Edition, auto-édition: je t’aime… Moi non plus!

La Belle Dame sans mercy

Sophia Turner, « Sansa Stark » dans Game of Throne. Pour moi, il s’agit de la plus belle femme du monde. A vingt ans, je lui aurais envoyé des lettres d’amours pleines du feu dont je suis animé. On n’est pas très sérieux à cet âge-là. Aujourd’hui, je ne perds pas mon temps. Je sais que la belle ne répondra pas.

Mes rapports avec le monde de l’édition traditionnel ont tout d’une histoire d’amour à sens unique. C’est une jeune femme d’une beauté irréelle dont j’ai été amoureux comme on peut l’être à vingt ans. On peut penser à elle jour et nuit, tenter les approches les plus sophistiquées. La belle ne vous rendra ni une œillade ni un sourire. Elle ne vous éconduira pas non plus de façon humiliante. Elle a ses amants. Pour elle, vous n’existez pas.

Depuis 2006, j’ai dû envoyer une centaine de manuscrits, peut-être plus, accompagnés de lettres de présentation soignées. Je me suis renseigné sur les différentes maisons d’édition et leur ligne éditoriale, sur des témoignages d’écrivains installés, sur les caractéristiques d’une lettre de présentation réussie. J’ai essayé de tenir compte de tout cela dans mes envois. Retour? Des lettres de refus toutes faites. Ou plutôt, je me trompe, j’ai décroché pour ainsi dire des « contrats », sur lesquels je reviendrai.

Les Editions Bragelonne

Ma dernière déconvenue, je la dois aux Editions Bragelonne. Un mail – cela a le mérite d’économiser du papier: « Monsieur, nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » En janvier ou février, l’année dernière, j’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à quelques éditeurs. Comme ces messieurs reçoivent beaucoup de documents reliés, ils vous demandent, avec une courte description, de leur faire parvenir votre manuscrit en fichier joint. Cela leur évite d’encombrer leurs locaux de paperasses dont ils doivent ensuite se débarrasser. Mon roman, malgré les heures de travail qu’il m’a coûté, n’est peut-être pas très bon – il faut toujours accepter de se remettre en question… De manière plus prosaïque, je crois que les quelques lignes de présentation de mon manuscrit n’ont pas eu l’heur de plaire à quelque hurluberlu et qu’un mail automatisé m’a été envoyé en un clic. Aux éditions Bragelonne, on n’a pas lu une ligne du Siège de Kerdoar. Ils me méprisent. Je les emm*.

Avant de mettre mon roman en ligne, je l’ai envoyé à cinq maisons d’édition. Par acquit de conscience. Déjà, je n’y croyais plus. Pendant les quelques décennies qu’il me reste à vivre, je peux bien engloutir des rames de papiers et gaspiller des litres d’encre, je peux bien passer des journées entières à envoyer des PDF en fichiers joints, le résultat sera le même. Les maisons d’édition traditionnelles croulent sous les manuscrits, ont leurs auteurs et ne mettent pas en avant de parfaits inconnus.

Un pacte avec le Diable

Faust et Méphistophélès. En signant un pacte avec le Diable, le vieil alchimiste rajeunit et peut faire la conquête de Marguerite, puis d’Hélène dans le Second Faust. En signant le contrat dont je parle ci-contre, vous ne faites que perdre votre argent. Les éditions à compte d’auteur sont pires que le Diable!

Restent maintenant ceux qui vous envoient des « contrats », et que j’ai évoqués un peu plus haut. Un beau matin, dans votre boîte aux lettres, vous trouvez une grosse enveloppe et vous en tirez une liasse de papiers rassemblée par une sorte de trombone. C’est votre jour de gloire. Votre manuscrit vient d’être accepté! Vous sautez de joie, embrassez la première personne que vous rencontrez et vous apprêtez à sabrer le champagne, avant de lire le document dans son intégralité. On vous propose de publier votre manuscrit et d’en assurer la promotion contre la modique somme de 2000 euros… En somme, on vous demande de payer pour le travail que vous avez fourni. Un rapport assez inédit entre un patron et son employé, une entreprise et ses prestataires de service. Dans l’édition à compte d’éditeur, on n’accepte rien. Ici on prend tout. Du moment que vous avez rempli cent pages sur un traitement de texte quelconque, ils vous en font deux cents livres qu’ils vous proposent d’acheter au prix fort. Un entrefilet paraîtra dans une revue que personne ne lit. A vous de faire vos ventes.

Le moindre mal

La couverture de mon prochain roman. A côté, les couvertures que j’ai faites moi-même, et qui se trouvent sur le bandeau de droite, font pâle figure. Celle-ci est chère, me direz-vous… On n’a rien sans rien.

Plutôt que de perdre mon temps avec les uns ou mon argent avec les autres, j’ai choisi l’auto-édition. Les avantages? Vous investissez très peu d’argent et votre livre à le mérite d’exister. Je me dois d’être honnête. Pour avoir une chance de vendre sur des plateformes comme Amazon ou Kobo, il vous faut un illustrateur. Comptez entre 400 et 500 euros pour une couverture de qualité. Il vous faut encore des « bêta » lecteurs: quelques personnes qui acceptent de relire votre manuscrit et d’en pointer les défauts. Vous pouvez être méticuleux: toutes sortes de fautes, d’incohérences et de passages ternes vous échappent. Il vous faut, pour terminer, un correcteur. Pour ma part, j’ai un excellent logiciel et je procède à des relectures interminables. Si vous vous retrouvez en tête des moteurs de recherches à la parution de votre roman, vous avez intérêt à faire beaucoup de publicité sur les réseaux sociaux pour y rester et ne pas sombrer trop vite dans les profondeurs du classement.

« C’est compliqué, me direz-vous, et on dépense beaucoup plus que vous ne le laissiez entendre! » Un éditeur traditionnel vous reverse entre 6 à 15% du prix d’un livre vendu – pour un jeune premier, vous êtes beaucoup plus proche du 6 que du 15. Chez les Américains sans scrupules d’Amazon, c’est… 33%. Et vous ne vous retrouvez pas avec des stocks invendus, puisque ces plateformes utilisent l’impression à la demande. Chaque fois qu’un client commande l’un de vos livres, on le lui fabrique et on le lui envoie. Vous n’avez rien à faire. Admettez que le système à ses avantages.

Mettre un manuscrit en ligne plutôt qu’au fond d’un tiroir

La production dans l’auto-édition est de qualité moindre que dans l’édition traditionnelle. Soyons honnêtes. Elle manque évidemment de professionnalisme. A une exception près, je ne crois avoir lu, avec mon abonnement KU, un auteur possédant un semblant de style. On pourrait croire que le statut d’auteur indépendant s’accompagne d’une grande liberté,  qu’on peut donner dans la transgression et faire sauter les codes. C’est exactement l’inverse. Les genres sont très cloisonnés et les œuvres reposent sur des stéréotypes qui laissent songeurs – à l’occasion, j’écrirai un article sur le sujet.

Les uns, les édités, sont souvent mauvais, les autres le sont toujours. Mais, il y a là un vaste champ de conquête. Vous disposez d’une liberté sans limite. Vous pouvez produire par vous-même un livre bien à vous et en faites profiter votre public. Ce dernier n’est pas très étendu? D’après vous, dans cinquante ans, il restera quoi de Guillaume Musso ou de Marc Levy? Ils ne seront pas plus connus que vous ne l’êtes à présent. L’auto-édition vous permet, en attendant peut-être des jours meilleurs, d’exister en tant qu’artistes. Et cela n’a pas de prix.

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

4 réflexions sur « Edition, auto-édition: je t’aime… Moi non plus! »

  1. Bonjour, et merci pour cet article. J’ai 61 ans (je ne les fais pas !!!) et j’ai toujours édité chez des petits éditeurs régionaux, traditionnels. Depuis deux ou trois ans, les portes se ferment et le prochain sera peut-être auto édité. Don’t acte, comme on dit dans les polars !

    1. Merci pour votre commentaire. Je vous souhaite bon courage dans l’auto-édition. Je vais de ce pas visiter votre site. Je suis curieux de voir ce que vous écrivez.

  2. Bravo et merci pour cet article criant de vérité pour un petit auteur comme moi… Allez, serons nous la pince…

    1. C’est moi qui vous remercie pour votre commentaire. Nous avons connu la même galère et je serre volontiers la pince que vous me tendez! N’hésitez pas à m’envoyer un mail sur ce que vous écrivez: je lirai vos textes avec plaisir.

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