Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell

Le Héros aux mille et un visage (The Hero with a Thousand Faces) est un beau livre que j’ai dans ma bibliothèque depuis des années, dont j’ai commencé la lecture, sans jamais avoir pris le temps de l’achever – l’anglais de notre auteur est redoutable. Ces dernières semaines, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai lu cette compilation de textes dans son intégralité en résumant chaque chapitre en quelques phrases.

Le parcours d’un héros

L’ambition de Joseph Campbell est immense: ramener l’ensemble des mythes, récits, textes sacrés de l’humanité à une seule et même « grande histoire », le monomythe. Le lecteur curieux et féru de mythologies est toujours surpris de découvrir des similitudes entre des récits nés aux quatre coins du globe. A titre d’exemple, on retrouve au Japon l’équivalent d’Orphée et Eurydice. Pour Joseph Campbell, qu’elles soient tronquées ou déformées, toutes ces histoires parlent d’une même quête. Un héros quitte le confort du quotidien pour plonger dans le monde merveilleux et inquiétant de l’inconscient collectif. Il revient avec un trésor qui permettra au groupe, voire au monde entier, de se régénérer.
Une vision cyclique du monde
Yggdrasil, l’arbre autour duquel s’organise le monde dans la mythologie germanique. Pour Campbell, les serpents qui en dévorent les racines représentent l’énergie créatrice de l’univers. A la fin des temps, ce monde disparaîtra (Ragnarök), la plupart des dieux périront, mais cette destruction sera suivie d’une renaissance.

En utilisant les outils de la psychanalyse, l’auteur établit un lien pertinent entre mythes et rêves. Tous deux donnent accès aux tréfonds de la psyché, mais le second, issu d’une sagesse immémoriale, permet de maîtriser, de canaliser les forces obscures qui sommeillent en nous.

La vision du monde qu’on nous propose sur la fin de l’ouvrage repose sur une analogie avec les moments de sommeil et d’éveil qui rythment nos vies. Le monde se développe à partir d’une source primordiale d’énergie, prend forme, puis décroît et retourne au chaos créateur des origines. Un nouveau cycle peut démarrer. Les dieux sont une personnification des lois qui gouvernent ce flux. Comme dans la mythologie germanique, ils sont appelés à disparaître.
On ne peut s’empêcher de penser au Big Bang et au Big Crunch de la science moderne. Quand on remonte aux origines de l’univers, il n’y a plus d’espace ni de temps, mais des lois et des constantes, et même, un bouillonnement créateur.

Le dieu en chacun de nous

Siddhartha Gautama, le Bouddha ou « éveillé », est fréquemment mentionné par Campbell. Il est l’archétype même du héros parvenu à l’illumination, et qui l’a enseignée à ses semblables.

Le héros prend le relais des dieux dans le développement du monde. Il est l’homme capable de retourner aux sources, de tuer un dragon ou détrôner un tyran, c’est-à-dire de débarrasser tout ce qui fait obstacle au cours des choses. Sa quête est spirituelle, intérieure. Il se défait de son ego, dépasse un ensemble d’oppositions, de distinctions factices pour ne faire qu’un avec l’univers. Ainsi, au bout de son parcours, il découvre la part de divinité cachée en lui. Il devient lui-même dieu.

Critiques
A vrai dire, je ne crois pas en cette vaste synthèse, ou plutôt à l’interprétation générale des mythes fournie dans l’ouvrage. De l’ensemble des rites et récits de l’humanité, il ne se dégage pas une, mais des sagesses. Fasciné par les Upanishad, textes sacrés hindous, Campbell veut voir une forme de spiritualité dans des histoires dont la portée est beaucoup plus terre à terre. Il l’évoque lui-même sur la fin. Le chasseur-cueilleur cherche à trouver sa place dans le monde animal, l’agriculteur la fertilité de la terre qu’il associe à la sexualité; avec l’essor des cités et des empires se développent des religions moralement plus exigeantes, le concept de dieu unique et de jugement après la mort. Ces religions se sont essoufflées en Occident ces derniers siècles et ont fait place au matérialisme de la société de consommation où l’individu a perdu ses repères…
Les mythes qui structurent les sociétés humaines dépendent évidemment de l’histoire, de la géographie, de conditions de vie et de niveaux de développement. A partir de ces traditions, des spéculations philosophiques se sont développées. Mais, là encore, comme elles diffèrent d’un continent à l’autre!

Un trésor pour le romancier

Illustration du début de La Divine Comédie par William Blake. Dans une « forêt obscure », le poète rencontre Virgile qui le guidera en Enfer. La présence d’un adjuvant est fréquente dans le parcours du héros.

Il n’en demeure pas moins que Le Héros aux mille et un visages est une mine pour le romancier. Il peut y puiser, surtout s’il écrit de la Fantasy ou de la SF, des schémas narratifs d’une grande efficacité: appel de l’aventure, refus puis acceptation, épreuves, première défaite, désespoir, sursaut et victoire finale, retour. Voici une série d’étapes quelque peu réarrangées par les scénaristes qu’on retrouve, à titre d’exemple, dans Star Wars. On peut user enfin de motifs (mariage sacré, découverte du père, ventre de la baleine, apothéose, etc.) que l’on doit s’approprier, certes, mais qui confèrent à une oeuvre une profondeur insoupçonnée et une portée universelle.

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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