Edition, auto-édition: je t’aime… Moi non plus!

La Belle Dame sans mercy

Sophia Turner, « Sansa Stark » dans Game of Throne. Pour moi, il s’agit de la plus belle femme du monde. A vingt ans, je lui aurais envoyé des lettres d’amours pleines du feu dont je suis animé. On n’est pas très sérieux à cet âge-là. Aujourd’hui, je ne perds pas mon temps. Je sais que la belle ne répondra pas.

Mes rapports avec le monde de l’édition traditionnel ont tout d’une histoire d’amour à sens unique. C’est une jeune femme d’une beauté irréelle dont j’ai été amoureux comme on peut l’être à vingt ans. On peut penser à elle jour et nuit, tenter les approches les plus sophistiquées. La belle ne vous rendra ni une œillade ni un sourire. Elle ne vous éconduira pas non plus de façon humiliante. Elle a ses amants. Pour elle, vous n’existez pas.

Depuis 2006, j’ai dû envoyer une centaine de manuscrits, peut-être plus, accompagnés de lettres de présentation soignées. Je me suis renseigné sur les différentes maisons d’édition et leur ligne éditoriale, sur des témoignages d’écrivains installés, sur les caractéristiques d’une lettre de présentation réussie. J’ai essayé de tenir compte de tout cela dans mes envois. Retour? Des lettres de refus toutes faites. Ou plutôt, je me trompe, j’ai décroché pour ainsi dire des « contrats », sur lesquels je reviendrai.

Les Editions Bragelonne

Ma dernière déconvenue, je la dois aux Editions Bragelonne. Un mail – cela a le mérite d’économiser du papier: « Monsieur, nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » En janvier ou février, l’année dernière, j’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à quelques éditeurs. Comme ces messieurs reçoivent beaucoup de documents reliés, ils vous demandent, avec une courte description, de leur faire parvenir votre manuscrit en fichier joint. Cela leur évite d’encombrer leurs locaux de paperasses dont ils doivent ensuite se débarrasser. Mon roman, malgré les heures de travail qu’il m’a coûté, n’est peut-être pas très bon – il faut toujours accepter de se remettre en question… De manière plus prosaïque, je crois que les quelques lignes de présentation de mon manuscrit n’ont pas eu l’heur de plaire à quelque hurluberlu et qu’un mail automatisé m’a été envoyé en un clic. Aux éditions Bragelonne, on n’a pas lu une ligne du Siège de Kerdoar. Ils me méprisent. Je les emm*.

Avant de mettre mon roman en ligne, je l’ai envoyé à cinq maisons d’édition. Par acquit de conscience. Déjà, je n’y croyais plus. Pendant les quelques décennies qu’il me reste à vivre, je peux bien engloutir des rames de papiers et gaspiller des litres d’encre, je peux bien passer des journées entières à envoyer des PDF en fichiers joints, le résultat sera le même. Les maisons d’édition traditionnelles croulent sous les manuscrits, ont leurs auteurs et ne mettent pas en avant de parfaits inconnus.

Un pacte avec le Diable

Faust et Méphistophélès. En signant un pacte avec le Diable, le vieil alchimiste rajeunit et peut faire la conquête de Marguerite, puis d’Hélène dans le Second Faust. En signant le contrat dont je parle ci-contre, vous ne faites que perdre votre argent. Les éditions à compte d’auteur sont pires que le Diable!

Restent maintenant ceux qui vous envoient des « contrats », et que j’ai évoqués un peu plus haut. Un beau matin, dans votre boîte aux lettres, vous trouvez une grosse enveloppe et vous en tirez une liasse de papiers rassemblée par une sorte de trombone. C’est votre jour de gloire. Votre manuscrit vient d’être accepté! Vous sautez de joie, embrassez la première personne que vous rencontrez et vous apprêtez à sabrer le champagne, avant de lire le document dans son intégralité. On vous propose de publier votre manuscrit et d’en assurer la promotion contre la modique somme de 2000 euros… En somme, on vous demande de payer pour le travail que vous avez fourni. Un rapport assez inédit entre un patron et son employé, une entreprise et ses prestataires de service. Dans l’édition à compte d’éditeur, on n’accepte rien. Ici on prend tout. Du moment que vous avez rempli cent pages sur un traitement de texte quelconque, ils vous en font deux cents livres qu’ils vous proposent d’acheter au prix fort. Un entrefilet paraîtra dans une revue que personne ne lit. A vous de faire vos ventes.

Le moindre mal

La couverture de mon prochain roman. A côté, les couvertures que j’ai faites moi-même, et qui se trouvent sur le bandeau de droite, font pâle figure. Celle-ci est chère, me direz-vous… On n’a rien sans rien.

Plutôt que de perdre mon temps avec les uns ou mon argent avec les autres, j’ai choisi l’auto-édition. Les avantages? Vous investissez très peu d’argent et votre livre à le mérite d’exister. Je me dois d’être honnête. Pour avoir une chance de vendre sur des plateformes comme Amazon ou Kobo, il vous faut un illustrateur. Comptez entre 400 et 500 euros pour une couverture de qualité. Il vous faut encore des « bêta » lecteurs: quelques personnes qui acceptent de relire votre manuscrit et d’en pointer les défauts. Vous pouvez être méticuleux: toutes sortes de fautes, d’incohérences et de passages ternes vous échappent. Il vous faut, pour terminer, un correcteur. Pour ma part, j’ai un excellent logiciel et je procède à des relectures interminables. Si vous vous retrouvez en tête des moteurs de recherches à la parution de votre roman, vous avez intérêt à faire beaucoup de publicité sur les réseaux sociaux pour y rester et ne pas sombrer trop vite dans les profondeurs du classement.

« C’est compliqué, me direz-vous, et on dépense beaucoup plus que vous ne le laissiez entendre! » Un éditeur traditionnel vous reverse entre 6 à 15% du prix d’un livre vendu – pour un jeune premier, vous êtes beaucoup plus proche du 6 que du 15. Chez les Américains sans scrupules d’Amazon, c’est… 33%. Et vous ne vous retrouvez pas avec des stocks invendus, puisque ces plateformes utilisent l’impression à la demande. Chaque fois qu’un client commande l’un de vos livres, on le lui fabrique et on le lui envoie. Vous n’avez rien à faire. Admettez que le système à ses avantages.

Mettre un manuscrit en ligne plutôt qu’au fond d’un tiroir

La production dans l’auto-édition est de qualité moindre que dans l’édition traditionnelle. Soyons honnêtes. Elle manque évidemment de professionnalisme. A une exception près, je ne crois avoir lu, avec mon abonnement KU, un auteur possédant un semblant de style. On pourrait croire que le statut d’auteur indépendant s’accompagne d’une grande liberté,  qu’on peut donner dans la transgression et faire sauter les codes. C’est exactement l’inverse. Les genres sont très cloisonnés et les œuvres reposent sur des stéréotypes qui laissent songeurs – à l’occasion, j’écrirai un article sur le sujet.

Les uns, les édités, sont souvent mauvais, les autres le sont toujours. Mais, il y a là un vaste champ de conquête. Vous disposez d’une liberté sans limite. Vous pouvez produire par vous-même un livre bien à vous et en faites profiter votre public. Ce dernier n’est pas très étendu? D’après vous, dans cinquante ans, il restera quoi de Guillaume Musso ou de Marc Levy? Ils ne seront pas plus connus que vous ne l’êtes à présent. L’auto-édition vous permet, en attendant peut-être des jours meilleurs, d’exister en tant qu’artistes. Et cela n’a pas de prix.

Mon expérience des réseaux sociaux

Une belle découverte

Les remarques que je fais faire sur les réseaux sociaux vont paraître bien naïves à ceux qui connaissent le sujet, et c’est précisément ce qui peut faire leur intérêt. Pour me faire connaître en tant qu’auteur indépendant, j’ai dû ouvrir des comptes sur FacebookInstagram et Twitter, il y a un an, ce que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai posté quelques liens vers les articles de ce site environ une fois par semaine et tâché de participer à différents groupes de littérature. Comme je l’expliquais la semaine dernière, j’ai manqué de méthode. Je n’ai pas suivi une ligne « éditoriale » précise et me suis dispersé.

On pourra dire ce qu’on voudra, grâce aux réseaux sociaux on peut retrouver des amis perdus de vue depuis des années et, pendant le confinement, au printemps, des gens enfermés dans de minuscules appartements, isolés, ont pu conserver un lien social. Ainsi, j’ai vu paraître des petits jeux, des articles pleins d’humour ou de pensées positives. J’ai du mal à imaginer à quoi auraient ressemblé ces longues semaines sans Internet. La technologie n’a pas que du mauvais.

Aux origines d’une addiction

En parallèle, j’ai compris, pour l’avoir vécu, l’addiction de mes anciens élèves à leur portable. C’était il y a seulement un an quelque chose qui me dépassait. Tous, sans exception, éteignaient et rangeaient leur précieux appareil en me croisant à la porte de ma salle de classe, et s’empressaient de le rallumer en sortant. Inutile d’évoquer les petits malins qui essayaient de consulter leurs messages pendant le cours et faisaient ensuite des histoires invraisemblables quand on les prenait sur le fait: « N’importe quoi, monsieur, vous avez rêvé! » ou « Je regardais juste l’heure! »

Quand on a une messagerie, une ou plusieurs boîtes mail, des comptes de ci et de là, on est tenté deux, trois, dix fois par heure, de vérifier si l’on a pas de nouvelles notifications. On consulte des statistiques et on fait défiler toutes sortes de vidéos, de messages, de liens sans queue ni tête. Un péril pour la concentration. Sans forcément les excuser, je comprends mieux les difficultés de nos ados pour écouter en classe et travailler correctement chez eux…

Instagram

Avant de quitter l’Education nationale, j’ai rencontré une écrivaine qui m’a recommandé Instagram pour promouvoir mes livres. Elle compte des dizaines de milliers d’abonnés, son feed est original et lui assure beaucoup de succès. Ce réseau m’a peu réussi. Plutôt que de me concentrer sur mon travail d’écrivain, j’ai mis en ligne de nombreuses photos de paysage, en parfait amateur. Ceux qui apprécient les sucs ardéchois n’étaient pas forcément intéressés par mes critiques littéraires et mes romans de Fantasy. J’ai pris du plaisir à immortaliser quelques instants, à voir les jours et les saisons défiler sur mon portable, sous mon pouce: les neiges de novembre, les genêts en fleurs, un arbre moussu au hasard d’un chemin de randonnée. Enfin, tout cela est bien joli, mais j’aurais employé mon temps de manière plus utile en avançant dans mes différents manuscrits!

Chacune de mes photos est accompagnée d’un texte, d’une réflexion, d’un petit développement poétique. Mais, les gens se contentent de « liker » la photo. Ils ne vont pas plus loin. Du temps perdu…

Quand la technologie rend idiot…

Twitter, l’outil de communication de Donald Trump…

Je relaie les articles de ce site sur Twitter pour la forme. C’est un réseau dont le principe me paraît ridicule. On est limité dans le nombre de caractères et les principaux défauts d’Internet, l’appauvrissement de la pensée et le manque de nuances, y sont portés à leur paroxysme. Comment avoir une conversation constructive en quelques remarques lapidaires? Il suffit de parcourir les « posts » et commentaires sur les réseaux sociaux, mais aussi sur toutes sortes de sites, pour comprendre la bêtise ambiante, les déflagrations de haine et le lynchage numérique. La technologie n’apaise pas les tensions sociales et elle ne rend pas forcément les gens plus raisonnables.

Facebook!

Finalement, c’est Facebook qui m’a apporté le plus de satisfaction – je vais faire plaisir à Mark Zuckerberg! J’ai retrouvé et échangé avec des amis de longues de dates, l’essentiel de mes nouveaux lecteurs vient de là, ainsi que le trafic sur ce site.

Pour la promotion de mon prochain roman, Metamorphosis, il me faudra donc procéder à de petits ajustements dans ma communication! Toujours tirer parti de ses erreurs!

Il m’arrive souvent de somnoler…

Le sommeil d’Ulysse

Le Puy de Dôme entre ma chaumière en Ardèche et Bourges. Un symbole du trajet que j’effectue régulièrement pour aller chercher mes filles, qui vivent en Bretagne.

Après avoir ramené mes deux princesses à Bourges, où nous nous donnons rendez-vous avec mon ex-compagne, je n’ai pas été très productif. C’est le moins qu’on puisse dire! Un article sur Lolita de Nabokov, 1000 mots de mon prochain roman, puis, plus rien. Simplement l’envie de dormir. Le sommeil d’Ulysse quittant les Phéaciens pour regagner Ithaque, un sommeil, nous dit Homère, « semblable en tout point à la mort ».

Rien de déplaisant dans ces journées écoulées, bien au contraire! Tout est calme autour de ma chaumière, le soleil vient de disparaître au-dessus de collines boisées, une lumière bleutée filtre à travers le velux de ma chambre. Je m’enfonce dans mes draps et glisse doucement dans les bras de Morphée.  Les jours passant, on a l’impression de ne plus lutter contre les courants de l’existence et de se laisser doucement emporter. Sensation délicieuse qui… ne doit pas se prolonger. C’est le lotos de l’Odyssée. On en oublie sa patrie. En d’autres termes, son travail et ses obligations.

L’art et le marketing

Trois œuvres: Ne nous laissez pas seuls, Le Siège de Kerdoar et Le Soleil de l’Alchimiste.

Il n’en reste pas moins que j’ai plutôt bien travaillé depuis un an. Deux romans et une nouvelle sont disponibles sur Amazon ainsi que quatre textes en PDF, Le Journal de Saurel, que je peux vous envoyer par mail. J’ai beaucoup lu et entretenu ce site régulièrement de compte-rendus de lecture.

Ma gestion des réseaux sociaux, la publicité proprement dite, a été plus problématique – il faudra que je consacre un article plus complet à ce sujet.  Je dois avouer que je ne sais pas très bien « me vendre ». La création me passionne. J’aime faire naître et évoluer des personnages, reformuler dans ma tête les phrases, les développements de mon oeuvre, concevoir des intrigues. Mais, une fois le travail terminé, je passe aussitôt à autre chose. Exit la promotion! C’est pourtant une part essentielle du travail d’un auteur auto-édité. J’ai été présent tout de même sur Facebook, Instagram et Twitter, mais de façon assez brouillonne. Je me suis dispersé. Mon défaut majeur…

Le réveil à Ithaque!

Un cahier dans lequel je note toutes sortes d’idées et une vieille édition de quelques chants de l’Odyssée.

A la fin du mois, je ferai le point et tâcherai d’adopter une ligne de publication plus nette. Comme j’ai pu l’écrire ici et là, j’ai terminé le premier tome de ma trilogie, Metamorphosis, et mon illustratrice vient de m’envoyer une première proposition de couverture. Elle a beaucoup de talent! Je ferai paraître ce nouveau roman en septembre.

En attendant, je vais me réveiller, quitte à doubler ma dose de caféine, et me mettre plus sérieusement au travail! J’ai laissé mes deux héros en compagnie de fourmis ailées et ils n’ont toujours pas rejoint la ruche qu’ils doivent sauver de redoutables frelons asiatiques!

Auteurs classiques et auto-édités, lectures de ces dernières semaines

Cette semaine, j’ai relu et apporté quelques corrections à mon roman. Je me suis concentré sur des points de détails, l’orthographe et le style. C’est un travail long, minutieux et particulièrement pénible. J’ai dû prendre le manuscrit à bras le corps et relire chaque chapitre phrase par phrase en faisant preuve de la plus grande rigueur. Des heures de concentration intense.

Cela m’a pris quatre jours pleins. Après les questions d’orthographe et de style, j’ai besoin de prendre un peu de hauteur et de recul. Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter mes dernières lectures.

Les classiques

Saint Julien fait penser à Charon, ici représenté par Gustave Doré, mais aussi à Oedipe dans la malédiction qui le frappe.

Trois contes de Gustave Flaubert. Trois petits chefs-d’œuvre que j’ai lus à voix haute ce printemps avant d’aller me coucher. Comme l’auteur, j’ai fait passer le texte au « gueuloir ». Un vrai plaisir. On parle beaucoup d' »Un cœur simple ». Je préfère, et de loin, « La Légende de Saint Julien l’Hospitalier ». Un véritable enchantement! C’est un Moyen Âge revisité, merveilleux, celui des châteaux, des chasses fabuleuses, des errances, des malédictions, des transfigurations. Le vitrail d’une église…

Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand. Cela faisait des années que je voulais lire ce recueil de poèmes en prose vanté par Baudelaire. Le diable, la nuit, les sorcières et les alchimistes, tous les thèmes du romantisme sont là. C’est un peu maniéré, mais plein de finesse, de légèreté et de fantaisie!

Genitrix de François Mauriac. Céline disait de Mauriac: « C’est un directeur d’école libre qui a mal tourné! » Il y a du vrai là-dedans. Nous avons affaire à un écrivain catholique au style désuet, mais ô combien agréable! Ses romans sont courts, très sombres, et dépeignent à merveille le milieu étriqué des familles bourgeoises de province. Ces personnages féminins, que ce soit la mère possessive ou l’épouse malheureuse, sont toujours d’une justesse extraordinaire. Le tout baigne dans une pénombre, un sentiment d’enfermement, de claustration, où se jouent des drames puissants.

La Montagne Magique de Thomas Mann. Cette nouvelle traduction, hélas! est épouvantable.

La Montagne magique (Der Zauberberg) de Thomas Mann. Un monument littéraire auquel il faudrait consacrer, non pas quelques lignes, mais des pages entières. Thomas Mann a l’art de faire de ces personnages des symboles et d’aborder les questions philosophiques les plus élevées. La vie dans le sanatorium de Davos, en altitude, n’est pas propice seulement à une réflexion sur le temps (Bergson), la pulsion sexuelle (Freud) et son rapport avec la maladie, en l’occurrence la tuberculose: le drame de l’âme allemande s’y joue, avec un jeune homme commun, Hans Castorp, pris entre l’humaniste Settembrini et le fanatique Naphta. Nul mieux que notre auteur n’a compris les idées, les pulsions, les conflits qui, sous les apparences, agitent un monde germanique beaucoup moins lisse, rigoureux et discipliné qu’il n’y paraît.

Les auto-édités

Le Bonheur d’Anna de William Alcyon. Voilà un roman feel good sur le phénomène de résilience cher à Boris Cyrulnik. Anna a perdu son compagnon dans l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016. Elle se reconstruit peu à peu, apprend à sortir de la bulle dans laquelle elle s’est enfermée et à profiter à nouveau des plaisirs simples de la vie grâce à l’aide d’un mentor. Je ne suis pas un grand adepte de ce style de roman. J’aime les personnages ambigus, aux caractères plus tranchés et des intrigues axées sur le conflit. Pour moi, c’est là le cœur de la littérature. J’ai trouvé également un peu longuets les pauses café, les repas bio et les menus dans les bons restaurants de Normandie. Mais ce  roman fait du bien. C’est indéniable. En ces temps incertains, il apporte un peu de baume au cœur! Et puis, le nom de plume de l’auteur est une belle trouvaille. Alcyon, nom poétique d’un oiseau marin… On se souvient de vers d’André Chénier:

« Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez ! »

Tsahan d’Alex Parker. Ce roman de SF a reçu beaucoup de critiques positives – sûrement méritées – mais je n’ai pas réussi à entrer dedans. Dans ce genre de littérature, on crée un monde avec ses lois, ses personnages, une configuration particulière. Le lecteur peut s’y sentir à l’aise ou étranger, comme cela a été mon cas. Dernièrement, je n’ai pas apprécié non plus les nouvelles d’Asimov sur les robots, nouvelles tant vantées.

La Mort immortelle de Cixin Liu.

Mais, puisque nous en sommes à évoquer la Science Fiction, j’ai été plus que fasciné par La Mort immortelle du chinois Cixin Liu. Cet auteur est un génie. Il n’imagine pas le futur de l’humanité en usant de paramètres arbitraires, mais en s’appuyant sur des découvertes et des évolutions tout à fait plausibles. C’est un physicien et un romancier d’exception qui sait tirer parti de la théorie des cordes et d’univers aux dimensions multiples. Vous n’arrivez pas à vous représenter un monde doté de quatre dimensions spatiales? Cixin Liu y parvient, et il parvient à vous en donner une idée!

Pour terminer, quelques nouvelles en italien tirées du Progetto Babele, une revue littéraire. Une seule m’a plongé dans le quotidien de cette vie citadine, cette convivialité chère aux Italiens, la dolce vita. En plein confinement, ce fut un plaisir pour moi que d’assister à la soirée bien arrosée de jeunes avocats. Mais, les autres textes m’ont paru bien ternes. Il faut dire que je lisais en même temps les short stories de Roald Dahl, un maître en la matière. En quelques lignes, on entre dans une histoire, on s’identifie à un personnage et, surtout, on est pris dans un enjeu. L’art du suspense est là. C’est fin, enlevé, prenant, et l’on est si étonné par la chute qu’on repense longtemps à la nouvelle dans son ensemble.

Voilà donc pour mes quelques lectures de ces dernières semaines. Je n’ai pas parlé des auteurs que j’ai interviewés – vous pouvez les découvrir dans les précédents articles. Je n’ai pas abordé non plus quelques recherches sur les mythes effectués hier (Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell). Peut-être consacrerais-je un article à ce sujet ultérieurement. C’est tout à fait passionnant. J’espère vous avoir donné quelques envies de lectures. Il va de soi que les jugements que vous trouverez ici sont parfaitement subjectifs.

Les amours de Saurel

Les difficultés d’un nouveau projet

Après avoir terminé le manuscrit de Metamorphosis – le premier volet, du moins – je me suis attaqué au Journal de Saurel. Cela faisait longtemps que j’avais le sujet en tête, les personnages qui rythmeraient le récit et même la tonalité générale du texte. Pourtant, j’ai éprouvé beaucoup de difficultés au moment de l’écrire. Si les choses ne s’étaient pas débloquées la semaine dernière, j’aurais tout simplement abandonné. Il n’est pas évident de passer d’un univers à un autre, d’abandonner des personnages pour en créer de nouveaux. Tout à coup, on se trouve vide et on aligne sur l’écran des phrases dénuées de sens.

Dans cette livraison du Journal de Saurel, je me suis imposé une contraintes dont je ne mesurais pas les conséquences dans l’élaboration du projet: l’absence d’éléments autobiographiques. Je ne voulais pas que des amis et des proches puissent se reconnaître. Je voulais également tester mon imagination. Toutes mes difficultés viennent de là.

Le fichier est en PDF et gratuit. Vous avez juste à me laisser un mail. Si vous avez une relieuse, vous obtiendrez ce beau livret!

Un homme à l’image de tous les hommes

On ne le voit peut-être pas très bien sur la photo, mais j’ai joué avec les polices pour imiter l’écriture d’un adolescent. Ici, mon narrateur compose un poème!

Et l’essence du journal dans tout cela? me direz-vous. Si les personnages et la vie du narrateur sont créés de toutes pièces, il n’en demeure pas moins que l’ensemble est représentatif de ce qu’est la vie d’un homme né aux alentours de 1980. Tous ne se reconnaîtront pas – c’est inévitable – ou ne voudront pas se reconnaître. Mais je suis convaincu qu’il y a une part de vérité dans mon texte. Mon narrateur, lâche, immature, mais sympathique, est à l’image des hommes d’aujourd’hui. Et je n’aurais pas la prétention de faire exception à la règle.

Références et clins d’œil à découvrir

John Everett Millais, Ophélie. Ceux qui apprécient Shakespeare ne manqueront pas de relever l’allusion dans mon texte.

Le ton est léger, mais je ne crois pas avoir été de mauvais goût. Et cela ne m’a pas empêché de glisser toutes sortes de symboles et de références littéraires. J’ai été discret cependant. A vouloir insérer à tout prix un sens caché, on a vite fait de composer une oeuvre illisible. Ce qu’il faut soigner en priorité, c’est le récit. Voilà la tâche à laquelle je me suis attelé. Mais, dans une relecture, on pourra chercher une coloration liée aux genres littéraires, les héroïnes de romans ou de pièces de théâtre célèbres, les trois insectes qui forment les trois volets de ma trilogie: la fourmi, l’abeille et la mante religieuse. Je suis allé jusque là!

Si vous voulez vous procurer Les amours de Saurel, laissez-moi votre mail et je vous l’envoie. C’est gratuit! Profitez-en! Je voulais insérer un lien vers La Bataille des Reines, le premier volet de Metamorphosis, mais j’ai fait appel à une graphiste et il faut du temps pour réaliser la couverture. Je ferai paraître mon roman en septembre.

La Peste et le Coronavirus (3)

Jadis, on luttait avec des moyens très limitées contre des maladies terribles. Aujourd’hui, on peut non seulement contenir la propagation de l’épidémie, mais soigner les malades. Si le Coronavirus a des conséquences si dévastatrices, c’est que nos hôpitaux sont mal gérés, nos dirigeants d’une imprévoyance rare et, nous-même, inconscients et indisciplinés.

Des économies mal venues

Hôtel-Dieu, à Paris. Pendant la Peste noire, les religieuses ont fait preuve d’un dévouement qui force l’admiration, comme celui des hommes et femmes qui travaillent dans les hôpitaux aujourd’hui.

Depuis des années, on fait des économies de bouts de chandelles dans le domaine de la santé publique. Les médecins en milieu hospitalier alertent les pouvoirs publics. Mais, il s’agit de renvoyer chez eux les patients le plus vite possible et de fonctionner sans cesse à flux tendu. En période normale, il y a déjà saturation. Quelques centaines de malades supplémentaires, et l’on assiste au chaos que l’on connaît .

A cela s’ajoute une crise que personne n’a su anticiper ou prévoir. Il manque jusqu’à l’essentiel: des masques et des tests. On ne peut bien se prémunir contre la contagion et isoler les malades, ce qui a permis aux Asiatiques d’endiguer l’épidémie.

La Chine et l’Europe

Confucius
Confucius. On est frappé, en lisant ses Entretiens, par l’importance qu’il accorde aux rites. Sa philosophie s’intéresse avant tout à des problèmes concrets de vie en société.

Les Chinois sont gens de bon conseil – après nous avoir transmis un énième virus. Il n’empêche. En dix jours, ils font sortir des hôpitaux de terre, quand il nous en faut presque autant pour planter quelques tentes près de Mulhouse. Et, les mesures prises ont été drastiques. En France, on a laissé les élections avoir lieu, avant de mettre en garde la population. On favorise la diffusion de la maladie, avant de supplier les gens de rester chez eux. On prend des mesures de confinement, quand nombre de Parisiens sont partis en Province, avec le mal dans leurs bagages.

De tradition confucéenne, les Asiatiques privilégient le groupe aux individus. Nous faisons l’inverse. Chacun d’entre nous est un petit monstre d’égoïsme. Moi d’abord, les autres ensuite. Nous avons beaucoup de droits et peu de responsabilités. Ainsi, les mesures qui s’imposent nous paraissent intolérables, et sont plus ou moins respectées. Quand aucun danger ne guette, on peut se le permettre. En situation de guerre ou d’épidémies graves, cela se paie au prix fort.

Des incompétents et des incapables

Plus que tout, les moments que nous vivons mettent au jour l’incompétence de nos dirigeants. N’ayant connu que de longues décennies de paix, ils ne peuvent s’occuper que de petits soucis, comme les limitations de vitesse ou le travail le dimanche – et encore… Ils ne voient pas plus loin que la fin de leur mandat. Et ils ont pris l’habitude de raconter aux gens ce qu’ils avaient envie d’entendre, de dire une chose et d’en faire une autre. Ce sont de beaux parleurs et des premiers de la classe en économie.

Quand je veux mettre une tête sur notre classe dirigeante, je pense à cet homme…

Le Général de Gaulle, qui tenait les rênes du pays dans les années 60, a été blessé pendant la Première Guerre mondiale, a combattu en 40. Ces gens-là n’ont jamais pris un coup de poing dans la figure. Quand l’histoire redevient tragique, comment peuvent-ils prendre les décisions qui s’imposent? Aujourd’hui, il s’agit de limiter les déplacements et de prendre en charge des malades, mais, demain, s’il faut faire face à une guerre civile, un effondrement économique ou mobiliser une tranche d’âge pour combattre une puissance ennemie? non pas quelques islamistes mafieux en Orient, mais l’équivalent du Troisième Reich?

Et après?

Ce n’est pas la période de confinement qui sera dramatique, mais la sortie. Quand nous retournerons au travail et mesurerons l’ampleur

La Chute du mur de Berlin
La Chute du mur de Berlin, en novembre 1989. L’événement inaugure une période d’ouverture des frontières et de mondialisation heureuse, qui est en train de prendre fin.

des dégâts. Quelles seront les conséquences, sur une économie moderne, de l’arrêt partiel de l’activité en Europe et aux Etat-Unis? La situation était alarmante avant la crise – bulles financières, états surendettés – qu’en sera-t-il après?

Ce qui frappe en ce moment, c’est l’absence totale de solidarité européenne et le rétablissement des frontières. La crise se gère au niveau des nations. Dans les mois à venir, l’euro prendra de plein fouet la crise économique et l’UE paraîtra d’une inutilité singulière. Il n’est pas certain qu’elle survive à la tourmente. Nous verrons enfin dans le virus un effet de la mondialisation et nous replierons sur notre identité nationale. Dans une société fracturée comme la nôtre, cela pourrait conduire à des situations explosives.

Economie traditionnelle et économie moderne

Si je devais revenir à mon sujet, à savoir une comparaison hardie entre la peste dans l’Antiquité, au Moyen Âge et le Coronavirus, je dirais que la maladie est de toute évidence moins grave en elle-même que par le passé – elle fera somme toute peu de morts – mais, dans une économie, non pas traditionnelle et compartimentée, mais connectée, mondialisée, ses conséquences pourraient être dramatiques.

La peste et le coronavirus (2)

Un délitement moral

Danse macabre
Danse macabre. Avec la Peste, la vision du monde change. Le christianisme devient plus sombre, la mort omniprésente.

Dans les deux épisodes de peste dépeints dans mon article précédent, les auteurs montrent un édifice social qui s’effondre brutalement. On se trouve face à un mal contre lequel on est impuissant, et les médecins sont les premiers touchés. Les valeurs d’entraide et de solidarité s’avèrent périlleuses. En soignant les autres, on se condamne soi-même, mais, en les évitant, on meurt abandonné de tous. Les liens se rompent. Chacun cherche à sauver sa peau. Comme on se sait condamné, on ne craint plus Dieu, ou les dieux, ni aucune forme de loi et, ainsi que l’explique Thucydide, chacun cherche à tirer une jouissance immédiate du peu de jours qu’il lui reste à vivre.

La maladie, outre les corps, détruit toute forme de morale.

Mais elle n’entrave pas la guerre

Quoiqu’effroyable – c’est ce qui surprend le lecteur d’aujourd’hui – la peste n’empêche pas les guerres en cours de se poursuivre. Sur le long terme, elle n’a pas les conséquences auxquelles on s’attendrait.

Périclès doit justifier sa politique et sa stratégie, qui ont conduit à la promiscuité et à la maladie, et redonner confiance à des Athéniens démoralisés. Et il y parvient. La Guerre du Péloponnèse durera un peu moins de trente ans! La Peste noire prend place entre deux lourdes défaites françaises, les batailles de Crécy (1346) et Poitiers (1356). Entre temps, le tiers de l’Europe disparaît. Le chroniqueur Froissart, qui est un de nos plus grands auteurs, est à l’origine, entre autres, de l’estimation des décès. Je n’ai pas réussi à trouver la référence dans son oeuvre volumineuse. Il s’intéresse aux faits d’armes, l’épidémie est pour lui chose négligeable. Jean de Venette, quant à lui, est plein de gratitude envers Dieu. Tous les malades ont eu le temps de recevoir les derniers sacrements!

La bataille de Crécy
La bataille de Crécy, ou le triomphe des archers anglais sur la chevalerie française.

Des conséquences inattendues

On pourrait croire que la catastrophe allait ramener l’Europe médiévale à l’âge de pierre – encore une fois, essayons de nous représenter son ampleur! Il n’en est rien. En captant de nombreux héritages, les survivants deviennent plus riches. La main d’oeuvre se faisant rare, les salaires augmentent. Le gâteau n’a pas grossi, au contraire, mais on est beaucoup moins nombreux à se le partager. Les survivants font tout leur possible pour repeupler les terres désertées. La nature les y aide. Aux dires du chroniqueur Jean de Venette, les mariages n’ont jamais été aussi nombreux et les femmes mettent au monde des jumeaux, voire des triplés!

Remarquons encore que le fabuleux Quattrocento, la Renaissance italienne, démarrera dans la Florence décimée de Boccace et que, dans un conflit, ou plutôt une série de conflits interminables, pour soutenir les efforts de guerre, les Etats français et anglais vont se développer.

Le progrès et la démographie

Constat cynique s’il en est. Avec du recul, on se rend compte que les pertes humaines n’ont pas l’importance que l’on croit dans l’évolution d’une civilisation ou les progrès de l’humanité. Un peuple vigoureux se remet des pires catastrophes. Il va de soi que nous ne sommes plus, et depuis longtemps, de ces peuples là… Comme nous le verrons dans le prochain article, notre Coronavirus fera relativement peu de victimes, mais met au jour un état de délabrement profond des sociétés occidentales.

La Peste et le Coronavirus (1)

Antiquité et Moyen Âge

Dans cette article, et dans celui de demain, je me propose d’étudier deux grandes épidémies, la peste d’Athènes (Ve siècle av. J.-C.) et la Peste Noire (1348-49). J’établirai ensuite un parallèle avec la situation que nous vivons aujourd’hui. Libre au lecteur de juger dignes d’intérêt les conclusions que je tirerai sur la gravité de la situation, l’état des sociétés occidentales et la valeur de leurs dirigeants.

J’aurais pu m’intéresser à des maladies plus récentes, comme les épidémies de choléra au XIXe – il se trouve un passage remarquable dans les Mémoires d’outre-tombe – la grippe espagnole ou quelques virus plus récents encore. Mais, je préfère me concentrer sur des catastrophes plus lointaines et plus effrayantes, traitées par des auteurs brillants et méconnus. L’éloignement aide à prendre du recul.

La peste d’Athènes

Le mot « peste » est vague. Il désigne traditionnellement toutes sortes de maladies contagieuses. Celle d’Athènes n’est pas clairement identifiée, quoique l’historien Thucydide décrive ses symptômes avec une grande minutie. Elle viendrait d’Ethiopie et se serait répandue dans l’Empire perse avant de gagner une ville surpeuplée.

Michiel Sweerts, La Peste d'Athènes
Michiel Sweerts, La Peste d’Athènes

On est en effet au début d’une guerre qui équivaut, dans le monde grec antique, à notre guerre de 14. D’un côté Sparte, puissance terrienne, de l’autre Athènes, puissance maritime et impérialiste. A la tête de cette dernière, le stratège Périclès met au point un plan pour le moins audacieux. La population des campagnes trouve refuge dans l’enceinte de la cité, elle-même reliée à un port, le Pirée, par les Longs-Murs. L’ennemi a une infanterie plus nombreuse. On le laisse ravager la campagne alentour. On compte sur la mer. De là viendront l’approvisionnement et des possibilités d’offensives sur n’importe quel point du territoire adverse. Une cité conservatrice et arriérée comme Sparte ne devrait pas pouvoir soutenir un conflit long et coûteux.

C’est sans compter sur les aléas épidémiques. Les chaleurs et la promiscuité favorisent la peste. Elle s’abat sur Athènes avec une violence inouïe et finit par emporter Périclès lui-même.

La Peste Noire

Une puce infectée par le bacille responsable de la peste
Une puce infectée par le bacille de la peste, en noir. Ce petit organisme est le plus grand meurtrier de l’histoire de l’Europe.

Nous connaissons le bacille à l’origine de la Peste Noire, au Moyen Âge. La maladie vient d’Asie centrale, peut-être de Chine – déjà! -, suit la route de la Soie et atteint la Mer Noire. Sur ses rives, se trouve Caffa, une colonie génoise. Les Mongols assiègent la ville et usent de ce qu’on pourrait appeler une arme bactériologique. Ils catapultent de l’autre côté des murailles des cadavres de pestiférés. Des navires génois lèvent l’ancre en catastrophe avec, à bord, des rats dont les puces sont infectées, et transportent la peste dans de nombreux ports de Méditerranée. En particulier à Marseille, d’où elle remonte la vallée du Rhône et se propage dans l’ensemble du royaume de France, de décembre 1347 à décembre 1349. Quand la maladie les frappe, les Athéniens sont en guerre contre Sparte, le royaume de France l’est avec celui d’Angleterre. On est au début de la Guerre de Cent Ans.

Des bilans inconcevables

Les ravages causés par ces deux pestes sont sans commune mesure avec l’épidémie de Coronavirus que nous connaissons en ce moment. L’Antiquité ne fournit pas de chiffre globaux. On sait seulement que l’armée athénienne perd 4400 de ses 13 000 hoplites (soldats d’infanterie) et 300 de ses 1000 cavaliers, en quatre ans. La Peste Noire, quant à elle, est de loin la plus grande catastrophe démographique qu’ait connu l’Europe. Un tiers, dans certaine région la moitié de la population est tout simplement rayée de la carte. Pour avoir un ordre de grandeur, il faut imaginer le Coronavirus causant non pas quelques centaines, voire quelques milliers de décès en France, mais plus de 22 millions…

Le Triomphe de la Mort de Brueghel l'Ancien
Le Triomphe de la Mort de Brueghel l’Ancien. Allégorie saisissante. Dans un décor d’apocalypse, une armée de squelettes invincible massacre des hommes et femmes de toutes conditions.

Contagion, lutte et symptômes

La maladie est également plus contagieuse. Au Moyen Âge, déjà, on connaît les quarantaines, on nettoie les villes, on empêche les malades d’entrer, ou de sortir. Mais ces mesures s’avèrent inefficaces. Comme aujourd’hui, des hommes et femmes se confinent. Ils se coupent du reste de la population et vivent sur leurs réserves de nourriture et de bons vins – quand ils en ont. D’autres, se sachant condamnés, s’adonnent à toutes sortes de débordements. Ils parcourent les rues en buvant et en chantant. Dans le Décaméron, sept jeunes femmes accompagnées de trois jeunes hommes fuient Florence et trouvent refuge à la campagne, où ils se raconteront de petites histoires savoureuses (novelle) pendant dix jours.

Enluminure
Enluminure. Les bubons se sont propagés sur les corps des malades ci-dessus. Ils n’en ont plus pour longtemps.

La maladie ne touche pas seulement les anciens, comme c’est majoritairement le cas avec le Coronavirus. De jeune gens en bonne santé meurent du jour au lendemain. Les Athéniens sont couverts d’ulcères et, nus, les yeux rouges et hagards, se jettent dans les fontaines et les puits, en proie à une fièvre et une soif inextinguible. Des bubons, des tumeurs, apparaissent à l’aine et sous les aisselles des pestiférés de 1348, ainsi que des tâches noires sur tout le corps. La mort survient en trois jours. Non seulement les hommes sont touchés, mais, selon les témoins, les animaux mêmes crèvent. Boccace voit dans la rue un cochon gratter et renifler les haillons d’un pestiféré et s’écrouler peu après… Les cadavres s’entassent devant les portes. A Athènes, on se disputent les bûchers où ils seront brûlés. A Florence, un curé venait pour un mort, il en trouve cinq ou six. On creuse un peu partout des fosses dans lesquelles on jette les corps par chariots entiers.

Un malheur qu’on ne sait expliquer

Macron répétait il y a quelques jours « Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible ». Mais nous connaissons parfaitement le virus et nous apprêtons à mettre au point un vaccin. Les hommes de jadis ne savaient d’où venaient le mal qui les frappaient. Les plus religieux croyaient en une punition divine, d’autres, en une conjonction astrale produisant des miasmes. Une infection de l’air.

Les Anciens à Athènes se souviennent de vieux oracles et croient reconnaître la main d’Apollon, le dieu, entre autres, des maladies et morts violentes, celui-là même qui décime l’armée grecque au début de l’Iliade.

On cherche des coupables. Ce sont les «Péloponnésiens», à savoir Sparte et ses alliés, qui ont empoisonné les puits. Dans l’Europe médiévale, on accuse les juifs. Comme souvent dans notre histoire, ils servent de victimes expiatoires. (Soit dit en passant, je ne doute pas que des théories du complot fleurissent sur Internet au moment où j’écris. Et on doit attribuer à l’épidémie les

Flagellants
Flagellants au XIVe siècle. Les fouets de ces derniers ne sont pas munis de clous, comme ceux que décrit le chroniqueur Jean de Venette.

mêmes coupables qu’il y a près de sept siècle, en plus des Francs Maçons

et des Illuminati…) Il est à noter que ces déchaînements de violences viennent du peuple et que l’Eglise et le Pape les condamnent. Comme les groupes de « flagellants », qui vont de ville en ville, torse nu, soulèvent les gens contre les juifs et se lacèrent le dos, les uns les autres, avec des lanières cloutés.

Moins de morts, mais de lourdes conséquences

Les épidémies qui ont frappé l’Europe par le passé ont été plus dramatiques que celle que nous connaissons. Piètre consolation, me direz-vous, pour ceux qui souffrent, perdent leurs proches ou croulent, dans les hôpitaux, sous l’afflux de patients. Le Coronavirus révèle cependant une faillite bien particulière. Il n’aura pas les conséquences démographiques évoquées ci-dessus, mais des répercussions politiques et économiques incalculables. J’émettrai à ce sujet quelques hypothèses dans un prochain article.

Les ruelles et le relief d’une âme

Un peu de paperasse

J’ai dû me rendre à Privas, hier, pour régler quelques soucis administratifs. Rien de grave, au contraire: je viens de fonder une microentreprise. Et je pourrai bientôt courir les salons du livre. Si l’écriture de mes romans et mes questionnements philosophiques ne m’absorbent pas trop…
Le petit village de Coux
Coux, au bord de l’Ouvèze.

J’ai quitté un immeuble sinistre, puis notre préfecture tristounette. Plutôt que de regagner directement le plateau ardéchois, j’ai fait un détour par le petit village de Coux, en aval de la vallée de l’Ouvèze. Depuis le temps qu’en contemplant ces bâtisses qui s’étirent sur une crête, de l’autre côté de la rivière, je rêvais d’y faire une halte!

Un petit village charmant

Étrange promenade dans la nature déréglée de ce mois de février… L’air était froid, le ciel gris, et des murs de pierres cascadaient les violettes, et sur les arbres et arbustes venaient d’éclore mille pétales éclatants!

L’église m’a touché par sa simplicité. De son parvis, on s’engage dans une artère sinueuse, bordée de maisons charmantes. De distance en distance, l’une d’elle est reliée à son vis-à-vis par un pont. Parfois, un balcon offre une échappée sur la rivière en contrebas.

Le lecteur connaît mon affection pour ces constructions complexes, qui sont pour moi une représentation des tréfonds tortueux de notre âme. Nous aimons les lieux qui correspondent à notre nature la plus intime.

Géographie personnelle

« La carte n’est pas le territoire » (Alfred Korzybski). Rien de plus subjectif que la vision du monde qui nous entoure. Les lieux se chargent de souvenirs et d’émotions. Ils ne se présentent pas tels qu’ils sont, mais selon l’état d’esprit dans lequel nous nous en sommes longuement imprégnés.

L’Ouvèze, cette petite rivière ardéchoise, revêt une grande importance dans ma géographie personnelle. Elle relie l’espace étroit et sûr de mes montagnes au Rhône, qui débouche sur un ailleurs à la fois merveilleux et inquiétant. Au-delà? En un vaste arc de cercle: la Méditerranée, les Alpes, Lyon et Paris. L’ailleurs, l’exotisme, la promiscuité angoissante des villes. Descendre le cours de l’Ouvèze est un arrachement. C’est quitter le monde étroit et familier de l’enfance pour aborder des rivages inconnus.

Rien d’autre que le cheminement d’une vie.

 

Le Soleil de l’Alchimiste (petit retard)

Le Soleil de l'Alchimiste
Le Soleil de l’Alchimiste. Voici la couverture de l’ebook.

Le Soleil de l’Alchimiste est prêt en version papier et numérique. Il ne me manque plus que de petites vérifications. A certains, j’avais promis le texte pour le 15 février. J’accuse un certain retard. Vous m’en voyez marri. La belle devrait voir le jour à la fin de la semaine.

Je tiens à remercier un relecteur, qui se reconnaîtra, pour ses remarques lumineuses. La première version de mon texte était en effet trop complexe. Je l’ai simplifiée.

Pour le reste, je suis assez content de mon travail. Que voulez-vous? C’est mon bébé. C’est sombre, gothique et sanglant!

Toutes mes excuses encore pour le retard!