Jules César et La Guerre des Gaules

Le manuscrit d’Hadrien

Les lecteurs du tome 1 de Metamorphosis auront remarqué la présence d’un vieux manuscrit écrit en latin. Comme celui-ci doit jouer un certain rôle dans l’intrigue du tome 2 et que je dois insérer quelques mots et citations, j’ai voulu ces derniers jours rafraîchir mes connaissances dans la langue de Cicéron. Ainsi, j’ai lu les Commentarii de Bello Gallico ou Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. C’était l’œuvre qui me paraissait correspondre le plus au style de mon manuscrit et qui, soit dit en passant, est facile d’accès avec un minimum de connaissances grammaticales.

Huit livres pour huit années de conflit en Gaule

Par « commentarii », il faut entendre notes ou aide-mémoire. Le texte est censé fournir la matière à quelque historien qui voudrait en tirer une œuvre plus aboutie et plus développée. Mais, comme le remarque à juste titre Cicéron, par sa qualité, il atteint déjà la perfection et décourage toute réécriture. On trouve ainsi huit livres, dont le dernier n’est pas de César, mais sert simplement de transition avec la Guerre civile qui suit – rajout médiocre qui fait d’autant plus ressortir les qualités de ce qui précède. Ces livres recouvrent chacun une année. Pour des questions d’approvisionnement et de fourrage, dont il est sans cesse question, on se bat essentiellement à la belle saison. L’hiver, les légions se reposent.

Carte de la Gaule au temps de César (Ier siècle av. J.-C.). Les Romains occupent déjà la « Narbonnaise » ou « Provincia ».

Au moment où s’ouvrent les hostilités, les Romains occupent déjà le sud-est de la France (Provincia). Cette dernière est menacée par les Helvètes, qui, se sentant à l’étroit sur leurs terres (actuelle Suisse), décident de migrer plus à l’ouest. César les force à faire demi-tour, puis, à la demande des Gaulois eux-mêmes, bat Arioviste et ses redoutables Germains, qui se sont installés sur le territoire des Séquanes (aux alentours de Besançon) et se comportent en véritables tyrans. Après une cuisante défaite, ils repassent le Rhin. De fil en aiguille, le général romain est amené à porter la guerre jusqu’aux confins du monde connu, chaque région pacifiée étant menacée par quelques peuplades plus lointaines. Ainsi, il intervient en Belgique, défait les gigantesques navires des  Vénètes dans le golfe du Morbihan, passe le Rhin sur un pont de bois construit en un temps record, traverse la Manche par deux fois afin d’empêcher les Bretons de porter secours à leurs cousins du continent. Finalement, en 52, apparaît le fameux Vercingétorix, qui soulève l’ensemble de la Gaule, l’emporte devant Gergovie, avant d’être enfermé et contraint à la reddition à Alésia.

Un récit simple et captivant

Le style de César est à la fois simple et concis. Après avoir rapidement planté le décor, le fameux « Gallia est divisa in partes tres », l’auteur entre dans le vif du sujet. Pas de longue introduction, comme savent si bien le faire les auteurs de l’Antiquité pour montrer l’importance de leur sujet. Rien d’apprêté ou de rhétorique, si ce n’est des discours, la plupart du temps au style indirect. Le récit des batailles et sièges est sobre, jamais grandiloquent. Précis sur la configuration des lieux, ils se caractérisent chacun par des détails significatifs qui donnent à voir ce qu’ils ont de mémorable. Au fond, la facture du texte est très moderne.

L’ebook que je me suis procuré pour quelques dollars sur Amazon. Une édition affligeante. Le texte latin est truffé de coquilles et le vocabulaire donné est pour une bonne part erroné.

Derrière cette simplicité, cette sécheresse, on découvre un art consommé de la narration, César ménageant une gradation dans les dangers encourus par l’armée romaine. Des Helvètes un peu trop prompts à se jeter sur des légionnaires aguerris et occupant une position dominante, on arrive aux ruses de Vercingétorix, qui attaque en hiver et qui brûle systématiquement toutes réserves de nourriture et de fourrage devant les armées romaines. Cette tactique, proche de celle des Russes face à Napoléon, aurait pu contraindre César à la retraite, si les Bituriges n’avaient choisi de conserver leur oppidum d’Avaricum (Bourges). En guise de climax: le siège grandiose d’Alésia, où les Romains se trouvent attaqués à la fois par les assiégés et par les troupes que Vercingétorix appelle à son secours. Une bataille prodigieuse, de part et d’autre des travaux de fortifications des Romains, et le manteau rouge de César circulant au milieu de ses troupes et soulevant alentour les clameurs de milliers d’ennemis. Détail saisissant!

Chaque livre est construit sur un plan simple. A quelques moments clés, lorsque les légions romaines viennent de franchir le Rhin ou la Manche, l’auteur ménage le suspense par des digressions géographiques ou ethnographiques à la manière d’Hérodote. Ici, on trouvera les exploits de deux soldats, rivalisant d’émulation, qui se secourent l’un l’autre au milieu du danger; là une chasse à l’homme menée contre le Belge Ambiorix qui parviendra malgré tout à échapper à ses poursuivants. Les combats, les sièges, les déplacements de troupes, quoique multiples, ne sont jamais ennuyeux.

De l’art subtil de la propagande et des qualités d’un homme illustre

Comme on le répète à l’envi, le Bellum Gallicum est une œuvre de propagande. César ne se met jamais en avant, parle de lui à la troisième personne et rapporte les faits avec une neutralité apparente (à la manière des médias d’aujourd’hui). Cependant, il apparaît toujours comme l’homme de la situation, celui qui parvient par son énergie et sa prévoyance à tirer ses hommes des plus graves dangers, à démêler les affaires les plus complexes. Il se présente comme ferme, mais clément et diplomate. Il est apprécié de ses hommes, dont il loue la valeur et qui lui sont entièrement dévoués. S’il intervient en Gaule, c’est dans l’intérêt de Rome et à la demande des Gaulois. Prétextes fallacieux. A vrai dire, le futur dictateur veut rivaliser par ses conquêtes avec Pompée, son prestigieux rival, préparer ses troupes à un une guerre civile inévitable. Et, le butin prélevé sur une région riche et peuplée lui permet de gagner des partisans à sa cause – c’est ce qu’explique Plutarque. Il n’en demeure pas moins que les procédés employés sont très subtils.

Buste supposé de Jules César, retrouvé dans le Rhône en 2007. J’ai pu le contempler au musée archéologique d’Arles, il y a quelques années. Personnellement, je trouve que l’homme représenté ne ressemble guère aux autres bustes qui nous sont restés de Jules César.

S’il a pu occulter quelques faits, minimiser ses défaites – certains de ses hommes sont battus à Gergovie pour ne pas avoir obéi à ses ordres –  il ne se dégage pas moins de l’œuvre l’image d’un général doté d’une énergie et d’une intelligence hors du commun. Toutes les sources s’accordent à ce sujet. Comparable à Napoléon, il est partout à la fois, pour donner des ordres à ses armées, rendre la justice dans la province qui lui est échue, surveiller les événements à Rome. Il se déplace à la vitesse de l’éclair, fait voyage de jour comme de nuit et parvient toujours à surprendre ses ennemis. Les faits sont là. Après huit ans de guerre (58-51 av. J.-C.), une immense région est pacifiée. Les Gaulois adoptent la langue et la culture romaines, s’enrôlent dans les légions et entrent même au Sénat. Leurs terres feront partie de l’Empire romain pendant plus de quatre siècles. Avec des moyens somme toute limités, César a remporté une victoire durable. Quand on considère le Vietnam, l’Afghanistan ou l’Irak, on ne peut pas dire que les Américains, malgré toutes leurs technologies, en aient fait autant…

Une lecture toujours partiale

Difficile de lire cette œuvre sans parti pris quand on est français. On est rebuté par les massacres de Gaulois, sur lesquels l’auteur se complaît à rapporter des chiffres sûrement exagérés. Ces hommes passent pour fourbes, instables, prompts à se soulever, survoltés par leurs succès, anéantis par leurs défaites. Ces « barbares » qui font appel aux Romains, les trahissent, puis viennent implorer leur pardon, à genoux et en larmes, comme des enfants qui auraient fait une grosse bêtise… Dans les complots qu’ils ourdissent dans les bois, on ne peut s’empêcher de voir autant d’actes de résistance. Vision anachronique s’il en est. Quoique cruel et sans état d’âme, Vercingétorix a toute notre sympathie et, en lisant les discours que César lui prête, on comprend pourquoi cette figure haute en couleur, sur laquelle on ne sait au fond que peu de choses, a autant compté dans notre histoire après la défaite de 1870.

Il est difficile d’être neutre quand on fait de l’histoire.

Lionel Royer, Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César. Après le désastre de la Guerre franco-prussienne de 1870, le héros gaulois devient un symbole de grandeur dans la défaite.

Divisions, identité et permanence

La Gaule ne forme pas une entité homogène. Il suffit de lire les premières lignes du texte. Elle est divisée en « trois parties », dont les habitants diffèrent « par leur langue, leurs lois et leurs institutions ». On ne trouve pas d’état, pas de centralisation. Tout cela sera l’œuvre de la monarchie capétienne. Paris, sous le nom de Lutèce, n’est qu’un village de pêcheurs qui se réduit à l’Île de la Cité. Si l’on en croit César, les Gaulois ont toutefois un sentiment d’appartenance. Ils se définissent par opposition aux Romains et aux Germains. Ils se battent pour leur liberté et déplorent le sort de leurs frères, qui depuis soixante-dix ans subissent le joug de Rome dans le Midi (« Provincia »). Une forme de féodalité unit les tribus, les plus petites étant sous la protection des plus grandes. Ainsi, les Eduens (Bourgogne) et les Séquanes (autour de Besançon) se disputent le « principatus » ou hégémonie. Les druides, enfin, ont pour habitude de se réunir chaque année aux confins du pays des Carnutes (autour de Chartres), lieu qui passe pour être le centre de la Gaule. En cela, ces peuples qui occupaient notre sol nous rappellent les Grecs de l’Antiquité, divisés en une multitude de cités, mais que les jeux à Olympie, entre autres, réunissaient au-delà de leurs dissensions, et qui considéraient leur sanctuaire, à Delphes, comme le « nombril du monde ».

Paul Jamin, Brennus et sa part de butin. Brennus et ses troupes prennent Rome en 390 av. J.-C. et n’acceptent de repartir qu’en l’échange d’une lourde rançon. Avant d’être envahis, les Gaulois ont été de grands conquérants.

Il est de bon ton, aujourd’hui, de se gausser du « Nos ancêtres les Gaulois » que l’on trouvait dans les manuels de la IIIe République. Ces hommes nous paraîtraient bien étranges aujourd’hui. Nous ne pourrions communiquer avec eux et nombre de leurs pratiques (sacrifices humains, droit de vie et de mort du mari sur sa femme et ses enfants) nous feraient horreur. Ils ne sont eux-mêmes qu’une vague migratoire venue du centre de l’Europe auxquelles d’autres succéderont de la chute de l’Empire romain jusqu’au IXe siècle. Quand on s’attarde de près sur les textes anciens, on est tout de même surpris par certains traits culturels, quelques tendances qui traversent notre histoire. La division tripartite de la société gauloise (prêtres, guerriers et cultivateurs), qui est d’origine indo-européenne, perdure jusqu’à la Révolution. La troisième classe – on pourrait presque dire Tiers-Etat – est « accablée de dettes et d’impôts » et traitée par les puissants « comme des esclaves ». Les bûchers du Moyen Âge et de la Renaissance apparaissent comme une résurgence de sacrifices humains consistant à enfermer des victimes dans des mannequins d’osier que l’on enflamme. On notera enfin une tendance fâcheuse des peuples d’outre-Rhin à venir s’installer dans notre douce France, d’Arioviste jusqu’aux Allemands de 1940… La plupart des invasions nous sont venues du nord-est et ce n’est pas sans raison que nos hommes d’Etat les plus avisés, par le passé, se sont attachés à y établir une frontière stable et sûre.

Pour conclure…

Le Bellum Gallicum n’a donc rien à voir avec l’image désuète qu’on s’en fait. Ce n’est pas un texte fait pour imposer des versions aux élèves d’autrefois, mais un chef-d’œuvre littéraire, un récit passionnant et, malgré ses partis pris, un document historique de premier ordre.

Si vous voulez avoir des informations supplémentaires sur le sujet, vous pouvez lire les quelques précisions que voici (Quelques idées reçues sur les Gaulois) et me laisser votre mail: je vous ferai parvenir le texte dont elles sont tirées (Journal de Saurel, octobre, novembre).

Alexandre Page – Partir, c’est mourir un peu (2)

Aujourd’hui, comme prévu, nous allons nous intéresser à la Russie du début du XXe siècle, au tsar Nicolas II, à Raspoutine et à la Révolution de 17. Retournons à notre spécialiste, Alexandre Page, auteur du roman historique Partir, c’est mourir un peu et voyons ce qu’il a nous dire sur le sujet…

Quand on évoque la Russie avant la guerre de 14, on parle d’un « rouleau compresseur », et pourtant il s’agit plutôt d’un colosse aux pieds d’argile. Est-ce que vous pouvez dresser un tableau très rapide de cet immense empire, afin que l’on comprenne mieux le cadre dans lequel se joue le drame de votre roman?

Question complexe, mais pour faire simple la Russie a subi de profondes transformations sous le règne de Nicolas II qui l’ont faite entrer dans un temps de modernité et de prospérité (l’Age d’argent) tout en la fragilisant (exode rural, aspirations indépendantistes en Pologne, Finlande…, émergence d’une classe bourgeoise jalouse des prérogatives aristocratiques, fonction publique pléthorique et anarchique…) Avant la guerre, la Russie subit de nombreux attentats, des grèves ouvrières, et la guerre vient ajouter à la déstabilisation. La bourgeoisie qui tient les industries pense l’exploiter contre la noblesse ; les adeptes de la Russie russe tentent d’en profiter pour se débarrasser des Russes allemands, des Juifs et des Tatars ; la noblesse francophile russe tente d’en profiter pour rendre plus « républicaine » la Russie du tsar et magouille avec les Français et les Anglais pour cela ; l’état-major russe, incompétent, cherche un bouc-émissaire pour ses erreurs et désignera l’impératrice d’origine allemande… Bref, chacun essaye de tirer profit du conflit, et finalement ceux qui passeront entre les gouttes seront les bolcheviks avec le soutien de l’Allemagne.

« Hark! Hark! The dogs do bark! » Cette carte montre avec beaucoup d’humour la situation entre puissances avant la Guerre de 14. Les Empires centraux dont l’alliance est représentée par une laisse, sont pris en étaux par les chiens français et anglais et le rouleau compresseur russe. Le chien allemand a les moustaches du Kaiser Guillaume II!

A travers le récit de votre narrateur, un certain Igor Kleinenberg, on découvre une famille très attachante. Le tsar Nicolas II est avant tout un bon père de famille, un souverain humain, simple et généreux. Pendant la Première Guerre mondiale, l’impératrice et ses filles font preuve d’un dévouement extraordinaire auprès des blessés dans les hôpitaux. Il y a quelque chose de christique dans le parcours de cette famille. Est-ce que vous ne pensez-pas, néanmoins, que le tsar a manqué de poigne au vu des circonstances? Pour reprendre un mot de Machiavel, est-ce que la situation n’exigeait pas « un lion pour faire fuir les loups »?

Le tsar Nicolas II

Oui, c’était la différence entre Alexandre III et Nicolas II. Alexandre III, très marqué par la mort dans un attentat d’Alexandre II, avait utilisé la force brute pour tenir le pouvoir. Clairement ce n’était pas le caractère de Nicolas II qui a commis de nombreuses erreurs, à commencer par la grâce qu’il a
accordée aux futurs bolcheviks avant la guerre, qui revenus en Russie ont repris de plus belle leur propagande au pire moment. On se rend compte aussi que son refus de la propagande diffamante pendant la guerre, quoique noble, était une erreur d’un point de vue purement militaire, alors que les Allemands jetaient des tonnes de tracts contre l’impératrice dans les lignes russes. Il a clairement placé sa conduite morale et devant Dieu avant les contingences « matérielles » qu’exigent parfois le pouvoir. Attitude commune à la famille impériale de manière générale.

J’en viens maintenant à Raspoutine. On rappellera qu’il s’agit d’un mystique, doté d’une aura certaine, qui gravite dans l’entourage de la famille impériale et use de ses talents de guérisseur pour soigner le tsarévitch Alexis, – ce dernier souffre d’hémophilie. J’espère ne pas me tromper. Dans votre roman, vous faites un sort à la légende noire et à toutes les rumeurs autour du personnage. Avec du recul, que pensez-vous de cet homme et du rôle qu’il a pu jouer, plus ou moins malgré lui, dans le discrédit de la famille impériale?

Raspoutine. La photo parle d'elle-même. Cet homme était à la fois un fanatique et un possédé.
Raspoutine

Il faut savoir que Raspoutine n’est déjà pas une figure si singulière dans la Russie de cette époque très adepte de l’occulte (d’ailleurs, avant Raspoutine, la famille impériale avait un mage français à ses côtés). Au début du XXe siècle il y a aussi en Russie quantité de voyants, d’ascètes qui s’enferment
volontairement dans des prisons… Ce qui a été reproché à Raspoutine n’était pas tant ses pouvoirs ou même sa vie dissolue (il allait voir les prostituées, mais comme toute la société russe du temps aux mœurs très libres), que l’affinité qu’il avait réussi à nouer avec la famille impériale mieux que toute la noblesse pétersbourgeoise. Celle-ci était jalouse de ses entrées au palais alors que l’impératrice en particulier détestait le monde feutrée de l’aristocratie. De la même manière, cette noblesse jalousait Anna Viroubova, issue de la petite noblesse, pauvre et pas très belle, qui pourtant était la plus proche amie de l’impératrice contre les grandes aristocrates du temps. Cette jalousie fera courir des rumeurs, et conduira à ériger Raspoutine en monstre, alors même que ses enfants et sa femme ont laissé des témoignages en totale contradiction avec cette image.

Le tsarévitch Alexis

Ce qui est certain c’est que Raspoutine avait compris par exemple que l’aspirine aggravait l’hémophilie du tsarévitch au lieu de la soigner, qu’il était pris entre ses passions et son amour de Dieu, et que sa mort a été très préjudiciable à la famille impériale. Le peuple perdait son représentant auprès du tsar, et les coupables étaient de la noblesse. Ça a probablement accentué les soulèvements.

Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur la fin du tsar et de sa famille liront votre roman avec profit. J’aimerais que l’on parle de la Révolution de 17. Comment expliquez-vous que des individus assez médiocres comme Kerenski, puis des aventuriers et des criminels comme les bolcheviques, aient pu renverser aussi facilement l’empire et une dynastie régnant depuis trois siècles? Comment expliquer surtout qu’un dirigeant comme Staline ait pu véhiculer l’image d’un tsar cruel et despotique? C’est le monde à l’envers!

L’image de Nicolas II était assombrie bien avant Staline. C’est une propagande naît avant même la révolution, autour de scandales dans lesquels le tsar avait peu de responsabilités en fait (comme celui de la Lena qui vaudra d’ailleurs son surnom à Lénine). En France aussi on a relayé des histoires totalement fausses dans la presse socialiste, à une époque où les fake news étaient légions, mais difficiles à contredire ! Pour le reste, comme encenser l’empire sous Staline conduisait tout droit au goulag, seul le récit autorisé pouvait circuler auprès de la population.

Pour la révolution de mars 1917, clairement elle a été permise par le soutien de l’état-major des armées russes. Qui tient l’armée tient le pouvoir. Sans compter que la France et l’Angleterre, par le truchement de leurs ambassadeurs, ont tout de suite soutenues le mouvement. Pour le reste, je crois qu’il y avait aussi un certain souhait du tsar de ne pas ajouter au contexte de la guerre une guerre civile en s’accrochant à un pouvoir auquel il n’avait jamais vraiment tenu lui-même. La seule chose qui le raccrochait à son statut était la promesse qu’il avait faite à son père de préserver l’héritage dynastique, mais tout son règne durant il était taraudé par cette idée que cet héritage n’était plus vraiment en adéquation avec l’époque. Je pense que l’abdication en faveur de son frère et la mise en place d’un gouvernement provisoire lui paraissaient un compromis acceptable entre les deux et permettrait en même temps de sortir plus vite la Russie de la guerre.

Pour terminer, comment est perçu Nicolas II dans la Russie d’aujourd’hui?

Natalia Poklonskaïa

Il y a un rapport très ambigu. D’un côté il y a de fervents royalistes qui en ont fait leur icône, parmi lesquels des personnes très influentes dans la politique russe comme Natalia Poklonskaïa. Le milieu orthodoxe aussi en a fait, avec sa famille, un porte-étendard. Mais d’un autre côté pour beaucoup de Russes la première guerre, la révolution sont une période sombre un peu tabou. Poutine essaye d’ailleurs de jouer l’équilibriste entre ces deux tendances, donnant justement des postes importants à des personnes du cercle royaliste comme Natalia Poklonskaïa, tout en défendant l’héritage soviétique dont il est un peu le représentant en tant qu’ancien du KGB. Mais de manière générale l’héritage impérial intéresse de plus en plus les Russes, en particulier une jeunesse post-URSS qui n’est plus trop concernée par la dimension politique du problème et se concentre sur la dimension historique et patrimoniale.

Un grand merci à Alexandre Page pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à mes questions! Si vous êtes férus d’histoire, n’hésitez pas à vous procurer Partir, c’est mourir un peu. Ce roman historique est riche et son style particulièrement soigné.

 

Alexandre Page – Partir, c’est mourir un peu (1)

Alexandre Page

Aujourd’hui, petite interview d’Alexandre Page, auteur de Partir, c’est mourir un peu, un roman historique sur les dernières années du règne de Nicolas II. Dans ce premier volet, nous allons nous intéresser au parcours de l’auteur et à la conception de son roman. Dans un second volet, nous nous pencherons sur la Russie fascinante et effrayante à la fois du dernier des Romanov.

Bonjour M. Page! Avant de commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement et nous toucher un mot de vos travaux universitaires. Si je ne me trompe pas, vous avez consacré un mémoire et une thèse au peintre et sculpteur François Flameng… (En la matière, mes lecteurs et moi ne connaissons que Gustave Doré…)

Affiche de François Flameng

Bien sûr. Je suis historien de l’art et depuis la publication de mon premier roman Partir, c’est mourir un peu, en juillet 2019, écrivain de fictions, activité que je compte développer à l’avenir ! Du côté de mes travaux universitaires, j’ai précisément consacré un mémoire au peintre et accessoirement graveur François Flameng (1856-1923) et une thèse au graveur et accessoirement peintre Léopold Flameng (1831-1911), père du précédent. Il était graveur et non sculpteur, puisque le sculpteur réalise des sculptures en ronde-bosse ou en relief qui se suffisent à elles-mêmes, alors que le graveur cisèle un support avec diverses techniques qui vont servir d’élément imprimant, par exemple pour les illustrations des livres anciens. Ma thèse portait plus largement sur les évolutions du métier de graveur de reproduction (gravure d’après une œuvre existante) et d’illustrateur dans la seconde moitié du XIXe siècle, période qui voit émerger la photographie concurrente.

Dans Partir, c’est mourir un peu, on découvre les dernières années de l’Empire russe à travers un précepteur de la famille impériale. Qu’est-ce qui vous a amené à un projet aussi ambitieux? Avez-vous des attaches en Russie?

Non, aucune attache familiale en Russie. Simplement un attrait pour la Russie et en particulier pour le règne de Nicolas II et Nicolas II lui-même (et sa famille bien sûr). Le projet est ancien (au moins une dizaine d’années), mais ce n’est qu’après ma thèse que j’ai trouvé le temps de m’y consacrer pleinement et de trouver le bon axe pour traiter de ce sujet (à savoir un personnage fictif intégré à l’histoire et écrivant de faux mémoires). L’idée était d’éviter l’écueil du livre documentaire (qu’aurait donné une narration à la troisième personne) et d’avoir un personnage assez omniscient malgré tout (et donc, au cœur de l’histoire).

Afin de rédiger votre roman, vous avez réuni une somme considérable de documents. Est-ce que vous pouvez-nous expliquer comment vous avez synthétisé vos sources? comment vous avez pu opérer un tri et accorder à chaque document l’importance qui lui revenait? Comme vous le montrez,
c’est une période troublée où circulent toutes sortes de rumeurs et de calomnies. Il n’a pas dû être évident pour vous de démêler le vrai du faux!

J’ai commencé en utilisant une dizaine d’ouvrages de référence (toujours des témoignages de premières mains). J’ai obtenu une structure générale, un premier jet, mais plein de trous bien sûr. J’ai ensuite pris ma documentation livre après livre, article après article, en adjoignant à mon texte tout ce qui pouvait manquer en termes de détails, de scènes, d’anecdotes… Ma thèse m’a apporté une certaine méthodologie bien utile. J’ai très peu utilisé d’ouvrages d’historiens et aucun ouvrage récent, car mon personnage était censé écrire dans les années 40. Pour le vrai du faux, ça a été plus facile puisque la famille impériale a beaucoup écrit elle-même, donc il ne m’était pas très dur de voir que l’impératrice, par exemple, n’avait pas les liens avec le Kaiser qu’on lui prêtait.

Est-ce que vous pouvez évoquer les romanciers qui vous ont inspiré dans votre travail? Vous citez plusieurs noms sur votre site. Qui sont-ils et que vous ont-ils apporté?

Fabiola du cardinal Wiseman. Un auteur que je ne connaissais pas et qu’il me faudra découvrir dès que possible!

Ce sont moins des romanciers que des romans en particulier qui m’inspirent. Je dirai que le mélange fiction / histoire très documentée me vient de Fabiola de Nicholas Wiseman, un sommet méconnu en la matière, dans le contexte des premiers temps de l’église. Pour l’intérêt des belles descriptions je le dois à Tess d’Urberville et à Thomas Hardy. Il m’a sans doute apporté aussi un goût particulier pour le drame, évidemment très attaché aussi à la vie des Romanov. Puis de manière générale les auteurs russes qui m’apportent une certaine langue, des mots du « terroir », des expressions, et qui m’ont permis de donner plus d’authenticité à mon récit.

Merci pour ces réponses, M. Page, et rendez-vous ce week-end pour évoquer cette Russie troublée du début du XXe siècle. Nous y parlerons du tsar et de sa famille, et d’un certain Raspoutine…

Pour terminer, le Rondel de l’adieu d’Edmond Haraucourt, dont le premier vers constitue le titre du roman et que notre auteur cite au début de son oeuvre:

Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime.

Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu :
Partir, c’est mourir un peu…

Petite histoire de Grenoble

Suivant la feuille de route que je me suis fixée à mon retour de Grenoble, je vous livre ici un petit condensé de l’histoire de la ville, agrémenté de quelques pensées et réflexions.

De Cularo à Gratianopolis

Au Ier siècle av. J.-C., alors que les généraux illustres, Jules César, Pompée, Crassus, puis Mars-Antoine et Octave se livrent à des combats dignes de Game of Throne, Grenoble n’est qu’une petite bourgade à l’extrémité du territoire de la tribu gauloise des Allobroges. Au pied des cols, elle défend la route qui conduit de la florissante Vienne à l’Italie. La ville porte alors le nom de Cularo comme l’atteste une lettre de Lucius Munatius Plancius, fondateur de Lyon, qui rend compte à Cicéron des manœuvres de son armée.

Scr. Cularone in finibus Allobrogum VIII. Idus Iun. a.u.c. 711.

« Ecrit de Cularo, aux limites du territoire des Allobroges, le 6 juin 42 av. JC »

Lucius Munatius Plancus
Lucius Munatius Plancus

Dans les quelques lettres qui nous sont parvenues apparaît un général tourmenté, sensible et sincère dans ses amitiés. L’image est trompeuse. Munatius Plancus est une girouette. Il survivra à la Guerre Civile, contrairement à Cicéron – dont Marc-Antoine fera trancher la tête et les mains. Comme souvent dans les périodes troublées, ce sont les hommes falots et calculateurs, ceux que l’on sous-estiment, qui tirent leur épingle du jeu. Le jeune Octave devient « Auguste » et notre Munatius Plancus, passant d’un camp à l’autre, mourra se sa belle mort, à un âge avancé.

A la fin du IVe siècle, la ville devient chrétienne et prend le nom de l’empereur Gratien. Gratianopolis évoluera en « Grenoble ». Période charnière que ces années 380-390. Quelques décennies seulement après la fin des persécutions (édit de Milan de 313), le christianisme devient religion officielle de l’Empire. Changement rapide des rapports de forces entre chrétiens et païens. Gratien fait enlever une statue de la Victoire, de la Curie où se réunit le Sénat. Peu après, à la tête de la partie orientale de l’Empire, Théodose affronte son rival Eugène qui, à Rome, s’appuie sur une réaction païenne. Première guerre de religions. A la bataille de la Rivière froide, les partisans des dieux anciens sont vaincus. Le paganisme ne s’en relèvera pas. Les temples sont détruits ou changés en église, les jeux olympiques interdits. Un siècle où se mettent en place les dogmes de la religion catholique, et où le monde ancien bascule irrémédiablement vers une ère nouvelle. La civilisation chrétienne, notre civilisation, est alors en train de naître.

Gratianopolis comporte un évêché et tout au plus 2000 habitants.

La capitale du Dauphiné

Au printemps dernier, un mercredi après-midi, je quittai le lycée où je travaillais, à Saint-Romain-en-Gal, traversai le Rhône et me rendis à Vienne. En 1312, me disais-je, au moment du Concile qui voit la dissolution de l’Ordre des Templiers, je serais sorti du royaume de France pour entrer dans le Saint-Empire-Romain-Germanique. A plus forte raison, j’aurais été en pays étranger à Grenoble ! Grâce aux comtes d’Albon, la ville est alors capitale du Dauphiné et ne sera rattaché à la couronne de France que sous les Valois, en 1349, alors qu’un tiers de la population européenne est anéanti par la Peste noire (le Coronavirus est peu de chose à côté).

Au siècle suivant, la région est administrée par un dauphin énergique, le futur Louis XI. Selon Stendhal, c’est lui « qui a donné son empreinte au caractère dauphinois ». Un esprit d’indépendance et une certaine méfiance à l’égard de Paris.

Le duc de Lesdiguières
Le duc de Lesdiguières

Deuxième figure marquante, le duc de Lesdiguières, qui, pendant les Guerres de Religions, reprend Grenoble aux catholiques de la Ligue et fortifie la ville, notamment la Bastille, qui prend l’allure d’un Capitole démesuré. De son œuvre, il reste encore quelques courtines et des échauguettes. Grenoble, comme aux temps des Allobroges, est une place forte, une ville de garnison aux frontières du royaume. Près du duché de Savoie, elle verrouille les cols.

La houille blanche

Fontaine au lion
Fontaine au lion. Un symbole puissant. Depuis l’Egypte antique, pour se développer, une ville, une civilisation doit maîtriser les caprices d’un fleuve.

Grenoble se situe à la confluence de l’Isère et du Drac et, comme beaucoup de villes, elle eut à subir les crues dévastatrices de ces deux rivières. En les maîtrisant, ce que symbolise le lion domptant un serpent ci-contre, elle assura non seulement sa sécurité, mais aussi sa prospérité.

Avec l’utilisation du charbon, la Révolution industrielle maîtrise le feu, Grenoble domptera l’eau, la « houille blanche ». L’énergie hydraulique permet le développement de papeterie, puis la production d’électricité. En 1925, a lieu à Grenoble l’exposition internationale de la houille blanche et du tourisme organisée par le maire de l’époque, Paul Mistral. Il en reste seulement, dans un vaste parc, une tour de béton qui a mal vieilli.

Le canard digérateur (photo présumé)
Le canard digérateur de Vaucansson (photo présumé). Cette conception mécaniste de l’animal et, plus généralement, du vivant remonte à Descartes, le philosophe qui, selon moi, a le plus contribué à la pensée moderne.

Depuis le « Canard digérateur », curiosité de Jacques Vaucansson au XVIIIe, jusqu’aux mathématiques, à l’informatique et à l’électronique, Grenoble est une ville d’innovation. Une ville de gauche également, depuis la journée des Tuiles de 1788, qui préfigure la Révolution. Jouant un rôle majeur dans la Résistance, elle est surnommée « capitale des Maquis ». Dans les années 60, des réalisations urbanistiques comme le quartier de la Villeneuve témoignent d’un socialisme utopique. Un idéal de mixité sociale qui a tourné au désastre.

Aujourd’hui, sous le mandat d’Eric Piolle, maire écologiste, Grenoble est une des villes de France où l’on voit le plus de gens à vélos, où, au hasard d’une promenade, on voit fleurir des panneaux solaires sur le toit d’un immeuble. Pendant mon séjour, j’ai été surpris, paradoxalement, par la saleté de la ville.

Mais je réserve mes réflexions pour un article que je mettrai en ligne demain…

Un immeuble à énergie positive.
Un immeuble à énergie positive.

Quelques idées reçues sur les Gaulois

Voici quelques idées reçues sur les Gaulois. Trois petits textes qui tordent le cou à des mythes tenaces. N’hésitez pas à vous abonner à mon journal, sur la barre latérale, pour avoir davantage de précisions.

Ils n’ont pas peur que le ciel leur tombe sur la tête !

La légende naît d’une anecdote rapportée par un certain Arrien. Avant de partir à la conquête de l’Empire perse, Alexandre le Grand, jeune roi de Macédoine, reçoit une délégation de Celtes installés en Illyrie (ex-Yougoslavie) et sur les bords du Danube. Devant ces barbares, il fait étalage de sa richesse et de sa puissance, se montre dans toute sa splendeur. Il leur demande alors s’il y a quelque chose qu’ils craignent. Il s’attend à ce qu’on lui réponde : « Oui, Alexandre, nous avons peur de toi.» Au lieu de cela, ses hôtes prétendent ne craindre qu’une seule chose  que le ciel leur tombe sur la tête. Certains y ont vu une référence à la foudre du dieu Taranis, d’autres une fin du monde semblable au Ragnarök des Germains. Quand on lit le texte sans présupposé, on comprend qu’il s’agit tout simplement d’une bravade. « Non, répondent les Celtes à Alexandre le Grand, tu ne nous fais pas peur. Nous sommes de vrais guerriers et nous nous mettrons à trembler le jour où la voûte céleste se mettra à vaciller sur ses assises. Autant te dire que ça ne risque pas d’arriver ! »

Les Gaulois sont réputés pour leur courage, voire leur témérité. César parle de soldats se battant torse nu. Ils croient en la métempsychose, c’est-à-dire en la réincarnation (c’est là une croyance indo-européenne qui a eu une influence considérable sur les religions et la pensée de… l’Inde). Leur âme est immortelle, la mort n’est rien d’autre qu’un passage d’un corps à un autre. Ils peuvent ainsi se jeter allègrement dans le vif de la mêlée sans craindre les traits, le fer des lances ou le tranchant des épées.

Ils ne mangent pas de sanglier

C’est une confusion regrettable. Les Gaulois vénèrent le sanglier pour sa force et sa combativité. Cela dit en passant, l’espèce vivant en Europe était beaucoup plus imposante qu’aujourd’hui. Il suffit de se référer aux chasses évoquées dans différents mythes grecs pour s’en convaincre. Le carnyx, entre autres, a la forme d’un sanglier. Il s’agit d’une immense trompette qui lançaient des grondements effrayants sur les champs de bataille. De l’omniprésence de cet animal dans les trouvailles archéologiques, les historiens du XIXe en ont déduit, un peu rapidement, que les Gaulois en faisaient leurs délices dans tous leurs banquets. En réalité, ils vivaient surtout d’agriculture et d’élevage. Pas de pommes de terre, de tomates ou de maïs au menu (tout cela nous vient d’Amérique), mais du blé, de l’orge, du millet et à peu près tous les légumes que nous connaissons. En guise de viande, on fait rôtir du mouton, du bœuf, du cochon et même du chien, le tout arrosé de cervoise et d’hydromel. Les plus riches font venir du vin d’Italie.

Les Gaulois ne sont pas particulièrement blonds

« Nos ancêtres les gaulois étaient blonds aux yeux bleus et avaient la peau claire » trouve-t-on en substance dans les manuels de la Troisième République. On est à la fin du XIXe siècle. L’école est gratuite et obligatoire depuis peu et l’instituteur, la baguette à la main, enseigne l’histoire à nos ancêtres du Midi. Ces confrères répètent la même chose aux Flammands, aux Bretons, aux Limousins… mais aussi aux petits Maghrébins, aux Sénégalais et aux Indochinois !

Les historiens de l’Antiquité font souvent référence à ces caractéristiques physiques quand ils décrivent les Gaulois. De la même manière que les Français sont en moyenne plus blonds que les Italiens, les Gaulois devaient être plus blonds que les Romains. Mais, la raison de cette blondeur omniprésente vient surtout du fait que les Gaulois… se teignaient les cheveux. Ce pouvait être en blond ou en roux. D’une manière générale, ils aiment le clinquant, portent des bijoux en or, des vêtements rayés ou quadrillés, de couleur vive, quand ils en ont les moyens, et accordent une grande importance à leur apparence physique. On oublie la brute sale et hirsute. Les Gaulois ont inventé le savon à partir de graisse et de cendre. Si certains choisissent de porter la moustache, d’autres se rasent avec des rasoirs d’excellente qualité. Les esclaves romains portent une tunique serrée à la taille, les plus riches une longue pièce de tissu dans laquelle ils s’enroulent, la toge. Nos ancêtres portent déjà le pantalon, les braies.

Ces cheveux teints, cet or, ces habits de couleur vives… Les Romains trouvent les Gaulois vaniteux et fanfarons.

Les Gaulois n’écrivent pas

Ou du moins, ils n’utilisent l’écriture, l’alphabet des Grecs de la côte, que pour leur comptabilité. L’enseignement des druides est exclusivement oral. Ces derniers tiennent à conserver leurs secrets et craignent une nouveauté qui pourraient affaiblir leur mémoire. En cela, ils partagent les mêmes idées que le philosophes Platon, qui voit là une invention pernicieuse qui met des connaissances de la plus haute importance à la portée du premier venu.

Le savoir des druides étaient constitués de longs poèmes ‒ le vers facilite la mémorisation. Ce devait être des œuvres splendides, sur les dieux, la médecine, les phénomènes célestes et l’origine du monde. Elles ont disparu peu à peu avec la romanisation et le christianisme. On en retrouve quelques échos dans des épopées galloises et irlandaises du Moyen Âge. Pour le reste, un continent littéraire a sombré dans l’oubli.

Même pour les peuples qui utilisaient l’écriture, nous avons conservé bien peu de textes. L’immense majorité des manuscrits et papyrus ont disparu. De grandes œuvres ont été effacé au grattoir et remplacé par quelques décomptes sans intérêts. Des incendies ont détruit des bibliothèques entières. Et puis, avec l’écoulement des siècles, des chefs d’œuvres immenses sont tombés en poussières faute d’être recopiés.

Il en ira de même de notre littérature, de notre philosophie, de notre cinéma, de ce que nous croyons, de ce que nous aimons, de ce que nous avons pensé. Rien est destiné à perdurer ici-bas.

(extrait du Journal de Saurel de septembre-octobre)

Vendredi 13, origines d’une superstition

Le vendredi 13 est par excellence la journée des superstitieux. Jour de malheur pour les uns, de chance pour les autres. On craint d’apercevoir le bout de la queue d’un chat noir, on évite de passer sous une échelle ou, au contraire, on se précipite chez le buraliste du coin pour jouer au loto.

Mais alors, pourquoi le vendredi? Et pourquoi le nombre 13?

Le dernier repas du Christ

Léonard de Vinci, La Cène, Milan

Le Christ, selon Saint Jean, aurait été crucifié un vendredi. La veille, il prend son dernier repas, la Cène (du latin cena « dîner ») en compagnie de ses douze apôtres. Treize personnes à table (on dit encore que cela porte malheur), le treizième étant Judas. Et Jésus sait déjà qu’il va le trahir…

Preuve s’il en est que le Christianisme est à l’origine des croyances les plus profondément ancrées dans notre inconscient collectif.

Philippe le Bel et les Templiers

C’est un vendredi 13 également (13 octobre 1307) que le roi de France Philippe le Bel fait arrêter les Templiers.

Petit rappel historique. Les Templiers sont des moines-soldats qui assurent la sécurité des pèlerins chrétiens se rendant en Terre Sainte. Ils résident près du temple de Salomon, d’où leur nom de chevaliers de l’Ordre du Temple. Ces derniers revien-

Philippe le Bel, « le roi de fer ». « Ce n’est ni un homme, ni une bête, disait un de ses contemporains, c’est une statue. »

nent en France avec l’effondrement du royaume franc de Jérusalem. Leurs établissements, ou commanderies, se multiplient un peu partout en Occident. Les dons affluent et nos moines-soldats deviennent rapidement les banquiers de l’Europe.

De quoi attirer la convoitise d’un roi à court d’argent.

Philippe le Bel prend pour prétexte des témoignages on ne peut plus douteux – les Templiers cracheraient sur la Croix et

s’adonneraient à des pratiques sexuelles contre nature – pour les faire arrêter. Le pape Clément V, de mèche avec le roi, décide la dissolution de l’ordre au concile de Vienne (en Isère). Les biens des moines sont confisqués.

La malédiction du grand maître de l’ordre

Bien mal acquis ne profite jamais. On connaît la suite de l’histoire: la malédiction du grand maître de l’ordre, Jacques de Molay. Son bûcher se dresse à l’extrémité ouest de l’île de la cité, sur ce qu’on appelait jadis l’île aux Juifs (au pied de l’actuel Pont-Neuf). Le condamné disparaît au milieu des flammes qui s’élèvent et tourbillonnent. Alors qu’on le croit mort, il s’écrie: « Les corps sont au roi de France, les âmes sont à Dieu. » Et il cite le roi et le pape à comparaître devant Dieu dans les quarante jours.

C’était le 18 mars 1314. Clément V meurt le 20 avril et Philippe le Bel le 29 novembre…

Les attentats de Paris

L’émotion de deux policiers suite aux attentats du Bataclan (Une du Huffingtonpost).

C’est encore un vendredi 13, en 2015 – nous ne le savons que trop – qu’ont été commis les attentats de Paris, attentats les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale. 413 blessés et 138 morts. Le chaos dans la capitale et un carnage sans nom au Bataclan…

Voilà pour le vendredi 13. Une prochaine fois, je vous parlerai des années en 14 dans l’histoire de France. Vous y découvrirez quelques curiosités…