin de tout. Sa seule compagnie: des livres, la visite de rares voisins ou d’amis, puis deux chiens. L’aventurier est confiné entre quatre murs et les quelques kilomètres qu’il peut parcourir autour de son havre de paix. Le globe-trotter est pour ainsi dire assigné à résidence.

Les descriptions de la faune qui l’entoure, de la couche épaisse de glace qui recouvre le lac – et que traversent camions et 4×4 – donnent lieu à des descriptions d’une finesse exquise. Ce n’est pas pour rien que l’auteur se passionne pour la poésie chinoise. Le journal de voyage s’étendant de février à juillet 2010 conduit le lecteur des rigueurs absolues de l’hiver à l’éclosion du printemps, qui est somptueuse. (Au passage, c’est là un cadre temporel qu’un romancier peut utiliser avec profit. Les personnages luttent et se débattent dans les frimas et l’action se dénoue avec la venue des beaux jours.)

Les travers du genre

L’inconvénient, dans un récit de voyage comme celui-ci, c’est qu’il manque précisément de l’action, ou du moins une certaine unité narrative. Bien des journées sont vides. On rencontre le temps de quelques paragraphes quelques personnages qu’on ne reverra plus. Les discussions avec la population locale portent sur tout et rien. Les compte-rendu de lectures sont aléatoires, impromptus. Les descriptions surtout sont longuettes et répétitives. Notre auteur a vite fait le tour de sa cabane. Et puis, quoi qu’il en dise, Sylvain Tesson n’est pas un ermite à proprement parler. Il a sans cesse des fourmis dans les jambes, on le sent. Il a besoin de parcourir des kilomètres sur la glace, de se lancer dans des ascensions téméraires dans les montagnes qui l’entourent. Tout au long de son séjour, il fume et vide des bouteilles de vodka. Il me paraît encore que ses réflexions sont plus ou moins profondes. Il s’agit parfois de méditations sur la présence au temps, d’autres fois de formules lapidaires, assez faciles, quelques critiques féroces de la société moderne.

Après les forêts de Sibérie, la panthère des neiges

Bien qu’on découvre une sensibilité singulière, au cours de longs mois favorables à l’introspection, Dans les forêts de Sibérie n’est pas le meilleur projet ni le plus bel ouvrage de Sylvain Tesson.

Avant le confinement, je voyais partout La Panthère des neiges sur les vitrines des librairies. J’ai été tenté de me le procurer, mais ces ouvrages neufs coûtent cher et sont vite lus. Mon bureau, ma bibliothèque et mon grenier regorgent de livres qui s’empilent, débordent des étagères et que je ne sais plus où stocker. Je préfère emprunter ou lire sur ma liseuse, même si le plaisir n’est pas le même. Mais si, à la médiathèque, je mets la main sur ce récit tant vanté, je m’empresserai de le lire, et avec le plus vif intérêt.

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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