If you tell – A True story of Murder, Family Secrets, and the Unbreakable Bond of Sisterhood

Comme j’en ai pris l’habitude depuis quelque temps, cette semaine, j’ai écrit jusqu’à six heures et demie et passé mes soirées à lire If you tell de Gregg Olsen. Histoire vraie et abominable de trois sœurs confrontées, dans leur enfance, à une mère perverse et sadique.

Du plaisir de découvrir une langue étrangère

On peut critiquer tant qu’on voudra Amazon et les liseuses. Le géant américain et son outil fétiche vous donnent accès à toutes sortes de livres, quand bien même vous habitez au fin fond de la France périphérique. Vous avez même la possibilité, grâce à un dictionnaire intégré à l’appareil, de lire en langue étrangère avec une certaine aisance. Plutôt que de tourner les pages d’un lourd dictionnaire quand un mot inconnu vous gêne dans la compréhension d’un passage, vous appuyez sur le mot en question et sa définition apparaît juste au-dessous ou au-dessus. Vous ne vous interrompez quasiment pas dans votre lecture, assimilez rapidement un certain vocabulaire et ne quittez pas l’univers qui se déploie dans le livre. Il faut admettre que la technologie n’a pas que du mauvais.

A True Story of Murder

Le sous-titre est pour le moins aguicheur. Le grand public se passionne pour ces histoires vraies sur fond de crimes et d’intimité familiale. En témoigne le procès Daval dont les médias ont fait leurs choux gras cette semaine. On découvre avec une curiosité malsaine l’intérieur d’un foyer dominé par une personne folle à lier. Il y a du voyeurisme là-dedans. On plonge avec un mélange de fascination et d’effroi dans les noires abysses de la nature humaine, content quelque part de pouvoir en revenir en laissant de côté le livre et de ne pas avoir vécu l’enfance des trois sœurs du récit. Peut-être, également, cette confrontation avec le mal trouve en nous quelque résonnance. En explorant les profondeurs, on découvre des pans de notre âme qui ne se sont pas révélés.

Sadisme, domination, duplicité

Michelle Knotek

Au moment où elle se livre à ses atrocités, Michelle Knotek est une femme d’une grande beauté, qui cache sa personnalité réelle derrière un sourire de façade et un altruisme feint. Elle est assistante sociale! Ainsi, pendant des années, elle bat et humilie ses filles sans éveiller les soupçons. Surtout, elle attire chez elle deux personnes fragiles qu’elle réduit pour ainsi dire en esclavage, qu’elle drogue et qu’elle torture. Elle prend plaisir à isoler ceux qui l’entourent, à les dominer, à les soumettre, à se trouver sans cesse au centre de l’attention, à tout exiger. Incapable de compassion, elle n’a pas conscience du mal qu’elle inflige, arrange la vérité sans scrupules et pense même agir pour le bien des autres. Elle alterne des crises de colère d’une violence inouïe et des moments de douceur et de tendresse. Cette capacité à souffler le chaud et le froid, à infliger de terribles punitions sans raison apparente, à traquer ses victimes, est ce qu’il y a de plus inquiétant chez elle. Les caractéristiques du psychopathe.

The Unbreakable Bond of Sisterhood

Dans la famille Knotek, abus et maltraitances durent pendant des années, même des décennies, avec la complicité d’un mari qui obéit aveuglément à son épouse et pour lequel l’auteur se montre pour le moins complaisant: il le présente comme un homme perdu, amoureux, abruti de travail, absent, mais qui roue de coups ses victimes et fait disparaître des corps… Les trois filles, quant à elles, réalisent peu à peu qu’elles ne vivent pas dans une famille normale, qu’elles aiment leur mère – c’est naturel – mais qu’elles ne peuvent approuver son comportement. Surtout, elles vont devoir s’unir, malgré ses manigances, pour se libérer de son emprise. Enfin, parler, dénoncer, vaincre cette peur des représailles qui les tétanise. L’auteur nous rassure dès le début: son histoire se termine sur un happy end à l’américaine. Nikki, Sami et Tori seraient actuellement trois femmes épanouies qui auraient tiré un trait sur un passé douloureux. Après ce qu’elles ont vécu, on peine à le croire. Il n’en demeure pas moins que leurs liens indéfectibles, la personnalité de Sami qui sert de médiatrice, sont ce qu’il y a de plus fort dans cette affaire sordide.

Enumération ad nauseam

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il faut s’accrocher pour entrer dans le livre. La première moitié, ou presque, est une accumulation de sévices qui mènent sans cesse à la même phrase conclusive: « Shelly » est folle, malade, détraquée ». Au-delà de l’écœurement, on se dit que l’auteur aurait été plus inspiré de se concentrer sur quelques moments clés et, plutôt que d’énumérer les mêmes maltraitances, de présenter une gradation, de révéler peu à peu la vraie nature de Michelle Knotek. Par ailleurs, on aimerait comprendre comment elle en est arrivée là. Gregg Olsen évoque rapidement une mère alcoolique, une grand-mère autoritaire, mais ne nous éclaire pas sur les mécanismes qui aboutissent assez tôt à la naissance d’un monstre. Est-ce lié à la nature même du sujet, à une forme de dysfonctionnement psychologique innée? A quelque traumatisme lointain? Est-ce qu’il n’y a pas un peu des deux? Le second étant l’élément déclencheur… L’auteur livre des faits bruts, sans se questionner.

Forces et faiblesses du récit

Le récit est simple, linéaire, pour ne pas dire plat. Un Jean Teulé, ou un Emmanuel Carrère, aurait fait des va-et-vient entre présent et passé. Il nous aurait parlé de sa rencontre avec les protagonistes, de ses impressions, avant de nous livrer leurs témoignages. Ici quelques propos sont rapportés de temps à autre avec un désespérant « dira-t-elle plus tard ». Cependant, il faut toujours donner sa chance à un livre. Par la suite, la présentation des faits devient bien plus intéressante grâce à deux procédés: la disparition étrange d’un jeune homme et l’apparition d’un nouveau bouc émissaire, après la fin tragique du premier. On est intrigué. Qu’est-il arrivé à Shane? Et que va endurer le pauvre Ron, homme fragile et marginal? Le suspense repose sur la tension et la curiosité. On a envie de savoir, et on tourne les pages. Enfin, le dénouement est réussi, d’une efficacité dramatique tout anglo-saxonne.

Bien qu’il me dérange sur le fond, j’ai lu cet ouvrage avec un certain intérêt et en ai tiré quelques procédés narratifs. L’exercice m’a été profitable. La lecture doit toujours aider à l’écriture.

Dans les forêt de Sibérie de Sylvain Tesson

Ces derniers jours, je n’ai pas beaucoup écrit, mais j’ai beaucoup lu. Des classiques, sur lesquels je ne m’étendrai pas et des auteurs contemporains comme Sylvain Tesson. Dans les forêts de Sibérie, un journal de voyage qui a presque dix ans.

Un aventurier d’un autre temps

Sylvain Tesson

Voilà un aventurier comme on n’en fait plus, dans la veine des grands explorateurs du passé, mais avec une sensibilité écologique. Ses vastes périples à travers la Sibérie, le Caucase, l’Himalaya, son idée de refaire à moto la retraite de Russie de la Grande Armée, ont quelque chose d’épique. Dans ses projets, Tesson a très peu recours à la technique, il voyage le plus souvent à pied ou à vélo, tout juste a-t-il un téléphone dans l’ouvrage qui nous occupe. Encore capte-t-il mal. Cela ne l’empêche pas de recevoir un message qui le rend bien malheureux. Quand on considère son isolement, les pays qu’il a pu traverser, sa passion pour l’alpinisme, on se dit que notre auteur est téméraire, voire parfaitement inconscient. Il y a quelques années, il s’est gravement blessé en escaladant la façade d’une maison.

De la jubilation du voyage aux joies de l’immobilité

Dans les forêts de Sibérie est à l’opposée de l’Eloge de l’énergie vagabonde, que j’ai lu il y a quelques années. Dans l’un, un parcours improbable le long d’oléoducs, la rage de voir défiler devant soi les paysages. Dans l’autre, un Sylvain Tesson que l’on n’imaginait pas, qui s’essaie à l’immobilisme  et à la contemplation, en s’installant durant six mois dans une cabane sur les rives du lac Baïkal, loin de tout. Sa seule compagnie: des livres, la visite de rares voisins ou d’amis, puis deux chiens. L’aventurier est confiné entre quatre murs et les quelques kilomètres qu’il peut parcourir autour de son havre de paix. Le globe-trotter est pour ainsi dire assigné à résidence.

Les descriptions de la faune qui l’entoure, de la couche épaisse de glace qui recouvre le lac – et que traversent camions et 4×4 – donnent lieu à des descriptions d’une finesse exquise. Ce n’est pas pour rien que l’auteur se passionne pour la poésie chinoise. Le journal de voyage s’étendant de février à juillet 2010 conduit le lecteur des rigueurs absolues de l’hiver à l’éclosion du printemps, qui est somptueuse. (Au passage, c’est là un cadre temporel qu’un romancier peut utiliser avec profit. Les personnages luttent et se débattent dans les frimas et l’action se dénoue avec la venue des beaux jours.)

Les travers du genre

L’inconvénient, dans un récit de voyage comme celui-ci, c’est qu’il manque précisément de l’action, ou du moins une certaine unité narrative. Bien des journées sont vides. On rencontre le temps de quelques paragraphes quelques personnages qu’on ne reverra plus. Les discussions avec la population locale portent sur tout et rien. Les compte-rendu de lectures sont aléatoires, impromptus. Les descriptions surtout sont longuettes et répétitives. Notre auteur a vite fait le tour de sa cabane. Et puis, quoi qu’il en dise, Sylvain Tesson n’est pas un ermite à proprement parler. Il a sans cesse des fourmis dans les jambes, on le sent. Il a besoin de parcourir des kilomètres sur la glace, de se lancer dans des ascensions téméraires dans les montagnes qui l’entourent. Tout au long de son séjour, il fume et vide des bouteilles de vodka. Il me paraît encore que ses réflexions sont plus ou moins profondes. Il s’agit parfois de méditations sur la présence au temps, d’autres fois de formules lapidaires, assez faciles, quelques critiques féroces de la société moderne.

Après les forêts de Sibérie, la panthère des neiges

Bien qu’on découvre une sensibilité singulière, au cours de longs mois favorables à l’introspection, Dans les forêts de Sibérie n’est pas le meilleur projet ni le plus bel ouvrage de Sylvain Tesson.

Avant le confinement, je voyais partout La Panthère des neiges sur les vitrines des librairies. J’ai été tenté de me le procurer, mais ces ouvrages neufs coûtent cher et sont vite lus. Mon bureau, ma bibliothèque et mon grenier regorgent de livres qui s’empilent, débordent des étagères et que je ne sais plus où stocker. Je préfère emprunter ou lire sur ma liseuse, même si le plaisir n’est pas le même. Mais si, à la médiathèque, je mets la main sur ce récit tant vanté, je m’empresserai de le lire, et avec le plus vif intérêt.

Un(e)secte, le dernier thriller de Maxime Chattam

D’un bout à l’autre de l’Amérique, la police découvre des cadavres dans un état effroyable. Le point commun à toutes les scènes de crime? La présence en grand nombre d’insectes de toutes sortes. Et s’ils s’étaient ligués contre nous? S’ils avaient décidé de nous anéantir? Quoique plus grands, nous ne pourrions pas faire face à leur effrayante supériorité numérique. Telle est l’idée maîtresse du dernier roman de Maxime Chattam.

Personnages et atmosphère

Un(e)secte
Un(e)secte, que j’ai lu au format ebook.

De tous les écrivains à succès, il est pour moi le meilleur. Il a un style bien à lui, riche, la capacité à plonger son lecteur dans une atmosphère glauque à souhait et, le plus important, à créer des personnages attachants. Ludivine Vancker (La Conjuration primitive) et Atticus Gore (Un(e)secte) sont des enquêteurs atypiques, des écorchés vifs. Ils ont leurs faiblesses et leurs moments de désespoir. L’une tourne aux anxiolytiques, l’autre écoute du métal à fond, pour oublier les moqueries liées à son homosexualité, dans sa jeunesse. Souvent, ils ont la rage. Voilà qui nous change du Robert Langdon de Dan Brown, le prof de fac élégant qui, dans son enquête, tombe toujours sur une associée jeune et jolie. Ou les femmes des Lévy et Musso qui contemplent devant le miroir de leur loft, aux premiers rayons du matin, « leur nudité parfaite ».

Suspense et surenchère dans l’horreur

Avec ces personnages cabossés, que l’on suit et auxquels on s’identifie, Chattam dispose d’un art consommé du suspense. Nécessités du thriller obligent, le policier se met à mener ses investigation en dehors de toute légalité, pour une raison ou une autre, et, oubliant toute consigne de prudence, traque quelque psychopathe, seul, dans des quartiers sordides ou des pavillons isolés. Quoique le procédé soit répétitif et les ficelles un peu grosses, on tourne les pages, on sent battre son cœur à l’unisson du personnage principal et l’on se retourne par moments pour s’assurer que personne ne s’est glissé dans la pièce où l’on lit.

Mais, le travers auquel n’échappe pas l’auteur est celui de la surenchère dans l’horreur, comme dans les films ou séries américaines, où une scène d’action ne peut aboutir qu’à d’affreuses mutilations, des décapitations, éviscérations et autres. Le public se lassant très vite, il faut toujours pousser le curseur un peu plus loin. D’un point de vue littéraire, c’est une impasse. Dans les quelques romans que j’ai lus, on sent cette recherche de l’auteur dans le sordide, la pédophilie, les tortures interminables, les jeunes femmes violées et découpées en morceaux dans les circonstances les plus atroces. Dans Travail soigné, Pierre Lemaitre ne manque pas de satisfaire à la mode de ces dernières décennies. Son roman policier, malgré le déploiement des pires scènes de carnage, n’atteint pas la force d’Au revoir là-haut, bien moins encore celle de Trois jours et une vie, son chef d’oeuvre.

Les insectes et le « bad guy »

L’idée d’une armée d’insectes tueurs apparaît déjà dans le second volume de la trilogie des fourmis de Bernard Werber. C’est un filon pour le moins intéressant. Avec le talent de l’auteur, on assiste à l’approche subreptice d’araignées, de mille-pattes et de toutes sortes de créatures dégoûtantes, pendant qu’un petit monsieur tout-le-monde ne se doute de rien. On en a les cheveux qui se dressent sur la tête. Mais la matière est mal exploitée. Si l’auteur est incollable sur le  fonctionnement de la police américaine, il a beaucoup moins poussé ces recherches en entomologie. En toile

Maxime Chattam
« Pour écrire des horreurs pareilles, il faut que cet homme-là soit un peu tordu », me disait quelqu’un. Qui sait? Peut-être son nom fera-t-il bientôt les gros titres des journaux, dans quelque affaire criminelle…

de fond, nous trouvons une réflexion très pessimiste sur les sociétés modernes, et des insectes et arachnides qui viennent se greffer là-dessus de façon très artificielle.

Les motivations du « méchant » – je ne pourrais pas m’étendre sur le sujet – ne sont pas assez fouillées, de même que ses projets délirants pour régler certains problèmes liés à l’avenir de la planète… Ce qui n’empêche pas un épilogue réussi, comme toujours chez Chattam, où les personnages reviennent sur les épreuves qu’ils ont endurées et perçoivent autrement le monde et l’humanité en général.

Un roman un peu moins abouti que les précédents

Un(e)secte me semble avoir été écrit dans la précipitation – je peux me tromper. Les ingrédients du bon thriller sont là, l’auteur use des richesses de son talents, mais la construction narrative comporte des maladresses assez regrettables, des temps morts et un certain manque de profondeur. Ce n’est pas le meilleur thriller de Maxime Chattam. Mais, rien que pour son enquêteur atypique, Atticus Gore, il vaut la peine d’être lu.

La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero (tome1)

Aujourd’hui, je vous présente un livre que ma fille m’a permis de découvrir. Avant de commencer, il me faut lui rendre ce qui lui appartient : c’est elle, grâce à ses remarques pleines de bon sens, qui m’a permis d’écrire ce modeste compte rendu. Des centaines de bisous à Wondergirl !

L’ennui au quotidien

Comme dans de nombreux romans « jeunesse », on distingue deux mondes dans La Quête d’Ewilan : celui où vit le héros au début du récit et celui dans lequel il va se retrouver.

Le premier est celui de l’ennui et de l’insatisfaction. Le quotidien dans sa banalité la plus affligeante. Camille, l’héroïne, est une élève surdouée qui s’efforce de paraître « normale » pour ne pas contrarier ses enseignants. Elle supporte des heures de cours interminables. Elle n’est pas persécutée comme Harry Potter, mais sa famille adoptive, très collet monté, ne lui apporte ni amour, ni même attention. Au sein de ce monde, l’auteur introduit une nouvelle subdivision : la maison cossue de la jeune fille et la cité où vit Salim, son meilleur ami. S’ils viennent de milieux très différents, les deux adolescents se sentent tous deux rejetés par leur famille. Ils sont à part et, par là même, trouvent du réconfort l’un auprès de l’autre.

Un drôle de duo

Il faut bien reconnaître que Camille, en réalité Ewilan, a un caractère bien à elle. Certains apprécieront sa répartie, d’autres pourraient la trouver très agaçante. Si ce n’est à cause de ses yeux magnifiques, on se demande bien pourquoi Salim se laisse traiter comme un moins que rien et lui obéit au doigt et à l’œil. Ma fille m’assure qu’il jouera un grand rôle par la suite. Mais, dans ce premier tome, il est sans cesse rabroué et ne sert guère qu’à mettre en valeur, par sa naïveté, l’intelligence et l’esprit d’initiative de l’héroïne. Les rapports entre les personnages me paraissent fortement déséquilibrés et, quand on sait que l’une est blonde et l’autre « de couleur », on pourrait trouver l’œuvre quelque peu raciste, quoique cela soit involontaire.

La magie et l’aventure

Comme dans la plupart des romans du genre, le surnaturel fait irruption dans la banalité du quotidien et entraîne nos personnages à Gwendalavir, le second monde, celui de l’aventure et de la magie. Camille en apprend davantage sur ses origines et son identité. Sur sa route, de redoutables guerriers vont la protéger, un érudit lui permettre de mieux exploiter ses pouvoirs. D’autres vont tout faire pour l’éliminer. Ce sont les Ts’liches, créatures effrayantes, et des assassins furtifs. Les adjuvants et les opposants, une constante du conte et de la littérature « jeunesse ».

La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero (tome 1)

La nature de la magie et des pouvoirs de l’héroïne ne manque pas d’originalité. Après Poudlard, il fallait bien explorer de nouvelles pistes, innover. L’univers de l’auteur est assez élaboré, les personnages plutôt bien définis, mais on est loin du talent d’un Tolkien ou de la profusion extraordinaire d’un George Martin. Ces derniers ont un souffle, une imagination puissante, que Bottero ne possède que dans une moindre mesure. Ce qui me déplaît le plus dans ce type de littérature – on excusera ma franchise – , c’est la simplicité et le caractère factice des décors. Que cela ne nous fasse pas oublier, cependant, les qualités rares et indéniables de l’auteur, à savoir sa plume et la vivacité de son récit. Tout ce que j’aime et admire en la matière. C’est nerveux, enlevé. On se laisse emporter et l’histoire ne comporte pas de temps morts.

Petite dédicace

J’en resterai là. La Quête d’Ewilan est un classique, une œuvre qui vaut le détour. Elle possède une vertu rare : réunir autour d’une histoire grands et petits, un père et sa fille. J’ai dit des centaines… non !… des milliers de bisous à Wondergirl, la si bien nommée, pour m’avoir permis de lire et d’apprécier ce roman, pour m’avoir fait part de ses remarques ô combien précieuses !

Children of Time (Dans la toile du temps) d’Adrian Tchaikovsky

Children of Time (Dans la toile du temps) d’Adrian Tchaikovsky, un roman de SF assez incroyable que je viens juste de terminer. Deux secondes… J’éteins ma liseuse et vous touche un mot de ce petit bijou.

Les codes de la SF… revisités

Children of Time d'Adrian Tchaikovsky
Children of Time d’Adrian Tchaikovski

On retrouve là-dedans les codes du genre, des réminiscences de La Guerre des étoiles et d’Alien, les classiques, les incontournables, mais traités avec une audace et une originalité qui me laissent sans voix. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec les concepts qui sous-tendent l’oeuvre, l’auteur a marché sur une corde raide et, s’il avance par moment d’un pas hésitant, il opère la traversée avec brio.

Pourquoi? Laissez-moi vous résumer en deux mots le cœur de l’intrigue. Rassurez-vous, je ne vous dévoilerai rien d’important. Juste quelques précisions pour vous donner envie d’y jeter un œil. Rien de plus.

Un projet grandiose…

Héritière d’une civilisation avancée, Avrana Kern décide d’implanter des singes sur une planète lointaine qu’elle a préparée pour les accueillir. Un virus doit développer leur intelligence. Elle retournera des années plus tard dans ce Jardin d’Eden, où ses créatures l’adoreront comme une déesse. Mais, au moment où le vaisseau s’apprête à larguer les singes et le virus, une révolte éclate dans l’Empire et se répand parmi les membres de l’équipage. Avrana Kern a le temps de télécharger toute son intelligence dans un satellite tandis qu’elle plonge dans un sommeil séculaire, errant à bord d’une navette, dans l’immensité de l’univers.

… mais qui avorte en parties

Elle ne sait pas que ses singes ont péri, mais que le virus s’est répandu sur la « Planète verte », sa planète. Toutes sortes de créatures pullulent déjà à sa surface. Les potentialités du virus aurait pu profiter à de petits mammifères, des rongeurs (cela aurait été mignon) ou des fourmis, à la manière de Bernard Werber. Non! Les fourmis vont évoluer, certes, sous la forme d’une immense entité, sans conscience, destructrice et en continuelle extension. Mais ce sont… les araignées qui vont tirer le meilleur parti des capacités évolutives qui leur sont offertes. Oui! Des araignées! On assiste à l’essor d’une civilisation inédite et au développement d’une technologie tout à fait originale.

Une arche de Noé sans animaux

Quelques millénaires plus tard, après l’effondrement de l’Empire, des hommes sont sortis de la barbarie et ont profité des vestiges laissées par leurs prédécesseurs. Une sorte de Renaissance. Mais la Terre devient peu à peu inhabitable à cause d’éléments toxiques issus des guerres anciennes. Quelques milliers d’hommes, plongés pour la plupart dans un sommeil artificiel, s’en vont à jamais sur un vaisseau, le Gilgamesh (référence pour le moins intéressante à un héros sumérien en quête d’immortalité). La « Planète verte », apparaît après des siècles d’errance. Une Terre Promise.

Un roman néo-colonial?

Trois acteurs: les araignées qui portent de générations en générations les mêmes noms, noms arbitraires (call her Portia); les hommes avec Holsten (the classicist, dernier homme à connaître la langue de l’Empire) et Lain, une ingénieure qui jure comme un charretier; Avrana Kern, qui n’est plus qu’une entité spirituelle, un corps céleste qui veille jalousement sur sa planète. On pourrait s’attendre à un roman de SF traditionnel. Des aventuriers, ces restes d’une humanité à la dérive, débarquent en ce monde lointain et y sont confrontés à des créatures tout droit sorties d’un cauchemar. Après des combats épiques et désespérés, leur vaisseau détruit, leurs armes en piteux état, ils parviennent malgré tout à triompher de l’ennemi et à coloniser la planète. C’est ce que l’on aurait eu dans un bon vieux roman d’aventures du XIXe.

Mais pas au XXIe, avec Tchaikovski!

Et la confrontation?

Les dissensions à bord du Gilgamesh, et les différents réveils d’Holsten (ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur dans le récit) alternent avec une fresque superbe décrivant dans toute sa complexité l’histoire des arachnides. Comme s’il s’était lancé un défi, l’auteur réussit un double tour de force: maintenir l’intérêt du lecteur dans un roman qui couvre des millénaires et nous rendre sympathiques et attachantes les créatures les plus affreuses qui soient. Dans certains commentaires sur Amazon, de grands arachnophobes avouent même avoir été émus jusqu’aux larmes! De là, on se demande bien comment va tourner la confrontation. Le lecteurs apprécie tout autant le vieil Holsten, un savant d’un autre âge, que les araignées géantes qui ont envahi la « Planète Verte »…

Un auteur à suivre!

Tchaikovski a trouvé une solution pour le moins invraisemblable au problème, comme la technologie qu’il imagine pour ces créatures et les images qu’elle font naître en nous. Le pire… c’est que ça fonctionne! On est conquis. On en redemande! La fin n’est pas ce que j’ai le plus apprécié. Mais bon sang! Elle est sacrément bien amenée et, une demi-heure après avoir éteint ma liseuse, je me dis que ce Tchaikovski ne manque pas d’audace. Un auteur jeune, talentueux (quelques travers bien anglo-saxons dans le style), bourré d’imagination et capable d’embrasser des millénaires dans un roman. J’ai hâte de lire ces autres bouquins. Et pour mieux goûter son talent, je me les procurerai dans le texte original. C’est la moindre des choses.

 

 

Cogito de Victor Dixen

Cette semaine, j’ai lu pour vous Cogito de Victor Dixen. Un petit compte rendu sur ce roman « jeunesse », les IA et le monde  dans lequel nous vivrons peut-être sans tarder.

Un roman « jeunesse » de qualité

En tant que prof, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec la littérature « jeunesse ». Pour moi, il s’agit d’une sous-littérature, d’une défaite déguisée de l’enseignement. Les classiques avec leurs descriptions et leurs analyses psychologiques ennuient les élèves. Leur vocabulaire est si limité qu’il n’y ont pas accès. On va élaborer des romans spécialement pour eux. Autour de trois axes: action, simplicité, humour à trois sous. Il suffit de dire ensuite qu’il n’y a pas de bonne et de mauvaise littérature, qu’il y a des auteurs géniaux partout et que l’important, c’est que les jeunes lisent.

Ce constat est valable pour 90% de la littérature « jeunesse ». Il ne l’est pas pour Cogito de Victor Dixen. Les caractéristiques du genre sont pourtant là: l’ado mal dans sa peau, qui a de la répartie sans être vulgaire (sinon les collèges-lycées n’achèteraient pas), bons sentiments, aventures, violence limitée. La différence, c’est qu’on affaire ici à un auteur qui maîtrise son sujet et dont les connaissances en science, en histoire, en philosophie sont épatantes. Même si sa façon de les présenter est quelque peu convenue, il simplifie et rend accessibles les problématiques de la société actuelle, les replace dans une perspective historique plus vaste, nous donne une vision probante de l’avenir.

Un monde dominé par les IA

Cogito, ergo sum. « Je pense, donc je suis » Le point de départ de la philosophie de Descartes et le critère de distinction entre l’homme et la machine, ou entre IA forte et IA faible…

Dans le monde de Rox, l’héroïne, le développement des Intelligences Artificielles mène à un chômage de masse, à une sélection drastique des individus. Quelques privilégiés contrôlent d’immenses multinationales tandis qu’une majorité d’individus doivent se contenter d’un travail dégradant, d’alcool et d’ « égo-feuilletons ». Avec le réchauffement climatique, de nombreux migrants ont trouvé refuge dans les pays du nord. Les mégalopoles se sont développées dans les airs pour pouvoir les accueillir. La Bretagne est un grenier à blé et des néo-hippies se sont coupés du reste du monde, en Lozère, pour constituer une société traditionnelle et sans technologie. Le clivage principal se situe entre les promoteurs des IA et les « humanicistes » qui veulent mettre l’homme, et non la machine, au centre des préoccupations sociales.

Tout cela est juste, manque d’ambition dans le développement du récit, mais s’avère d’un réalisme stupéfiant. La révolution de l’informatique que nous vivons accouchera de monstruosités ‒ sûrement plus effrayantes et plus durables que dans le roman ‒ comme la révolution de l’agriculture avant elle (guerres, famines, maladies) et la révolution industrielle (inégalités sociales, armes hautement destructrices, etc.). L’embellie ne viendra qu’après de violents orages…

Stage « Science Infuse »

Dans cette nouvelle société, l’héroïne, quoique issue d’un milieu très modeste, est sélectionnée pour participer à un stage « Science Infuse ». On injectera dans son corps des « neurobots » qui, pendant son sommeil, déverseront dans son cerveau l’ensemble du programme du baccalauréat. En une nuit, les participants peuvent apprendre l’anglais ou les textes majeurs de la philosophie occidentale. Le tout sur une île paradisiaque, avec des activités ludiques, des bains de soleil sur la plage et une ambiance festive. Le rêve de tout lycéen.

Evidemment, le rêve tourne au cauchemar. Sinon, il n’y aurait pas d’histoire. Je ne peux pas vous en dire davantage, mais la phase des complications est ce qui m’a le plus déçu. Les réflexions auxquelles donne lieu l’univers de Victor Dixen sont passionnantes, le récit est parfois terne.

Aucun regret…

J’ai tardé à me procurer Cogito. Je trouvais l’édition numérique hors de prix. Cependant, j’en ai eu pour mon argent. La mise en forme et les illustrations sont d’une qualité extraordinaire.

Finalement, j’ai eu tort, en commençant cette chronique, de descendre la littérature « jeunesse ». Si j’étais encore prof, je ferais lire ce roman à mes élèves sans complexe. Même s’il n’échappe pas aux travers du genre, j’aurais l’impression de leur apporter quelque chose.

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

Il y a quelque jours, en me promenant à Pélussin, j’ai vu que Trois jours et une vie, un roman de Pierre Lemaitre, venait de sortir au cinéma. Je n’ai pas vu le film ‒ je n’en ai pas les moyens , mais je peux vous toucher un mot du roman,  sur lequel j’ai écrit une petite critique, à sa parution, en 2016. Voici donc un texte très direct, plein de partis pris ‒ que j’assume ‒ , agressif comme je savais les faire quand je sortais, énervé au possible, de ma salle de classe.

S’il y a une chose que je n’apprécie pas chez Pierre Lemaitre, c’est son style. Il abuse des tournures passives et des adverbes. Ses phrases sont lourdes et, plus généralement, il s’attarde trop sur les différents épisodes de son intrigue. La conduite de ses romans manque de nerf, de vélocité. On a affaire à un mauvais Diesel et j’aime les moteurs à essence.

Mais son histoire vous prend aux tripes.

Un adolescent de douze ans, dans un accès de rage, tue un enfant de six ans et fait disparaître son corps par peur du père de la victime et de la police (rassurez-vous, je ne résume que les deux premiers chapitres). Il vit ensuite dans la crainte d’être démasqué, avec une culpabilité qui le ronge et le détruit.

Si je n’apprécie guère la description des mouvements de foule et un anticléricalisme pour le moins ringard, je trouve que l’auteur fait preuve d’une grande justesse dans l’analyse psychologique de son personnage principal. On ressent – et j’en frémis rien que d’y repenser – les tourments du jeune assassin.

A l’exception du curé, tous ses personnages sont réussis. Les jeunes filles surtout. Certains, j’ai pu le lire ici et là, parlent de clichés. Il n’en est rien. L’homme qui a vécu à la campagne et a voyagé trouve souvent assez étroites d’esprit les femmes de son village. Il a été éperdument amoureux adolescent, il est déçu quand il les revoit des années plus tard.

Quoi qu’il en soit, ses figures féminines sont un point fort du roman et les scènes de cul sont érotiques sans être vulgaires.

Je ne vous en dis pas plus. Trois jours et une vie (quel beau titre!) dépasse de loin – c’est mon humble avis – Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013. Oubliez les lourdeurs du style et plongez dans cet univers de province mélancolique et brumeux, de délicieux frissons vont vous parcourir le corps. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu une histoire d’une telle justesse, et d’une telle force.

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre
Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre.

Six mois à tuer d’Enzo Bartoli, un bon polar à la française

Six mois à tuer d’Enzo Bartoli, un polar à la française, banal à première vue, mais qui réserve de belles surprises…

Résumé rapide

Atteint d’un cancer, le pauvre Régis Gaudin se sait condamné.  Astrophysicien asocial, il est engagé par une mystérieuse et charmante jeune femme pour devenir tueur à gages. Comme il n’a plus rien à perdre, il peut sans risque débarrasser la société d’un certain nombre d’indésirables.

L’antihéros et le justicier

Six mois à tuer Enzo Bartoli polar
Six mois à tuer d’Enzo Bartoli, le titre est on ne peut mieux choisi!

En soi,  Six mois à tuer est un Breaking bad à la française, avec un personnage à la Houellebecq. On se dit, au début, que le roman se lit bien, que l’auteur, sans avoir beaucoup de style, a de l’humour, qu’il y a derrière tout ça une petite morale qui se veut dérangeante, mais qui est un peu convenue. L’antihéros se change en justicier. La question que l’on se pose est: qui mérite de mourir et sur quels critères? Quand bien même il s’agit d’en finir avec une ordure qui agit en tout impunité, a-t-on le droit de faire le travail que la police ne fait pas, ou n’est pas en mesure de faire?

Intéressant. Sans plus.

Des rebondissements en cascades (sans spoil)

Mais le polar réserve de sacrées surprises et ce n’est que sur la fin qu’on se dit, comme dans tout bon thriller: « Mais c’est bien sûr! » On repense alors à tous les indices que l’auteur a semé au fil du récit. Il avait tout calculé, et avec une intelligence remarquable.

Le pire, c’est qu’on trouve un nouveau twist en guise d’épilogue. Lui aussi amené de la manière la plus habile qui soit… Je ne vous en dis pas plus. Si vous aimez les histoires bien ficelées, Six mois à tuer est fait pour vous. Cet été, j’ai fait deux, allez! trois découvertes: Sixtine de Caroline VermalleDix instants de toi de Lily Haime et ce bon polar d’Enzo Bartoli.

Sixtine de Caroline Vermalle, voyage, horreur et Egypte ancienne

Avec Sixtine de Caroline Vermalle, on est invité à voyager à travers le temps et l’espace, avec pour toile de fond l’Egypte ancienne. Horreur et imprévus au rendez-vous!

Voyager en chaise longue

Caroline Vermalle
Sixtine ressemble beaucoup à sa créatrice, une femme superbe!

La trilogie dont je veux vous parler aujourd’hui  a fait mes délices du mois d’août. Je l’ai lue sous l’érable de ma chaumière ou, au frais, dans sa cuisine en parties enterrée. Un trou de Hobbit bien agréable en période de canicule. Ainsi j’ai pu éprouver un dépaysement que les gens des villes n’auraient pas connu. Avec Caroline Vermalle, on voyage en un tour de page, de l’Egypte au Mexique, du Mexique à Londres et de Londres au Vietnam. Écrivain nomade, l’auteure a arpenté le monde avant de se consacrer à l’écriture et cela se sent dans l’atmosphère de chacune de ses scènes. Elle décrit des lieux qu’elle a visités, dont elle s’est imprégnée.

Un roman d’horreur et de fantasy qui va à cent à l’heure!

Car tout va très vite dans ce thriller. Peut-être dois-je incriminer ma liseuse, qui perturbe mes habitudes et mes repères de lecteur, mais je me suis souvent perdu en cours de route. Trop de personnages, trop de lieux. Parfois, on ne sais plus si on est en Europe, au Machrek ou en Amérique, et on ne saisit plus les interactions entre les personnages.

Tout de même. Ceux-ci sont merveilleusement bien campés et l’auteure sait se mettre à leur place et nous faire éprouver leurs différents états d’âme. A l’américaine: le goût métallique dans la bouche, le cœur qui remonte dans la gorge…

Bémol sur l’Egypte ancienne (purement personnel)

Critique toute personnelle, cependant, et contestable: un certain manque de profondeur historique. Si Caroline Vermalle est au fait de l’histoire récente de l’Egypte et des Printemps arabes, on sent qu’elle s’est beaucoup moins documentée sur la période antique. Certes, on découvrira avec plaisir des citations du Livre des morts, les portraits d’Akhénaton et, surtout, de Néfertiti. Mais tout cela est bien superficiel et son intrigue aurait gagné à une plongée réelle dans les gouffres de l’histoire. Ces millénaires de civilisation dont la pyramide de Khéops est le témoignage.

Mais, ces réserves n’enlèvent rien à la force et à la beauté des derniers chapitres, ni à l’habileté avec laquelle l’auteure dénoue son intrigue et amorce une suite. Procurez-vous Sixtine et dites-moi en commentaires ce que vous avez pensé de cette trilogie!