La liberté face au fanatisme

C’est avec un mélange de consternation et d’effroi que j’ai appris hier le crime odieux dont tous les médias parlent en ce moment. A l’origine, il y a un prof d’histoire qui souhaite développer l’esprit critique de ses élèves, qui propose même, à ceux que les caricatures de Mahomet pourraient heurter, de quitter son cours. Un homme posé, intègre, nullement islamophobe. S’ensuivent une plainte – d’un père dont la fille n’assistait pas au cours en question – une vaste cabale relayée par des institutions religieuses, des menaces sur les réseaux sociaux et, à l’arrivée, un acte d’une barbarie sans nom. Une décapitation, au XXIe siècle! Pour des images vidéoprojetées! Quel genre d’obscurantisme a pu s’installer dans notre pays pour qu’on en vienne là!

On s’était habitué aux injures, aux menaces et aux agressions. Les enseignants ont souvent honte d’en parler et leurs chefs d’établissement, quand ils ont vent de quelque affaire, font tout pour l’étouffer: il ne faudrait pas ternir l’image de leur collège ou de leur lycée. Ils aiment se vanter dans la presse locale de projets consensuels (travail en îlots, lutte contre les discriminations) et de taux de réussite extraordinaires – en réalité, des diplômes que l’on donne à tout le monde. Le rectorat est une bureaucratie aussi coûteuse qu’inefficace. Son seul rôle est de rendre toutes démarches impossibles. Quant aux interventions du ministre ou du président, ce ne sont que des paroles, des réunions et des projets oiseux qui n’amènent rien de concret.

Un prof est toujours abandonné à son sort.

Dans ce délitement général du monde de l’éducation, certaines religions ou idéologies – restons à dessein dans le vague – se sont imposées.  Et certains entendent le faire par la terreur. Nous avons franchi un cap. A présent, un prof d’histoire, de français, d’éducation civique sait qu’il risque sa vie quand il parle de liberté d’expression. Nous en sommes là! Une activité mal interprétée, des propos détournés de leur contexte, un post sur les réseaux sociaux et un crime est perpétré, en pleine rue, et de sang froid.

Dans les jours qui viennent, on nous expliquera que la République sera inflexible et que la laïcité s’imposera à tous. Le ministre de l’intérieur, quoique frêle, bombera le torse et lèvera le menton. Hormis ces gesticulations, que feront les autorités et, surtout, que sont-elles en mesure de faire? Et nos enseignants en zones dites « sensibles », – car c’est à eux qu’il faut penser – comment peuvent-ils faire face à des parents fanatisés et des jeunes gens prêts à user de couteaux ou d’armes à feu?

Ce crime est lourd de significations, pour celui qui veut bien voir la réalité en face, et a de quoi nous rendre inquiets pour l’avenir.

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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