La liberté face au fanatisme

C’est avec un mélange de consternation et d’effroi que j’ai appris hier le crime odieux dont tous les médias parlent en ce moment. A l’origine, il y a un prof d’histoire qui souhaite développer l’esprit critique de ses élèves, qui propose même, à ceux que les caricatures de Mahomet pourraient heurter, de quitter son cours. Un homme posé, intègre, nullement islamophobe. S’ensuivent une plainte – d’un père dont la fille n’assistait pas au cours en question – une vaste cabale relayée par des institutions religieuses, des menaces sur les réseaux sociaux et, à l’arrivée, un acte d’une barbarie sans nom. Une décapitation, au XXIe siècle! Pour des images vidéoprojetées! Quel genre d’obscurantisme a pu s’installer dans notre pays pour qu’on en vienne là!

On s’était habitué aux injures, aux menaces et aux agressions. Les enseignants ont souvent honte d’en parler et leurs chefs d’établissement, quand ils ont vent de quelque affaire, font tout pour l’étouffer: il ne faudrait pas ternir l’image de leur collège ou de leur lycée. Ils aiment se vanter dans la presse locale de projets consensuels (travail en îlots, lutte contre les discriminations) et de taux de réussite extraordinaires – en réalité, des diplômes que l’on donne à tout le monde. Le rectorat est une bureaucratie aussi coûteuse qu’inefficace. Son seul rôle est de rendre toutes démarches impossibles. Quant aux interventions du ministre ou du président, ce ne sont que des paroles, des réunions et des projets oiseux qui n’amènent rien de concret.

Un prof est toujours abandonné à son sort.

Dans ce délitement général du monde de l’éducation, certaines religions ou idéologies – restons à dessein dans le vague – se sont imposées.  Et certains entendent le faire par la terreur. Nous avons franchi un cap. A présent, un prof d’histoire, de français, d’éducation civique sait qu’il risque sa vie quand il parle de liberté d’expression. Nous en sommes là! Une activité mal interprétée, des propos détournés de leur contexte, un post sur les réseaux sociaux et un crime est perpétré, en pleine rue, et de sang froid.

Dans les jours qui viennent, on nous expliquera que la République sera inflexible et que la laïcité s’imposera à tous. Le ministre de l’intérieur, quoique frêle, bombera le torse et lèvera le menton. Hormis ces gesticulations, que feront les autorités et, surtout, que sont-elles en mesure de faire? Et nos enseignants en zones dites « sensibles », – car c’est à eux qu’il faut penser – comment peuvent-ils faire face à des parents fanatisés et des jeunes gens prêts à user de couteaux ou d’armes à feu?

Ce crime est lourd de significations, pour celui qui veut bien voir la réalité en face, et a de quoi nous rendre inquiets pour l’avenir.

Les travaux et les jours

Les caprices de l’inspiration

Après quelques semaines de promotion, je reprends mes activités sur ce site. Jusque là, j’ai démarché quelques blogueurs et youtubeurs, personnalités peu accessibles. Le problème ne vient pas tant de la qualité ou des défauts de mon œuvre, mais du grand nombre de livres qu’ils ont à lire. Leur « PAL » atteint des sommets désespérants. Comme les éditeurs – et beaucoup de gens de nos jours – ils n’ont pas le temps… J’ai eu toutefois quelques réponses positives et réalisé un certain nombre de ventes.

Illustration des Nuits d’Alfred de Musset. Longs dialogues du poète avec sa muse. Souvent critiqués, ils contiennent les plus belles envolées de notre poésie.

Je n’ai pas pour habitude de rester sur une tâche. À peine ai-je terminé quelque chose que je m’en désintéresse. Ces derniers temps, j’aurais aimé avancer le deuxième tome de ma trilogie, Un fléau venu d’ailleurs. Deux cents pages, quand on est pointilleux, ne se remplissent pas en quinze jours et, quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous, on mâchonne son stylo pendant des heures ou on tape quelques paragraphes sur un traitement de texte, paragraphes que l’on trouve lamentables, que l’on encadre d’un grand rectangle bleuté avant de les supprimer purement et simplement. J’en suis à peine à 7000 mots. Une misère ! Il m’en faudrait 50 000 minimum.

Jadis je me lamentais. Aujourd’hui, je sais que ma muse est capricieuse mais, qu’après ces quelques semaines de bouderies, elle me réserve de grands moments d’exaltation. Il faut savoir être patient.

L’homme et la terre

La piloselle que nous venons de trier sèche sur des planches, elles-mêmes disposées sur des tréteaux.

« Eh bien, me direz-vous, qu’avez-vous fait de tout ce temps ? Quelques lignes, peu de présence sur les réseaux sociaux… Les journées ont dû être longues! » Elles l’ont été en effet. J’ai lutté contre « l’esprit des temps de pluie », une forme de malédiction congénitale. Je n’ai pas le moral qui va avec ma santé de fer. Ne pouvant me servir de ma tête, je me suis servi de mes mains et j’ai ramassé quelques plantes médicinales. Il faisait beau. Sur le champ de soucis résonnait un vrombissement estival. Dans la journée, le soleil brûlait presque. Mais, à peine avait-il disparu derrière les collines environnantes, qu’une fraîcheur soudaine retombait sur les champs entourés de ruisseaux.

À l’état de nature, dans les pâturages, la piloselle présente quelques touffes maigres et aplaties que l’on remarque à peine. Repiquée, cultivée, entretenue, elle croît en d’énormes mottes couvertes de villosités claires auxquelles elle doit son nom (du latin pilus, « poil »). Ici et là jaillissent quelques tiges qui laissent éclore une petite fleur d’un jaune tendre. Mon frère a d’abord retiré au béchar chacune de ses mottes. Après quoi, accroupis dans une position inconfortable, nous avons brisé chaque amas en plants minces, ôté la terre des racines et lavé le tout dans plusieurs bacs. Quelques journées de travail comme en faisaient mes ancêtres à la belle saison, du lever au coucher du soleil. La terre qui tombe des plants que je secoue grêle le sol de minces agrégats et il s’en élève une poussière qui noircit mes mains et me fait tousser. De temps à autre, je me relève, tâche de me redresser : j’ai les reins brisés. Seules les paroles de Dieu à Adam me reviennent en mémoire : Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris. « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. »

L’éclat des soucis

Un champ de soucis. S’il suffisait d’ôter une à une toutes ces fleurs pour ne plus en avoir!

Plus réjouissante, la récolte des soucis : des massifs de fleurs d’un orange vif, qui m’arrivent à la taille et forme quelques rangées parallèles, perpendiculaires à une muraille de pierres sèches. On arrache les fleurs une à une. Comme pour se venger, elles sécrètent une sève poisseuse qui vous englue le bout des doigts. Mais, postés de chaque côté du massif, nous avançons à vive allure et, en fin de soirée, voici les buissons dépouillés de leurs superbes ornements.

Ces quelques journées de travail m’ont vidé l’esprit. De temps à autre, il est nécessaire de cesser toute activité intellectuelle, de laisser la cervelle se reposer comme une terre en jachère. À présent, je n’attends plus qu’un signe de ma muse !

Pourquoi dit-on « des haricots », et non des « dezharicots »?

Telle est la question que me posent en ce moment mes filles. La réponse est simple, mais fait appel à l’histoire de la langue française.

Le « h » latin

Le « h » actuel a trois origines. La première est celle du latin, la langue mère, où il ne s’agissait que d’un signe graphique. On ne le prononçait pas. Il suffit de lire quelques vers de Virgile pour se rendre compte qu’il ne joue aucun rôle dans la scansion.

On trouvera ainsi hora, qui donne « heure », herba « herbe » et homo « homme ». Le « h » est étymologique. A la Renaissance, de grands érudits l’ont rétabli pour rappeler l’origine latine du mot. Ils ont négligé le procédé pour « on » qui vient d’homo – également – ou pour « avoir », habere. On ne peut pas penser à tout. Toujours est-il qu’on dira « l’heure » et qu’on fera la liaison dans « les heures ».

Le « h » germanique

A côté de la langue-mère: le superstrat, ou langue des conquérants germains. Eux possédaient un « h » qu’ils prononçaient, et que les descendants de leurs cousins prononcent toujours. I have en anglais et Ich habe en allemand.

Pour ces mots d’origine germanique, on ne fera ni élision ni liaison, puisque le « h » initial est une consonne qui est plus ou moins prononcée jusqu’au XVIIe siècle. On ne dit pas plus « l’hache » que « l’soldat… » Aujourd’hui, ce « h » ne se fait plus entendre, mais a gardé sa fonction dans la chaîne parlée.

Ainsi le vers d’une violence inouïe qu’Agrippine adresse à son fils Néron à la fin de BritannicusDans le fond de ton cœur, je sais que tu me hais… (et non m’hais, évidemment)

En résumé, si vous avez affaire à un mot d’origine latine ou grecque, vous pouvez élider sans scrupules, et faire la liaison: « l’heure », « les heures ». « Héros », d’origine grecque, échappe à la règle pour éviter un jeu de mot fâcheux avec « zéro » (« les héros »). Si vous avez affaire à un mot ramené par quelques peuplades germaniques lors de l’effondrement de l’Empire romain, comme « haïr » (hate en anglais, hassen en allemand), cela sera impossible, puisque vous vous retrouvez face à une consonne.

Le « h » graphique »

Bien, me direz-vous, mais comment expliquer l’origine du « h » de « huit », qui vient du latin octo, ou celui d’ « huile » oleum?

Pour les copistes du Moyen Âge, qui ne distinguaient pas le « v » du « u » dans leurs parchemins, il s’agit simplement d’éviter quelques confusions. Vit pouvait être un chiffre, le passé simple du verbe « voir » ou un mot ancien désignant une certaine partie de l’anatomie masculine. On rajoute un « h », « huit », l’ambiguïté est levée. Idem pour « huile », qu’on ne confondra pas avec le féminin de « vil ».

Pour en revenir aux haricots pour lesquels je reprends mes filles, la question est complexe. Ce fameux légume vient d’Amérique. Nous avons emprunté sa dénomination à quelque langue locale et l’avons associée à « haricot », un ragoût de légumes. « Haricot » est un mot d’origine… germanique. On appliquera donc les règles énoncées plus haut: pas d’élision, pas de liaison. Ne dites donc pas « Dezharicot » ou « l’haricot », mais « des haricots » et « le haricot »!

 

Edition, auto-édition: je t’aime… Moi non plus!

La Belle Dame sans mercy

Sophia Turner, « Sansa Stark » dans Game of Throne. Pour moi, il s’agit de la plus belle femme du monde. A vingt ans, je lui aurais envoyé des lettres d’amours pleines du feu dont je suis animé. On n’est pas très sérieux à cet âge-là. Aujourd’hui, je ne perds pas mon temps. Je sais que la belle ne répondra pas.

Mes rapports avec le monde de l’édition traditionnel ont tout d’une histoire d’amour à sens unique. C’est une jeune femme d’une beauté irréelle dont j’ai été amoureux comme on peut l’être à vingt ans. On peut penser à elle jour et nuit, tenter les approches les plus sophistiquées. La belle ne vous rendra ni une œillade ni un sourire. Elle ne vous éconduira pas non plus de façon humiliante. Elle a ses amants. Pour elle, vous n’existez pas.

Depuis 2006, j’ai dû envoyer une centaine de manuscrits, peut-être plus, accompagnés de lettres de présentation soignées. Je me suis renseigné sur les différentes maisons d’édition et leur ligne éditoriale, sur des témoignages d’écrivains installés, sur les caractéristiques d’une lettre de présentation réussie. J’ai essayé de tenir compte de tout cela dans mes envois. Retour? Des lettres de refus toutes faites. Ou plutôt, je me trompe, j’ai décroché pour ainsi dire des « contrats », sur lesquels je reviendrai.

Les Editions Bragelonne

Ma dernière déconvenue, je la dois aux Editions Bragelonne. Un mail – cela a le mérite d’économiser du papier: « Monsieur, nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » En janvier ou février, l’année dernière, j’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à quelques éditeurs. Comme ces messieurs reçoivent beaucoup de documents reliés, ils vous demandent, avec une courte description, de leur faire parvenir votre manuscrit en fichier joint. Cela leur évite d’encombrer leurs locaux de paperasses dont ils doivent ensuite se débarrasser. Mon roman, malgré les heures de travail qu’il m’a coûté, n’est peut-être pas très bon – il faut toujours accepter de se remettre en question… De manière plus prosaïque, je crois que les quelques lignes de présentation de mon manuscrit n’ont pas eu l’heur de plaire à quelque hurluberlu et qu’un mail automatisé m’a été envoyé en un clic. Aux éditions Bragelonne, on n’a pas lu une ligne du Siège de Kerdoar. Ils me méprisent. Je les emm*.

Avant de mettre mon roman en ligne, je l’ai envoyé à cinq maisons d’édition. Par acquit de conscience. Déjà, je n’y croyais plus. Pendant les quelques décennies qu’il me reste à vivre, je peux bien engloutir des rames de papiers et gaspiller des litres d’encre, je peux bien passer des journées entières à envoyer des PDF en fichiers joints, le résultat sera le même. Les maisons d’édition traditionnelles croulent sous les manuscrits, ont leurs auteurs et ne mettent pas en avant de parfaits inconnus.

Un pacte avec le Diable

Faust et Méphistophélès. En signant un pacte avec le Diable, le vieil alchimiste rajeunit et peut faire la conquête de Marguerite, puis d’Hélène dans le Second Faust. En signant le contrat dont je parle ci-contre, vous ne faites que perdre votre argent. Les éditions à compte d’auteur sont pires que le Diable!

Restent maintenant ceux qui vous envoient des « contrats », et que j’ai évoqués un peu plus haut. Un beau matin, dans votre boîte aux lettres, vous trouvez une grosse enveloppe et vous en tirez une liasse de papiers rassemblée par une sorte de trombone. C’est votre jour de gloire. Votre manuscrit vient d’être accepté! Vous sautez de joie, embrassez la première personne que vous rencontrez et vous apprêtez à sabrer le champagne, avant de lire le document dans son intégralité. On vous propose de publier votre manuscrit et d’en assurer la promotion contre la modique somme de 2000 euros… En somme, on vous demande de payer pour le travail que vous avez fourni. Un rapport assez inédit entre un patron et son employé, une entreprise et ses prestataires de service. Dans l’édition à compte d’éditeur, on n’accepte rien. Ici on prend tout. Du moment que vous avez rempli cent pages sur un traitement de texte quelconque, ils vous en font deux cents livres qu’ils vous proposent d’acheter au prix fort. Un entrefilet paraîtra dans une revue que personne ne lit. A vous de faire vos ventes.

Le moindre mal

La couverture de mon prochain roman. A côté, les couvertures que j’ai faites moi-même, et qui se trouvent sur le bandeau de droite, font pâle figure. Celle-ci est chère, me direz-vous… On n’a rien sans rien.

Plutôt que de perdre mon temps avec les uns ou mon argent avec les autres, j’ai choisi l’auto-édition. Les avantages? Vous investissez très peu d’argent et votre livre à le mérite d’exister. Je me dois d’être honnête. Pour avoir une chance de vendre sur des plateformes comme Amazon ou Kobo, il vous faut un illustrateur. Comptez entre 400 et 500 euros pour une couverture de qualité. Il vous faut encore des « bêta » lecteurs: quelques personnes qui acceptent de relire votre manuscrit et d’en pointer les défauts. Vous pouvez être méticuleux: toutes sortes de fautes, d’incohérences et de passages ternes vous échappent. Il vous faut, pour terminer, un correcteur. Pour ma part, j’ai un excellent logiciel et je procède à des relectures interminables. Si vous vous retrouvez en tête des moteurs de recherches à la parution de votre roman, vous avez intérêt à faire beaucoup de publicité sur les réseaux sociaux pour y rester et ne pas sombrer trop vite dans les profondeurs du classement.

« C’est compliqué, me direz-vous, et on dépense beaucoup plus que vous ne le laissiez entendre! » Un éditeur traditionnel vous reverse entre 6 à 15% du prix d’un livre vendu – pour un jeune premier, vous êtes beaucoup plus proche du 6 que du 15. Chez les Américains sans scrupules d’Amazon, c’est… 33%. Et vous ne vous retrouvez pas avec des stocks invendus, puisque ces plateformes utilisent l’impression à la demande. Chaque fois qu’un client commande l’un de vos livres, on le lui fabrique et on le lui envoie. Vous n’avez rien à faire. Admettez que le système à ses avantages.

Mettre un manuscrit en ligne plutôt qu’au fond d’un tiroir

La production dans l’auto-édition est de qualité moindre que dans l’édition traditionnelle. Soyons honnêtes. Elle manque évidemment de professionnalisme. A une exception près, je ne crois avoir lu, avec mon abonnement KU, un auteur possédant un semblant de style. On pourrait croire que le statut d’auteur indépendant s’accompagne d’une grande liberté,  qu’on peut donner dans la transgression et faire sauter les codes. C’est exactement l’inverse. Les genres sont très cloisonnés et les œuvres reposent sur des stéréotypes qui laissent songeurs – à l’occasion, j’écrirai un article sur le sujet.

Les uns, les édités, sont souvent mauvais, les autres le sont toujours. Mais, il y a là un vaste champ de conquête. Vous disposez d’une liberté sans limite. Vous pouvez produire par vous-même un livre bien à vous et en faites profiter votre public. Ce dernier n’est pas très étendu? D’après vous, dans cinquante ans, il restera quoi de Guillaume Musso ou de Marc Levy? Ils ne seront pas plus connus que vous ne l’êtes à présent. L’auto-édition vous permet, en attendant peut-être des jours meilleurs, d’exister en tant qu’artistes. Et cela n’a pas de prix.

Mon expérience des réseaux sociaux

Une belle découverte

Les remarques que je fais faire sur les réseaux sociaux vont paraître bien naïves à ceux qui connaissent le sujet, et c’est précisément ce qui peut faire leur intérêt. Pour me faire connaître en tant qu’auteur indépendant, j’ai dû ouvrir des comptes sur FacebookInstagram et Twitter, il y a un an, ce que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai posté quelques liens vers les articles de ce site environ une fois par semaine et tâché de participer à différents groupes de littérature. Comme je l’expliquais la semaine dernière, j’ai manqué de méthode. Je n’ai pas suivi une ligne « éditoriale » précise et me suis dispersé.

On pourra dire ce qu’on voudra, grâce aux réseaux sociaux on peut retrouver des amis perdus de vue depuis des années et, pendant le confinement, au printemps, des gens enfermés dans de minuscules appartements, isolés, ont pu conserver un lien social. Ainsi, j’ai vu paraître des petits jeux, des articles pleins d’humour ou de pensées positives. J’ai du mal à imaginer à quoi auraient ressemblé ces longues semaines sans Internet. La technologie n’a pas que du mauvais.

Aux origines d’une addiction

En parallèle, j’ai compris, pour l’avoir vécu, l’addiction de mes anciens élèves à leur portable. C’était il y a seulement un an quelque chose qui me dépassait. Tous, sans exception, éteignaient et rangeaient leur précieux appareil en me croisant à la porte de ma salle de classe, et s’empressaient de le rallumer en sortant. Inutile d’évoquer les petits malins qui essayaient de consulter leurs messages pendant le cours et faisaient ensuite des histoires invraisemblables quand on les prenait sur le fait: « N’importe quoi, monsieur, vous avez rêvé! » ou « Je regardais juste l’heure! »

Quand on a une messagerie, une ou plusieurs boîtes mail, des comptes de ci et de là, on est tenté deux, trois, dix fois par heure, de vérifier si l’on a pas de nouvelles notifications. On consulte des statistiques et on fait défiler toutes sortes de vidéos, de messages, de liens sans queue ni tête. Un péril pour la concentration. Sans forcément les excuser, je comprends mieux les difficultés de nos ados pour écouter en classe et travailler correctement chez eux…

Instagram

Avant de quitter l’Education nationale, j’ai rencontré une écrivaine qui m’a recommandé Instagram pour promouvoir mes livres. Elle compte des dizaines de milliers d’abonnés, son feed est original et lui assure beaucoup de succès. Ce réseau m’a peu réussi. Plutôt que de me concentrer sur mon travail d’écrivain, j’ai mis en ligne de nombreuses photos de paysage, en parfait amateur. Ceux qui apprécient les sucs ardéchois n’étaient pas forcément intéressés par mes critiques littéraires et mes romans de Fantasy. J’ai pris du plaisir à immortaliser quelques instants, à voir les jours et les saisons défiler sur mon portable, sous mon pouce: les neiges de novembre, les genêts en fleurs, un arbre moussu au hasard d’un chemin de randonnée. Enfin, tout cela est bien joli, mais j’aurais employé mon temps de manière plus utile en avançant dans mes différents manuscrits!

Chacune de mes photos est accompagnée d’un texte, d’une réflexion, d’un petit développement poétique. Mais, les gens se contentent de « liker » la photo. Ils ne vont pas plus loin. Du temps perdu…

Quand la technologie rend idiot…

Twitter, l’outil de communication de Donald Trump…

Je relaie les articles de ce site sur Twitter pour la forme. C’est un réseau dont le principe me paraît ridicule. On est limité dans le nombre de caractères et les principaux défauts d’Internet, l’appauvrissement de la pensée et le manque de nuances, y sont portés à leur paroxysme. Comment avoir une conversation constructive en quelques remarques lapidaires? Il suffit de parcourir les « posts » et commentaires sur les réseaux sociaux, mais aussi sur toutes sortes de sites, pour comprendre la bêtise ambiante, les déflagrations de haine et le lynchage numérique. La technologie n’apaise pas les tensions sociales et elle ne rend pas forcément les gens plus raisonnables.

Facebook!

Finalement, c’est Facebook qui m’a apporté le plus de satisfaction – je vais faire plaisir à Mark Zuckerberg! J’ai retrouvé et échangé avec des amis de longues de dates, l’essentiel de mes nouveaux lecteurs vient de là, ainsi que le trafic sur ce site.

Pour la promotion de mon prochain roman, Metamorphosis, il me faudra donc procéder à de petits ajustements dans ma communication! Toujours tirer parti de ses erreurs!

Il m’arrive souvent de somnoler…

Le sommeil d’Ulysse

Le Puy de Dôme entre ma chaumière en Ardèche et Bourges. Un symbole du trajet que j’effectue régulièrement pour aller chercher mes filles, qui vivent en Bretagne.

Après avoir ramené mes deux princesses à Bourges, où nous nous donnons rendez-vous avec mon ex-compagne, je n’ai pas été très productif. C’est le moins qu’on puisse dire! Un article sur Lolita de Nabokov, 1000 mots de mon prochain roman, puis, plus rien. Simplement l’envie de dormir. Le sommeil d’Ulysse quittant les Phéaciens pour regagner Ithaque, un sommeil, nous dit Homère, « semblable en tout point à la mort ».

Rien de déplaisant dans ces journées écoulées, bien au contraire! Tout est calme autour de ma chaumière, le soleil vient de disparaître au-dessus de collines boisées, une lumière bleutée filtre à travers le velux de ma chambre. Je m’enfonce dans mes draps et glisse doucement dans les bras de Morphée.  Les jours passant, on a l’impression de ne plus lutter contre les courants de l’existence et de se laisser doucement emporter. Sensation délicieuse qui… ne doit pas se prolonger. C’est le lotos de l’Odyssée. On en oublie sa patrie. En d’autres termes, son travail et ses obligations.

L’art et le marketing

Trois œuvres: Ne nous laissez pas seuls, Le Siège de Kerdoar et Le Soleil de l’Alchimiste.

Il n’en reste pas moins que j’ai plutôt bien travaillé depuis un an. Deux romans et une nouvelle sont disponibles sur Amazon ainsi que quatre textes en PDF, Le Journal de Saurel, que je peux vous envoyer par mail. J’ai beaucoup lu et entretenu ce site régulièrement de compte-rendus de lecture.

Ma gestion des réseaux sociaux, la publicité proprement dite, a été plus problématique – il faudra que je consacre un article plus complet à ce sujet.  Je dois avouer que je ne sais pas très bien « me vendre ». La création me passionne. J’aime faire naître et évoluer des personnages, reformuler dans ma tête les phrases, les développements de mon oeuvre, concevoir des intrigues. Mais, une fois le travail terminé, je passe aussitôt à autre chose. Exit la promotion! C’est pourtant une part essentielle du travail d’un auteur auto-édité. J’ai été présent tout de même sur Facebook, Instagram et Twitter, mais de façon assez brouillonne. Je me suis dispersé. Mon défaut majeur…

Le réveil à Ithaque!

Un cahier dans lequel je note toutes sortes d’idées et une vieille édition de quelques chants de l’Odyssée.

A la fin du mois, je ferai le point et tâcherai d’adopter une ligne de publication plus nette. Comme j’ai pu l’écrire ici et là, j’ai terminé le premier tome de ma trilogie, Metamorphosis, et mon illustratrice vient de m’envoyer une première proposition de couverture. Elle a beaucoup de talent! Je ferai paraître ce nouveau roman en septembre.

En attendant, je vais me réveiller, quitte à doubler ma dose de caféine, et me mettre plus sérieusement au travail! J’ai laissé mes deux héros en compagnie de fourmis ailées et ils n’ont toujours pas rejoint la ruche qu’ils doivent sauver de redoutables frelons asiatiques!

Lolita de Vladimir Nabokov

J’ai trouvé ce roman dans une de ces armoires que l’on voit fleurir depuis quelques années ici et là dans les centres-villes. Des rangées de livres usés sont à votre disposition. Vous en prenez un et en laissez un autre. Ce système de partage a ses inconvénients: les gens ont tendance à se débarrasser de leurs vieux bouquins et à se jeter sur les meilleurs et les plus récents. La meilleure monnaie chasse la bonne… Il n’en demeure pas moins que j’ai pu mettre la main sur une anthologie de nouvelles de Roald Dahl, en anglais, sur quelques romans de François Mauriac et sur… Lolita de Vladimir Nabokov.

Cet hiver, je vitupérais contre Gabriel Matzneff et voici, me dira-t-on, que je me plonge dans l’histoire scabreuse d’un homme d’âge mûr qui abuse d’une jeune demoiselle de douze ans et s’enfuit avec elle dans un vaste road trip à travers les Etats-Unis. Je ferai remarquer qu’il y a entre les deux auteurs une différence de taille. Le premier n’a jamais caché son penchant pour les mineures et a bâti son succès sur un travers propre à nos élites intellectuelles: s’étaler sur ses turpitudes et s’assurer le succès grâce au scandale. Le second se livre à une oeuvre de fiction et, quoi qu’on en dise, l’érotisme y joue un rôle secondaire.

Vladimir Nabokov

Vladimir Nabokov a un talent extraordinaire. Comme pour Joseph Conrad, l’anglais n’est pas sa langue d’origine. Il écrit d’abord en russe. Avec le français, abondamment utilisé dans Lolita, il maîtrise parfaitement trois langues. On est surpris d’ailleurs par son aisance et la virtuosité de son style. Son vocabulaire est d’une grande richesse et le récit comporte toutes sortes de jeux de mots. Quand on pense que Nabokov se plaignait de son peu de facilité dans la langue de Shakespeare et regrettait le russe de son enfance! L’auteur est également un grand collectionneur et spécialiste de papillons, et un passionné d’échecs. Un personnage haut en couleur!

Parmi les auteurs, il y a ceux qui ont fait du droit, les plus nombreux dans notre littérature. Ils se caractérisent par une rigueur et une justesse toute classique. Il y a les médecins comme Rabelais et Céline pour lesquels le corps et ses nécessités ont toute leur importance. Et puis, les professeurs de littérature comme notre auteur, une espèce à part. L’oeuvre est d’une érudition foisonnante et il me serait bien difficile de mentionner toutes les références qui émaillent le récit: il me faudrait reprendre le livre, stylo en main, et me lancer dans une énumération fastidieuse de plusieurs dizaines de pages. La littérature érudite peut devenir périlleuse. On a vite fait de perdre le lecteur et d’obscurcir l’objet du récit proprement dit. Rien de tel dans Lolita. Humbert Humbert est un grand lettré dont les citations et références font les délices du lecteur.

A vrai dire, le narrateur est un personnage à la Edgar Allan Poe. La folie dans laquelle il s’enfonce, les obsessions pathologiques, les plans sophistiqués auquel il se livre, la confrontation finale avec un personnage qui n’est autre que l’incarnation de sa mauvaise conscience… tout nous rappelle l’auteur des Histoires extraordinaires. On pourrait ajouter le style dense, travaillé, presque maniéré. Plus on avance dans le texte et plus on doute de la véracité de ce qu’avance notre personnage. Plus on assiste à sa déchéance, tant physique que mentale. Les scènes sulfureuses n’occupent que le début du roman. L’auteur se concentre davantage sur les tentatives de son personnage pour approcher et conserver sa proie, échapper à son poursuivant et, finalement, la retrouver.

Dans le film de Stanley Kubrick, Dolorès Haze est un adolescente. Dans le roman, il s’agit quasiment d’une enfant de douze ans.

La nymphette n’est pas la victime que l’on croit. Elle impose ses caprices, sait manipuler son ravisseur. Elle comprend également toute l’horreur de la situation dans laquelle elle se trouve. Les deux personnages, évidemment, n’ont pas les mêmes centres d’intérêt. Dolorès, dite Lola, Lo ou Lolita, est une petite Américaine type qui est condamnée à vivre au quotidien avec un Européen entre deux âges, raffiné et ennuyeux. Les disputes ne manquent pas d’éclater et, peu à peu, elle prend le dessus sur son drôle d’amant. Après avoir été fascinée par son physique de star, elle ne voit plus en lui… qu’un père dont elle va pouvoir profiter. Il n’en reste pas moins qu’Humbert Humbert – il le reconnaît à demi-mot – l’a définitivement brisée. Lui échappant, elle fréquente des individus peu recommandables, se marie trop jeune, vit dans la misère et, on l’apprend dans le prologue, meurt en couche.

Comme je l’ai précisé au début de cet article, l’intérêt du roman ne réside pas dans l’aspect scabreux dans lequel se complaisent beaucoup de romanciers contemporains- Nabokov n’est jamais vulgaire. Rien d’autobiographique. Rien de moral ou d’immoral non plus. L’auteur a cherché à montrer simplement jusqu’où pouvait porter un penchant malsain, né au passage d’une amourette de jeunesse inassouvie. Il déploie une imagination débordante, présente sans fard l’Amérique de l’immédiate après-guerre, se livre à une critique savoureuse de la psychanalyse et nous invite à une lecture sur plusieurs niveaux: le récit d’abord, puis la fiabilité du narrateur et ses innombrables références. En plus de sillonner les routes des Etats-Unis, on nous invite à un voyage littéraire.

Est-il bien nécessaire de rappeler que ce roman est un des plus grands chefs d’oeuvre du XXe siècle? Si vous n’en êtes pas certain, le seul moyen de vous en assurer est de le lire.

Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell

Le Héros aux mille et un visage (The Hero with a Thousand Faces) est un beau livre que j’ai dans ma bibliothèque depuis des années, dont j’ai commencé la lecture, sans jamais avoir pris le temps de l’achever – l’anglais de notre auteur est redoutable. Ces dernières semaines, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai lu cette compilation de textes dans son intégralité en résumant chaque chapitre en quelques phrases.

Le parcours d’un héros

L’ambition de Joseph Campbell est immense: ramener l’ensemble des mythes, récits, textes sacrés de l’humanité à une seule et même « grande histoire », le monomythe. Le lecteur curieux et féru de mythologies est toujours surpris de découvrir des similitudes entre des récits nés aux quatre coins du globe. A titre d’exemple, on retrouve au Japon l’équivalent d’Orphée et Eurydice. Pour Joseph Campbell, qu’elles soient tronquées ou déformées, toutes ces histoires parlent d’une même quête. Un héros quitte le confort du quotidien pour plonger dans le monde merveilleux et inquiétant de l’inconscient collectif. Il revient avec un trésor qui permettra au groupe, voire au monde entier, de se régénérer.
Une vision cyclique du monde
Yggdrasil, l’arbre autour duquel s’organise le monde dans la mythologie germanique. Pour Campbell, les serpents qui en dévorent les racines représentent l’énergie créatrice de l’univers. A la fin des temps, ce monde disparaîtra (Ragnarök), la plupart des dieux périront, mais cette destruction sera suivie d’une renaissance.

En utilisant les outils de la psychanalyse, l’auteur établit un lien pertinent entre mythes et rêves. Tous deux donnent accès aux tréfonds de la psyché, mais le second, issu d’une sagesse immémoriale, permet de maîtriser, de canaliser les forces obscures qui sommeillent en nous.

La vision du monde qu’on nous propose sur la fin de l’ouvrage repose sur une analogie avec les moments de sommeil et d’éveil qui rythment nos vies. Le monde se développe à partir d’une source primordiale d’énergie, prend forme, puis décroît et retourne au chaos créateur des origines. Un nouveau cycle peut démarrer. Les dieux sont une personnification des lois qui gouvernent ce flux. Comme dans la mythologie germanique, ils sont appelés à disparaître.
On ne peut s’empêcher de penser au Big Bang et au Big Crunch de la science moderne. Quand on remonte aux origines de l’univers, il n’y a plus d’espace ni de temps, mais des lois et des constantes, et même, un bouillonnement créateur.

Le dieu en chacun de nous

Siddhartha Gautama, le Bouddha ou « éveillé », est fréquemment mentionné par Campbell. Il est l’archétype même du héros parvenu à l’illumination, et qui l’a enseignée à ses semblables.

Le héros prend le relais des dieux dans le développement du monde. Il est l’homme capable de retourner aux sources, de tuer un dragon ou détrôner un tyran, c’est-à-dire de débarrasser tout ce qui fait obstacle au cours des choses. Sa quête est spirituelle, intérieure. Il se défait de son ego, dépasse un ensemble d’oppositions, de distinctions factices pour ne faire qu’un avec l’univers. Ainsi, au bout de son parcours, il découvre la part de divinité cachée en lui. Il devient lui-même dieu.

Critiques
A vrai dire, je ne crois pas en cette vaste synthèse, ou plutôt à l’interprétation générale des mythes fournie dans l’ouvrage. De l’ensemble des rites et récits de l’humanité, il ne se dégage pas une, mais des sagesses. Fasciné par les Upanishad, textes sacrés hindous, Campbell veut voir une forme de spiritualité dans des histoires dont la portée est beaucoup plus terre à terre. Il l’évoque lui-même sur la fin. Le chasseur-cueilleur cherche à trouver sa place dans le monde animal, l’agriculteur la fertilité de la terre qu’il associe à la sexualité; avec l’essor des cités et des empires se développent des religions moralement plus exigeantes, le concept de dieu unique et de jugement après la mort. Ces religions se sont essoufflées en Occident ces derniers siècles et ont fait place au matérialisme de la société de consommation où l’individu a perdu ses repères…
Les mythes qui structurent les sociétés humaines dépendent évidemment de l’histoire, de la géographie, de conditions de vie et de niveaux de développement. A partir de ces traditions, des spéculations philosophiques se sont développées. Mais, là encore, comme elles diffèrent d’un continent à l’autre!

Un trésor pour le romancier

Illustration du début de La Divine Comédie par William Blake. Dans une « forêt obscure », le poète rencontre Virgile qui le guidera en Enfer. La présence d’un adjuvant est fréquente dans le parcours du héros.

Il n’en demeure pas moins que Le Héros aux mille et un visages est une mine pour le romancier. Il peut y puiser, surtout s’il écrit de la Fantasy ou de la SF, des schémas narratifs d’une grande efficacité: appel de l’aventure, refus puis acceptation, épreuves, première défaite, désespoir, sursaut et victoire finale, retour. Voici une série d’étapes quelque peu réarrangées par les scénaristes qu’on retrouve, à titre d’exemple, dans Star Wars. On peut user enfin de motifs (mariage sacré, découverte du père, ventre de la baleine, apothéose, etc.) que l’on doit s’approprier, certes, mais qui confèrent à une oeuvre une profondeur insoupçonnée et une portée universelle.

Auteurs classiques et auto-édités, lectures de ces dernières semaines

Cette semaine, j’ai relu et apporté quelques corrections à mon roman. Je me suis concentré sur des points de détails, l’orthographe et le style. C’est un travail long, minutieux et particulièrement pénible. J’ai dû prendre le manuscrit à bras le corps et relire chaque chapitre phrase par phrase en faisant preuve de la plus grande rigueur. Des heures de concentration intense.

Cela m’a pris quatre jours pleins. Après les questions d’orthographe et de style, j’ai besoin de prendre un peu de hauteur et de recul. Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter mes dernières lectures.

Les classiques

Saint Julien fait penser à Charon, ici représenté par Gustave Doré, mais aussi à Oedipe dans la malédiction qui le frappe.

Trois contes de Gustave Flaubert. Trois petits chefs-d’œuvre que j’ai lus à voix haute ce printemps avant d’aller me coucher. Comme l’auteur, j’ai fait passer le texte au « gueuloir ». Un vrai plaisir. On parle beaucoup d' »Un cœur simple ». Je préfère, et de loin, « La Légende de Saint Julien l’Hospitalier ». Un véritable enchantement! C’est un Moyen Âge revisité, merveilleux, celui des châteaux, des chasses fabuleuses, des errances, des malédictions, des transfigurations. Le vitrail d’une église…

Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand. Cela faisait des années que je voulais lire ce recueil de poèmes en prose vanté par Baudelaire. Le diable, la nuit, les sorcières et les alchimistes, tous les thèmes du romantisme sont là. C’est un peu maniéré, mais plein de finesse, de légèreté et de fantaisie!

Genitrix de François Mauriac. Céline disait de Mauriac: « C’est un directeur d’école libre qui a mal tourné! » Il y a du vrai là-dedans. Nous avons affaire à un écrivain catholique au style désuet, mais ô combien agréable! Ses romans sont courts, très sombres, et dépeignent à merveille le milieu étriqué des familles bourgeoises de province. Ces personnages féminins, que ce soit la mère possessive ou l’épouse malheureuse, sont toujours d’une justesse extraordinaire. Le tout baigne dans une pénombre, un sentiment d’enfermement, de claustration, où se jouent des drames puissants.

La Montagne Magique de Thomas Mann. Cette nouvelle traduction, hélas! est épouvantable.

La Montagne magique (Der Zauberberg) de Thomas Mann. Un monument littéraire auquel il faudrait consacrer, non pas quelques lignes, mais des pages entières. Thomas Mann a l’art de faire de ces personnages des symboles et d’aborder les questions philosophiques les plus élevées. La vie dans le sanatorium de Davos, en altitude, n’est pas propice seulement à une réflexion sur le temps (Bergson), la pulsion sexuelle (Freud) et son rapport avec la maladie, en l’occurrence la tuberculose: le drame de l’âme allemande s’y joue, avec un jeune homme commun, Hans Castorp, pris entre l’humaniste Settembrini et le fanatique Naphta. Nul mieux que notre auteur n’a compris les idées, les pulsions, les conflits qui, sous les apparences, agitent un monde germanique beaucoup moins lisse, rigoureux et discipliné qu’il n’y paraît.

Les auto-édités

Le Bonheur d’Anna de William Alcyon. Voilà un roman feel good sur le phénomène de résilience cher à Boris Cyrulnik. Anna a perdu son compagnon dans l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016. Elle se reconstruit peu à peu, apprend à sortir de la bulle dans laquelle elle s’est enfermée et à profiter à nouveau des plaisirs simples de la vie grâce à l’aide d’un mentor. Je ne suis pas un grand adepte de ce style de roman. J’aime les personnages ambigus, aux caractères plus tranchés et des intrigues axées sur le conflit. Pour moi, c’est là le cœur de la littérature. J’ai trouvé également un peu longuets les pauses café, les repas bio et les menus dans les bons restaurants de Normandie. Mais ce  roman fait du bien. C’est indéniable. En ces temps incertains, il apporte un peu de baume au cœur! Et puis, le nom de plume de l’auteur est une belle trouvaille. Alcyon, nom poétique d’un oiseau marin… On se souvient de vers d’André Chénier:

« Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez ! »

Tsahan d’Alex Parker. Ce roman de SF a reçu beaucoup de critiques positives – sûrement méritées – mais je n’ai pas réussi à entrer dedans. Dans ce genre de littérature, on crée un monde avec ses lois, ses personnages, une configuration particulière. Le lecteur peut s’y sentir à l’aise ou étranger, comme cela a été mon cas. Dernièrement, je n’ai pas apprécié non plus les nouvelles d’Asimov sur les robots, nouvelles tant vantées.

La Mort immortelle de Cixin Liu.

Mais, puisque nous en sommes à évoquer la Science Fiction, j’ai été plus que fasciné par La Mort immortelle du chinois Cixin Liu. Cet auteur est un génie. Il n’imagine pas le futur de l’humanité en usant de paramètres arbitraires, mais en s’appuyant sur des découvertes et des évolutions tout à fait plausibles. C’est un physicien et un romancier d’exception qui sait tirer parti de la théorie des cordes et d’univers aux dimensions multiples. Vous n’arrivez pas à vous représenter un monde doté de quatre dimensions spatiales? Cixin Liu y parvient, et il parvient à vous en donner une idée!

Pour terminer, quelques nouvelles en italien tirées du Progetto Babele, une revue littéraire. Une seule m’a plongé dans le quotidien de cette vie citadine, cette convivialité chère aux Italiens, la dolce vita. En plein confinement, ce fut un plaisir pour moi que d’assister à la soirée bien arrosée de jeunes avocats. Mais, les autres textes m’ont paru bien ternes. Il faut dire que je lisais en même temps les short stories de Roald Dahl, un maître en la matière. En quelques lignes, on entre dans une histoire, on s’identifie à un personnage et, surtout, on est pris dans un enjeu. L’art du suspense est là. C’est fin, enlevé, prenant, et l’on est si étonné par la chute qu’on repense longtemps à la nouvelle dans son ensemble.

Voilà donc pour mes quelques lectures de ces dernières semaines. Je n’ai pas parlé des auteurs que j’ai interviewés – vous pouvez les découvrir dans les précédents articles. Je n’ai pas abordé non plus quelques recherches sur les mythes effectués hier (Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell). Peut-être consacrerais-je un article à ce sujet ultérieurement. C’est tout à fait passionnant. J’espère vous avoir donné quelques envies de lectures. Il va de soi que les jugements que vous trouverez ici sont parfaitement subjectifs.