Sixtine de Caroline Vermalle, voyage, horreur et Egypte ancienne

Avec Sixtine de Caroline Vermalle, on est invité à voyager à travers le temps et l’espace, avec pour toile de fond l’Egypte ancienne. Horreur et imprévus au rendez-vous!

Voyager en chaise longue

Caroline Vermalle
Sixtine ressemble beaucoup à sa créatrice, une femme superbe!

La trilogie dont je veux vous parler aujourd’hui  a fait mes délices du mois d’août. Je l’ai lue sous l’érable de ma chaumière ou, au frais, dans sa cuisine en parties enterrée. Un trou de Hobbit bien agréable en période de canicule. Ainsi j’ai pu éprouver un dépaysement que les gens des villes n’auraient pas connu. Avec Caroline Vermalle, on voyage en un tour de page, de l’Egypte au Mexique, du Mexique à Londres et de Londres au Vietnam. Écrivain nomade, l’auteure a arpenté le monde avant de se consacrer à l’écriture et cela se sent dans l’atmosphère de chacune de ses scènes. Elle décrit des lieux qu’elle a visités, dont elle s’est imprégnée.

Un roman d’horreur et de fantasy qui va à cent à l’heure!

Car tout va très vite dans ce thriller. Peut-être dois-je incriminer ma liseuse, qui perturbe mes habitudes et mes repères de lecteur, mais je me suis souvent perdu en cours de route. Trop de personnages, trop de lieux. Parfois, on ne sais plus si on est en Europe, au Machrek ou en Amérique, et on ne saisit plus les interactions entre les personnages.

Tout de même. Ceux-ci sont merveilleusement bien campés et l’auteure sait se mettre à leur place et nous faire éprouver leurs différents états d’âme. A l’américaine: le goût métallique dans la bouche, le cœur qui remonte dans la gorge…

Bémol sur l’Egypte ancienne (purement personnel)

Critique toute personnelle, cependant, et contestable: un certain manque de profondeur historique. Si Caroline Vermalle est au fait de l’histoire récente de l’Egypte et des Printemps arabes, on sent qu’elle s’est beaucoup moins documentée sur la période antique. Certes, on découvrira avec plaisir des citations du Livre des morts, les portraits d’Akhénaton et, surtout, de Néfertiti. Mais tout cela est bien superficiel et son intrigue aurait gagné à une plongée réelle dans les gouffres de l’histoire. Ces millénaires de civilisation dont la pyramide de Khéops est le témoignage.

Mais, ces réserves n’enlèvent rien à la force et à la beauté des derniers chapitres, ni à l’habileté avec laquelle l’auteure dénoue son intrigue et amorce une suite. Procurez-vous Sixtine et dites-moi en commentaires ce que vous avez pensé de cette trilogie!

Le ras le bol d’un enseignant

Ces dernières années, j’ai beaucoup pratiqué les arts martiaux et je regarde régulièrement des vidéos sur Youtube à ce sujet. C’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur celle-ci. Sérendipité oblige (on m’excusera d’employer un mot dont je ne connais la signification que depuis deux jours), j’ai trouvé que ce monsieur exprimait avec beaucoup de justesse ce qu’a été mon ressenti d’enseignant. Il a fermé son club de karaté et j’ai démissionné de l’Education nationale pour les mêmes raisons.

Les mentalités ont beaucoup évolué ces dernières années.

Les élèves arrivent toujours en retard, parlent en même temps que vous et s’énervent quand vous les reprenez avec un sempiternel « y’a pas que moi qui parle! ». Ils refusent pour beaucoup de prendre le cours, dessinent et consultent leur portable en cachette. Les séances ludiques, les vidéos, les anecdotes historiques sont accueillis par des soupirs. Rien ne les intéresse. Et si ce n’était que les élèves, mais des parents demandent à vous voir comme un patron convoque ses employés, règlent leurs comptes par l’intermédiaire des carnets de correspondance. Et que dire de ces assistantes ou de ces collègues qui veulent vous faire la leçon, quand ils ne vous envoient pas des vannes humiliantes pour se faire mousser devant vos élèves, de ces CPE et autres principaux qui vous demandent de vous justifier devant un gamin infernal, qui n’a pas compris « pourquoi on le punissait »?

Il vient un moment où l’on se demande si l’on a encore un petit reste de dignité.

En tant que prof de latin, j’ai dû moi aussi « mettre de l’eau dans mon vin », me montrer sous mon meilleur jour, accepter le tout-venant pour préserver mon option, et mon poste. J’ai eu affaire chaque année à des élèves qui s’engageaient sur un an, après un cours d’essai, et demandaient à arrêter au bout d’une semaine. Je m’échinais à expliquer l’utilité des langues anciennes pour la culture générale et la compréhension du vocabulaire et de la grammaire française, et il se trouvait toujours un petit malin pour me demander, un sourire en coin: « ça sert à quoi le latin? » La plupart voulaient bien découvrir la mythologie et des histoires savoureuses sur les empereurs romains, mais refusaient catégoriquement d’apprendre la moindre leçon de grammaire. Ils avaient eu l’amabilité de prendre mon option, plutôt que l’anglais « euro », de travailler une ou deux heures de plus chaque semaine, ce n’était pas pour se prendre la tête avec « rosa » et « dominus ».

Travail ingrat!

J’ai accompagné un élève trois ans durant, lui ai fait découvrir le Colisée, le Vatican, Herculanum et le Vésuve, il m’a fait dire par sa sœur, l’année suivante, que « le seul truc de bien », dans mon voyage en Italie, c’était la pizza en fin de séjour…

Moi aussi, j’ai eu l’impression de faire le tapin, de porter un masque pour garder mon travail. Et pour un salaire qui me permettait tout juste de payer mon loyer et mon prêt auto. J’avais la passion des lettres pourtant, des épopées, des mythes, des grands romans, des mots. Certains élèves, et ils se reconnaîtront s’ils me lisent, m’ont apporté d’immenses satisfactions. Mais, au bout d’une dizaine d’années de tensions permanentes, de coups de fatigues, de dépression, j’en ai eu RAS LE BOL.

Mes phares (2): George R. R. Martin

Le Trône de fer de George Martin… Au départ, j’étais intéressé par la série, beaucoup moins par l’auteur. En voguant sur Internet, dans la petite chambre de gîte que je louais après ma séparation, j’avais découvert qu’il s’agissait de la meilleure série du moment. Le Trône de fer… On devait être en 2015 ou 16. J’avais alors assez d’argent pour acheter des DVD: je me suis procuré les deux premières saisons. Très vite, j’ai été conquis.

On m’a prêté les livres plus tard. J’ai lu les premiers tomes par curiosité, en me disant que je perdais mon temps, sachant que je connaissais déjà la trame du récit. On a beaucoup critiqué, et à juste titre, la traduction du Trône de fer. L’incipit est imbuvable, presque incompréhensible, une prose ampoulée, touffue, obscure. On entre dans l’histoire avec la découverte des louveteaux et l’arrivée des Baratheon à Winterfell. Les inimitiés de l’adolescence, on le sent, conduiront aux haines mortelles de l’âge adulte. Peu à peu, le récit s’étoffe, les personnages prennent vie et se dispersent. On assiste à la naissance d’un monde.

George Martin possède selon moi deux qualités essentielles et rares: la profusion et la capacité à donner à voir. Il est beaucoup d’auteurs qu’on pense pouvoir égaler en les lisant. On se dit qu’avec un peu de chance et de temps, on pourrait connaître le même succès. Mais parvenir comme Martin à créer une multitude de personnages bien individualisés, proposer des épisodes, des rebondissements, tous nouveaux, tous inattendus, là est le prodige… Comme dans Le Seigneur des anneaux, il y a des héros que l’on suit avec moins d’enthousiasme que d’autres. Mais que cela est bien agencé! On croyait lire un livre et on découvre un monde.

Second point.

Rien à voir avec la Terre du Milieu imaginée par Tolkien, et pourtant on rêve tout autant…

On croit visiter Port-Réal avec les Stark, et l’arrivée de Tyrion Lannister aux Eyriés donne lieu à des descriptions d’une vivacité extraordinaire, tout comme les délires de Bran, après la chute qui le prive de l’usage de ses jambes. On plane avec lui au-dessus des terres de Westeros…

Je dirai encore un mot de la profondeur historique de la saga. Le monde de George Martin a une géographie particulière, mais aussi une histoire dans laquelle on retrouve un peu du mur d’Hadrien, des envahisseurs huns ou mongols, de l’empire romain, des traditions endogamiques de l’Egypte ancienne et, bien sûr, du Moyen Âge, avec, plus précisément, la guerre des Deux-Roses. Mais tout cela retravaillé, fondu, remanié par l’imagination débordante de l’auteur.

Voilà tout ce que j’aime, et qui est si rare dans la Fantasy: l’originalité, le réalisme, la beauté des descriptions, la richesse historique, le souffle épique.

George Martin? Une source d’inspiration pour Saga des Sept Cités, un écrivain modèle!

Lectures estivales

D’ordinaire, les gens profitent des vacances pour bouquiner. Un bon roman… allongé sur une chaise longue, sous un arbre, un parasol, ou à la plage!… Moi, en juillet-août, je lis assez peu. J’écris. Comme à la Toussaint, à Noël ou à Pâques. Ce n’est qu’une fois retourné au travail que je prends le temps, et avec un certain soulagement, de me plonger dans des lectures diverses et variées.

Cette année, comme vous le savez, est un peu particulière. J’ai quitté mon poste d’enseignant et ai organisé mes semaines en trois jours de lecture et deux jours d’écriture. Il faut ajouter que j’ai revu des amis et participé à des apéritifs bien arrosés. On ne s’étonnera donc pas de ne voir qu’une dizaine de titres. On ne peut pas tout faire!

Voici donc une liste à peu près exhaustive, et vaguement organisée:

Les classiques

Joseph Kessel, Les Amants du Tage

Jean-Christophe Rufin, Globalia

Ne me demandez pas de quoi parlent ces deux romans: je ne les ai pas terminés. J’ai commencé l’un pendant le temps de préparation de mes élèves lors des oraux du bac et l’autre durant les surveillances des épreuves écrites. Oui, pour les profs, le bac, c’est le début des vacances… Pour ce qui est de Globalia, j’avais prévu de le faire lire à mes élèves de premières, puis y ai renoncé: la SF et la dystopie ne sont vraiment pas l’affaire d’académiciens comme le sieur Rufin. Si vous aimez cet auteur, contentez-vous du Grand Coeur.

Magie et sorcellerie

Jupiter Phaeton, Ryvenn (tomes 1 à 3)

Helen Harper, Ivy Wilde (tome 1)

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert l’univers de Jupiter Phaeton, et plus généralement l’Urban Fantasy. J’ai rencontré cette auteure à succès au printemps et garde un merveilleux souvenir de la matinée où nous avons échangé au Starbucks de Versailles. Jupiter Phaeton est quelqu’un de simple, d’ouvert et de talentueux.

Helen Harper a beaucoup d’humour. Plus que jamais les sorcières sont à la mode! Mais, entre Ivy Wilde, le cannibalisme dans The Chilling adventures of Sabrina (une série américaine d’une qualité extraordinaire) et mes recherches sur les « fachinaïres » de Montpezat, qui pratiquaient leurs sabbats non loin de ma chaumière, j’ai fait une petite indigestion de magie et quelques cauchemars.

Érotisme

Non, je ne suis pas porté sur la chose, mais, avant de me lancer dans l’auto-édition, j’ai lu les numéros un des ventes. Et les hommes (ou, en l’occurrence, les femmes) étant ce qu’ils sont, le sexe fait vendre.

Aly M., Not a fuckin’ Romance

Virginie Despentes, King Kong théorie

Lily Haimes, Dix instants de toi

Tout ça, ce n’est pas ma tasse de thé. Avec Aly M., on plonge dans l’univers étrange et stéréotypé des fantasmes féminins (et on dira que seuls les hommes sont obsédés). Je lui reconnais une certaine verve et beaucoup d’humour, mais un roman me suffit. On m’a recommandé Virginie Despentes, la série Vernon Subutex et l’essai que je mentionne plus haut. Chacun ses goûts, chacun ses idées: je trouve cela vulgaire et faux à tous points de vue (viol, relation hommes femmes, prostitution, état de la société, etc.). Mention spéciale pour Lily Haimes. Sa nouvelle en forme de romance sur deux jeunes homos est absolument superbe. Alternance des narrateurs, analyses des sentiments, intensité émotionnelle… du grand art!

Insectes

Jules Michelet, L’Insecte

Bernard Werber, La Trilogie des fourmis

Jacques Kalahoui, La religion et les mantes religieuses

Les insectes… Ma nouvelle passion et le roman sur lequel je travaille. Cet été, j’ai essayé de lire tout ce que je pouvais sur le sujet. En premier lieu, j’ai pensé au Jour des fourmis que m’avait prêté une prof de SVT en cinquième. Je l’avais dévoré en quelques jours. Et je l’ai relu avec plaisir sous mon érable. Même si l’oeuvre présente selon moi d’énormes invraisemblances, le jeune Werber a du style et le sens du récit. Ce sont des épisodes courts où alternent intrigues chez les humains et les hommes, le tout agrémenté d’extraits de l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu (titre pour le moins prétentieux). L’auteur aurait dû s’arrêter là. Les deux autres volumes se lisent vite et sont riches en suspense et rebondissements, mais sombrent dans l’absurdité la plus totale. A se vouloir profond et dérangeant, on finit par être ridicule.

L’oeuvre de Michelet, comme les Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre, fleure bon le XIXe siècle. C’est un texte à la fois savant et littéraire, regorgeant de comparaisons, de métaphores et de références culturelles. L’auteur projette sur les insectes ses passions d’historien et d’humaniste, fait preuve pour eux d’un intérêt et même d’une affection qui ont de quoi surprendre.

Pour la dernière oeuvre, je préfère me taire. Si vous en avez le courage, vous vous ferez votre propre opinion.

Pompiers

Charlotte Monnier, Pompiers, rêves interdits

Comme pour les insectes, j’ai mené des recherches sur les pompiers qui doivent me servir dans mon futur roman, et je suis tombé sur cet ebook. C’est du travail d’amateur, avec des personnages caricaturaux, un style maladroit et un récit assez convenu. Mais Charlotte Monnier écrit avec son cœur et la force émotionnelle qu’elle a su insuffler dans cette série explique son succès, amplement mérité.

Un polar et un thriller

Enzo Bartoli, Six mois à tuer

Je ne m’étendrai pas sur ce roman auquel j’ai consacré un petit article. Je m’attendais un polar avec pour héros un justicier à la sauce gauchisante et j’ai eu l’agréable surprise de découvrir un Breaking bad à la française. Je ne vous en dis pas plus. Lisez-le!

Caroline Vermalle, Sixtine

Là encore, je vous renvoie à ma chronique sur cette trilogie pour le moins originale. Dans mon appréciation, je serai un peu plus mitigé que pour le roman policier de Bartoli. Sixtine, pour moi, n’est pas sans faiblesses.

Alors, dans tout ça, qu’est-ce que j’ai préféré? me demanderez-vous.

Six mois à tuer et Dix instants de toi, deux œuvres de facture, de style et de genre bien différents, mais d’auteurs aussi brillants l’un que l’autre.

Vendredi 13, origines d’une superstition

Le vendredi 13 est par excellence la journée des superstitieux. Jour de malheur pour les uns, de chance pour les autres. On craint d’apercevoir le bout de la queue d’un chat noir, on évite de passer sous une échelle ou, au contraire, on se précipite chez le buraliste du coin pour jouer au loto.

Mais alors, pourquoi le vendredi? Et pourquoi le nombre 13?

Le dernier repas du Christ

Léonard de Vinci, La Cène, Milan

Le Christ, selon Saint Jean, aurait été crucifié un vendredi. La veille, il prend son dernier repas, la Cène (du latin cena « dîner ») en compagnie de ses douze apôtres. Treize personnes à table (on dit encore que cela porte malheur), le treizième étant Judas. Et Jésus sait déjà qu’il va le trahir…

Preuve s’il en est que le Christianisme est à l’origine des croyances les plus profondément ancrées dans notre inconscient collectif.

Philippe le Bel et les Templiers

C’est un vendredi 13 également (13 octobre 1307) que le roi de France Philippe le Bel fait arrêter les Templiers.

Petit rappel historique. Les Templiers sont des moines-soldats qui assurent la sécurité des pèlerins chrétiens se rendant en Terre Sainte. Ils résident près du temple de Salomon, d’où leur nom de chevaliers de l’Ordre du Temple. Ces derniers revien-

Philippe le Bel, « le roi de fer ». « Ce n’est ni un homme, ni une bête, disait un de ses contemporains, c’est une statue. »

nent en France avec l’effondrement du royaume franc de Jérusalem. Leurs établissements, ou commanderies, se multiplient un peu partout en Occident. Les dons affluent et nos moines-soldats deviennent rapidement les banquiers de l’Europe.

De quoi attirer la convoitise d’un roi à court d’argent.

Philippe le Bel prend pour prétexte des témoignages on ne peut plus douteux – les Templiers cracheraient sur la Croix et

s’adonneraient à des pratiques sexuelles contre nature – pour les faire arrêter. Le pape Clément V, de mèche avec le roi, décide la dissolution de l’ordre au concile de Vienne (en Isère). Les biens des moines sont confisqués.

La malédiction du grand maître de l’ordre

Bien mal acquis ne profite jamais. On connaît la suite de l’histoire: la malédiction du grand maître de l’ordre, Jacques de Molay. Son bûcher se dresse à l’extrémité ouest de l’île de la cité, sur ce qu’on appelait jadis l’île aux Juifs (au pied de l’actuel Pont-Neuf). Le condamné disparaît au milieu des flammes qui s’élèvent et tourbillonnent. Alors qu’on le croit mort, il s’écrie: « Les corps sont au roi de France, les âmes sont à Dieu. » Et il cite le roi et le pape à comparaître devant Dieu dans les quarante jours.

C’était le 18 mars 1314. Clément V meurt le 20 avril et Philippe le Bel le 29 novembre…

Les attentats de Paris

L’émotion de deux policiers suite aux attentats du Bataclan (Une du Huffingtonpost).

C’est encore un vendredi 13, en 2015 – nous ne le savons que trop – qu’ont été commis les attentats de Paris, attentats les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale. 413 blessés et 138 morts. Le chaos dans la capitale et un carnage sans nom au Bataclan…

Voilà pour le vendredi 13. Une prochaine fois, je vous parlerai des années en 14 dans l’histoire de France. Vous y découvrirez quelques curiosités…

« Aimer vos femmes, vos sœurs et vos mères »

Chaque année, plus de 200 000 femmes se disent victimes de violences conjugales, 150 meurent sous les coups de leur conjoint.

On en parle enfin, et pas assez, de cette abomination. Comment peut-on lever la main sur son épouse ou sur sa compagne? Il existe en ce bas monde des hommes dont le comportement me dépasse…

L’immense majorité des crimes, hélas! n’a pas lieu dans les parkings souterrains, tard la nuit, en gare ou dans les quartiers chauds, mais dans les foyers, le soir, une fois les portes fermées. Les voisins entendent parfois les cris, les pleurs, les coups et les injures, les portes qui claquent et la vaisselles qui se brise, mais ils ne veulent pas par lâcheté se mêler d’affaire « qui ne les regardent pas ».

Et que dire de ces gendarmes auxquels des femmes en détresse demandent de l’aide et qui refusent d’intervenir? Emmanuel Macron lui-même a assisté à une de ces scènes ahurissantes en se rendant ce mardi au siège du 3919, ligne d’écoute dédiée aux femmes battues (Libération).

Pour terminer, je veux citer l’extrait d’un poème de Mack Nat Frawsen, auteur d’origine kabyle que j’ai découvert hier grâce à mon abonnement Kindle.

Aujourd’hui, c’est moi qui pleure mes sœurs humaines

Ces cœurs de femmes blessées, brisées

Qui ne se remettront jamais de vos violences

De la folie et de l’impunité de vos croyances

Je vous conjure d’ouvrir vos cœurs hypocrites

D’aimer vos femmes, vos sœurs et vos mères…

Mots éparpillés

Une interview

L’interview ci-dessous a été publiée sur le site de Jupiter Phaeton, excellente auteure d’urban fantasy.

Si vous croyiez qu’un prof de français ne jure que par Maupassant, Homère et Zola et qu’il est incapable de lire de la fantasy, je vous remercie de revenir sur ce préjugé immédiatement. J’ai la chance et l’honneur de vous présenter l’interview de Saurel, prof de français, auteur de Ne nous laissez pas seuls et de Le Siège de Kerdoar. Comme beaucoup d’auteurs, Saurel allie son métier et son activité d’écrivain. Il nous parle de son expérience, de l’auto-édition et bien sûr de ses livres. Sa plume est fluide, agréable, riche en vocabulaire, ce qui vous laisse imaginer la saveur de ses romans… Quoi ? Vous n’avez pas encore testé ? C’est le moment de vous laisser tenter.

 

Jupiter : Depuis quand écris-tu ?

Saurel : J’ai commencé à écrire à douze ou treize ans des « histoires » et des ébauches de romans sur des feuilles de brouillon. Je m’inspirais d’œuvres qui me passionnaient : de BD et de romans comme Croc-Blanc et, plus tard, Le Seigneur des Anneaux. J’écrivais de l’Heroic Fantasy, un genre sur lequel je suis revenu dernièrement et qui, au fond, me correspond le mieux. Ces textes me paraissent aujourd’hui bien maladroits et, pourtant, je suis assez nostalgique de cette période où j’écrivais sans me poser de questions techniques (style, intrigues, enchaînement des épisodes), simplement en me laissant porter par des personnages et une histoire qui me plaisaient. Au lycée, j’ai été interne – ce ne sont pas les plus belles années de ma vie – et j’ai laissé tomber mes manuscrits. Mes camarades de chambre détestaient la lecture, me trouvaient « bizarre ». Je craignais de le paraître plus encore en écrivant le soir, après les cours. Pendant les week-ends ou les vacances, je me suis mis à faire du sport, à remplir de temps à autre les pages d’un journal intime, à composer des poèmes, ce que j’ai continué à faire en fac de lettres. Ce n’est qu’à la fin de mes études que l’envie d’écrire des romans m’a repris. Mais, finies les facilités, la liberté dans l’écriture ! J’avais lu des auteurs classiques et je me posais beaucoup de questions de style. Ce retour à ma passion de toujours a été très laborieux et il n’y a rien de pire que d’avoir des idées plein la tête et de ne pas pouvoir les coucher sur le papier !

Jupiter : Tu avais lu des auteurs classiques ? Quels auteurs ? Et comment se traduisait ce blocage ? Tu voulais écrire mais tu avais l’impression qu’il fallait organiser et réfléchir à ce qui allait sortir de ta plume (enfin de nos jours ça sort plutôt du clavier…) ?

Saurel : Oui, j’avais consacré plusieurs années à me plonger dans les auteurs de l’Antiquité (Homère, Virgile, etc.) et à essayer tant bien que mal de les traduire. Je lisais Rousseau et les grands romans du XIXe (Balzac, Flaubert, Zola, etc.). Je me posais des questions très basiques sur l’agencement de mes phrases et le choix des mots. Mes textes consistaient en des bouts de paragraphes, des pages raturées que j’essayais de raccorder entre elles. Je prenais pour modèle des auteurs immenses qui m’écrasaient de leur génie, comme on peut l’imaginer, et mon style manquait de naturel et de simplicité. J’avais la tête pleine de lectures faites sans ordre et de langues apprises à tout-va. Tout cela avait besoin de décanter.

Jupiter : Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Saurel : Difficile de répondre. Beaucoup de processus en nous nous échappent. Certes, il y a des événements personnels, familiaux, qui nous ont amenés à l’écriture, mais la plupart du temps nous n’en avons pas conscience. J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un département rural, loin de tout. J’ai grandi dans un petit coin de campagne préservé, un vrai paradis. Mais avec peu de copains, peu d’activités et de distractions à un âge où l’on a envie de s’amuser. Je me suis beaucoup ennuyé. Que ce soit au collège ou au lycée, j’ai trouvé mes camarades de classe vulgaires et brutaux et éprouvé le besoin de me protéger des autres en me réfugiant dans un monde bien à moi, de mettre en scène des héros puissants auxquels je pouvais m’identifier. À la base de mon inspiration, il y a souvent quelque chose qui me laisse insatisfait. Je comble un manque grâce à la fiction.

Jupiter : Est-ce que c’est indiscret de te demander quel âge tu as ? Est-ce que tu penses que même adulte, on comble un manque grâce à la fiction comme tu le dis ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui débute dans l’adolescence et qu’on garde par habitude ?

Saurel : Non, ce n’est pas indiscret. J’approche de la quarantaine. Pour répondre aux deux questions suivantes, je crois que les deux affirmations sont exactes. On soigne grâce à l’écriture des blessures anciennes, des plaies qui ne se sont jamais refermées, et, même adulte, on a besoin de combler toutes sortes de manques. Si j’étais un homme épanoui, je n’éprouverais pas le besoin d’inventer des mondes, des histoires où la vie est plus intense. Je me reconnais beaucoup dans le roi Nominoë de mon roman, qui a longtemps rongé son frein et, une fois sorti de son cachot, a soif de revanche. Cette séquence, jaillie du plus profond de moi-même, où il gravit les escaliers du donjon, a été pour moi un moment de jubilation intense.

Jupiter : Cette scène faisait-elle écho à un sentiment ou une scène particulière de ta vie ?

Saurel : Probablement. Mais, encore une fois, je ne me suis pas dit « Je vais exprimer là-dedans une soif de revanche personnelle et le mieux serait de présenter un courageux guerrier prêt à en découdre avec tous ses ennemis. » Non. La scène s’est imposée à moi quand j’ai préparé le scénario de mon roman. Je l’ai réécrite plusieurs fois, avec une joie qui grandissait à mesure que j’approchais de la séquence telle que je la voyais dans mon imagination.

Jupiter : Peux-tu me décrire brièvement ton parcours d’études, puis ton parcours professionnel ?

Saurel : Mes études m’ont amené à beaucoup voyager. J’ai passé d’abord un bac S, mais les maths ne m’intéressaient pas du tout. J’ai tout plaqué pour m’inscrire en fac de lettres. J’ai étudié dans le sud de la France, à Lyon, en Bretagne et en Italie. Après un voyage d’un mois en Chine, j’ai préparé les concours de l’enseignement en candidat libre à Paris. Je suis devenu prof dans un petit collège de province et, récemment, en lycée.

Jupiter : Tu es prof de… lettres ? (je tente ma chance)

Saurel : Exact.

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu édité par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Saurel : Comme je l’explique un peu plus bas, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à différentes maisons d’édition, sans résultats. C’est pourquoi je m’intéresse davantage à l’auto-édition. J’ai publié deux romans sur Amazon et Kobo.

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté ?

Saurel : Je n’écris malheureusement pas à temps plein, même si c’est mon vœu le plus cher et que j’aimerais me consacrer entièrement à ma passion. Je suis prof en collège et lycée. Un métier qui a beaucoup d’avantages et où l’on prend plaisir à échanger avec des élèves autour de livres, à préparer des cours pour les former. Ces dernières années, néanmoins, j’ai eu affaire à des classes difficiles, des élèves que rien n’intéresse et qui recherchent le conflit. J’ai de plus en plus de mal à faire ce métier. Heureusement que j’ai de longues vacances pour me plonger dans mes histoires de chevaliers errants, de princesses et de monstres !

Jupiter : J’ai plein de questions suite à cette réponse *rires* prépare-toi !

Qu’est-ce qu’il te manque pour faire de l’écriture un métier à temps plein ? Est-ce que c’est uniquement l’aspect financier ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à ce que tu ferais de tes journées si demain tu étais écrivain à temps plein ? Comment est-ce que tu imagines ça ?

L’enseignement c’est quelque chose d’exceptionnel à mes yeux, à chaque fois que je découvre un enseignant, je me dis : « bon sang mais quel courage ». Est-ce que c’était une vocation pour toi ? Comme tu as la chance de pouvoir observer la prochaine génération, est-ce que tu ressens beaucoup de différences avec cette nouvelle génération dans la manière d’aborder le livre, la lecture et l’enseignement ?

Saurel : Je suis prêt… C’est effectivement l’aspect financier qui m’empêche de me consacrer à l’écriture à temps plein. J’ai contracté des dettes ces dernières années et il m’a fallu faire des heures supplémentaires pour les rembourser. Aujourd’hui, je suis plus à l’aise et, quitte à vivre chichement, je songe de plus en plus à me consacrer uniquement à ma passion. Je diviserais alors ma semaine en deux moitiés : trois jours entièrement dédiés à l’écriture et trois à la lecture et à une étude approfondie d’auteurs qui me permettraient de m’améliorer en tant qu’écrivain. Voilà pour la semaine idéale… Mais j’ai beaucoup de mal à me discipliner. J’ai des périodes d’exaltation où je me consacre à des dizaines de projets – et me disperse – et d’autres où je suis assez… amorphe. On ne se refait pas.

L’enseignement n’était pas une vocation pour moi. Je me suis découvert une passion pour les langues anciennes aux alentours de dix-huit ans et me suis lancé à corps perdu dans des études de lettres classiques, sans vraiment me demander où cela me mènerait. Mes diplômes en poche, il m’a bien fallu gagner ma vie. Mes premières années dans l’enseignement ont été très difficiles. Je suis passé de cours passionnants à la fac au brouhaha des salles de classe. Puis, je me suis adapté à mon métier, j’ai pris un certain plaisir à élaborer mes cours, mes rapports avec mes différentes classes se sont améliorés. Aujourd’hui, cependant, je suis fatigué, usé par ce métier, et je songe tout simplement à démissionner. Les élèves sont de plus en plus durs. La plupart ne viennent en cours que pour bavarder et s’amuser avec leurs copains et l’on ne peut rien attendre des parents ou de notre hiérarchie. Triste constat… La nouvelle génération a une capacité de concentration extrêmement limitée et n’accepte aucune forme de contraintes. L’enseignant doit déployer une énergie considérable pour capter l’attention de sa classe, varier sans cesse les activités et les modalités pédagogiques (cours dialogués, temps d’écriture, séquences vidéo, etc.). La plupart des élèves, même en lycée, sont incapables de lire des classiques et même de la littérature contemporaine. Il leur manque du vocabulaire et ils décrochent au bout de quelques pages.

Il n’en reste pas moins que la mythologie passionne les élèves de tous âges, de même que les histoires de chevaliers. Il y a également des ado que l’on voit toujours un livre à la main et qui prennent plaisir à échanger avec leur prof de français après les cours. Les gros lecteurs existent toujours. Je suis donc persuadé que la littérature a malgré tout de beaux jours devant elle. Une partie des jeunes se plongera toujours avec délice dans de bons romans.

Jupiter : Tu dis que tu songes de plus en plus à te consacrer à temps plein à l’écriture, est-ce que tu te vois démissionner à court terme ? moyen terme ? Est-ce qu’il y aurait des ajustements à faire dans ton quotidien pour y parvenir ? Est-ce que tu dirais que ça en vaut la peine ?

Saurel : L’Éducation nationale est une administration très lourde. On peut demander des temps partiels, mais il est difficile de les obtenir. D’une manière générale, le peu de temps que l’on consacre à ce métier empêche de faire autre chose à côté. Après avoir supporté des quatrièmes ne serait-ce qu’une heure, on ne peut pas se plonger dans les romans que l’on écrits. Je compte effectivement démissionner à court terme. Là encore, c’est une démarche complexe pour obtenir très peu de droits. Il faut demander sa démission par lettre et le rectorat peut ne pas l’accepter. J’ai la chance d’avoir des lycéens charmants cette année, mais j’aurai quelques heures de collège l’année prochaine. Je crains qu’un ado en crise ne me pousse à l’abandon de poste. En plein cours, je risque de ramasser mes affaires et de laisser toute une classe en plan en claquant la porte !

Ce ne serait pas très grave… J’aurais alors la possibilité de vivre dans une maison familiale, plutôt que de payer un loyer et des impôts qui absorbent tout mon salaire. Je pourrais me consacrer entièrement à ma passion et ça, ça n’a pas de prix.

Donc, oui, je compte bien, sous peu, me consacrer à l’écriture à temps plein.

Jupiter : Peux-tu me parler de tes romans ? Combien y en a-t-il ? Écris-tu toujours le même genre ou y a-t-il des genres différents ? Comment t’est venue l’idée de ton premier roman ?

Saurel : De tout ce que j’ai écrit, je n’ai gardé que deux romans et quelques poèmes. L’un de ces deux romans est psychologique, l’autre relève de l’imaginaire, de la Fantasy.

Je n’ai pas vraiment terminé les « histoires » que j’écrivais adolescent. Elles partaient dans tous les sens et s’enrichissaient sans cesse de nouvelles trouvailles. L’idée de mon premier roman m’est venu d’une amourette quand j’étais étudiant en Bretagne. J’avais vécu des moments intenses et j’ai voulu en tirer une sorte de « romance ». C’est un texte long et très inégal dont je relis certains passages avec plaisir, mais qu’il me faudrait reprendre.

J’en viens aux deux romans que j’ai mis en ligne sur Amazon : Ne nous laissez pas seuls et Le Siège de KerdoarLe premier s’inspire de mon expérience d’enseignant. Plutôt que de placer des éléments de mon vécu et de chercher ensuite à les combiner, au petit bonheur, comme je procédais auparavant, j’ai fait se rencontrer un prof imbu de sa personne et un élève qui manque d’affection et cherche à se faire remarquer. J’ai laissé l’histoire se développer : deux récits alternent avec un adolescent qui subit des moqueries et un harcèlement de plus en plus cruels, et son prof de français qui ne voit rien à cause de ses problèmes de couple.

Dans mon dernier roman, je suis revenu à mes premières amours : la Fantasy. J’aime beaucoup la mythologie et les épopées anciennes, Le Seigneurs des anneaux et Le Trône de Fer de George R. R. Martin. J’ai imaginé ainsi une cité portuaire attaquée par un monstre gigantesque, ai multiplié les rebondissements, les trahisons, les courses-poursuites, les duels et les batailles. On croit à plusieurs moments que tout est perdu, mais on se rend compte très vite que le roi de Kerdoar et sa fille n’ont pas dit leur dernier mot.

Je me suis donc consacré à des genres assez différents. J’ai commencé par la Fantasy, ai fait un long détour avant d’y revenir. Enfin, je crois avoir trouvé mon style et ma voie. Il se faisait temps !

Jupiter : Est-ce qu’il y a un autre roman en préparation ? Combien de temps te prend l’écriture d’un roman ? Quand écris-tu ? Est-ce que tu as mis en place des habitudes spécifiques, est-ce que tu t’imposes un rythme particulier ?

Saurel : J’essaie d’écrire un roman par an. J’ai respecté les délais pour Ne nous laissez pas seuls, mais pas pour Le Siège de Kerdoar, pour lequel il m’a fallu deux années environ. J’écris assez lentement. Je travaille d’abord à la main, tape ensuite le manuscrit à l’ordinateur et l’imprime plusieurs fois pour y apporter d’interminables corrections. Il m’arrive de me prendre la tête toute une matinée sur un paragraphe et je crains de relire mes romans, une fois publié, de peur d’y trouver des éléments qui ne me plaisent pas. J’écris pendant les vacances du lundi au vendredi. Je laisse mes pensées se déployer en buvant mon café, fais un peu d’exercices au grand air et m’installe devant mes feuilles ou mon ordinateur. Je fais une sieste après le déjeuner – je suis un gros dormeur – et me remets au travail jusqu’à dix, onze heures, ou minuit, en faisant des pauses de temps à autre. Ces périodes de création intense m’épuisent et sont suivies de semaines où je n’écris pas. De toute façon, je n’en ai pas le temps, puisque je fais cours…

J’ai dans mes tiroirs de nombreux manuscrits que je compte peaufiner : une nouvelle très sombre sur une soirée entre trentenaires qui tourne au cauchemar, une romance à Venise où j’ai été avec Erasmus quand j’étais étudiant et le parcours initiatique d’un guerrier aux cheveux violacés qui doit rentrer au service d’une déesse-mère. Mais c’est surtout à une grande œuvre de Fantasy en trois tomes que j’aimerais me consacrer : la révolte d’un peuple de montagnards contre l’oppression d’un immense empire. J’aimerais écrire aussi un roman sur un monde post-apocalyptique. Beaucoup de projets en somme !

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Saurel : Je ne cherche pas à faire passer un message à mes lecteurs. J’éprouve d’abord un besoin, une émotion très vive. Je suis alors dans un état que je qualifierais de « musical ». Je vois comme des séquences de film, des personnages qui deviennent de plus en plus précis. Je fais connaissance avec eux et les étudie au maximum. Dans mes premières œuvres, j’ignorais souverainement toute classification. Aujourd’hui, je tiens compte davantage d’un lectorat potentiel et essaie de coller à un genre et à ses codes. Je ne cherche pas, cependant, à ce qu’il se dégage une morale de mes romans. La littérature ou le cinéma engagés me laissent assez indifférent. Mon but est avant tout de procurer à mes lecteurs quelques heures d’évasion, de leur faire vivre des émotions plus fortes, plus intenses que dans la vie de tous les jours. De mon travail, il émane forcément des valeurs, mais de manière implicite. Dans mon dernier roman, par exemple, il est question d’amour filial, de transmission, de courage et de fidélité.

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes romans ? Es-tu satisfait sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Saurel : Je ne peux pas dire que je sois satisfait des ventes de mes romans. Elles sont pour le moins confidentielles. En plus de dix ans, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à des maisons d’édition et reçu autant, ou presque, de lettres toutes faites, du type : « Nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » Je crois que l’édition classique croule sous des manuscrits de toutes sortes qui, la plupart du temps, ne sont pas lus. Des amis ayant travaillé dans le milieu m’ont raconté qu’on y rejette des textes pour une faute d’orthographe ou la présentation de la page de garde. Certains apprécient un roman qui n’a pas été relié, perdent les premiers feuillets sur des bureaux encombrés et renoncent à retrouver les coordonnées de l’auteur. Tout passe à la trappe ! Je crois, surtout, que les maisons d’édition traditionnelles sont très frileuses et qu’elles ne sont pas prêtes, quoi qu’elles en disent, à faire confiance à de parfaits inconnus. Elles comptent sur des valeurs sûres. Le copinage joue également un grand rôle.

Je crois davantage à l’auto-édition sur Amazon ou Kobo. Ces plates-formes donnent leur chance à tout le monde. L’auteur installé y est mis sur le même plan que le nouveau venu. Il s’agit simplement de plaire au lecteur. C’est le système américain dans ce qu’il a de meilleur. La loi du marché. Personnellement, cela me pose certaines difficultés. Pour produire un e-book ou un livre broché de qualité, il faut s’entourer ou acquérir des compétences en tant que créateur de couvertures, de correcteur et de publicitaire. On doit tout faire soi-même. Je n’ai malheureusement pas l’argent pour payer des professionnels pour les aspects les plus délicats du travail et je dois reconnaître que mes couvertures laissent beaucoup à désirer. Mais je vais faire des progrès. Promis !

Pour promouvoir mes romans, j’ai créé un blog sur lequel je raconte la genèse de mes différents textes et tire des conclusions sur ce que mes romans m’ont appris sur l’écriture. Sur ce blog, je publie également des nouvelles et des poèmes. Cela peut permettre à des lecteurs potentiels de découvrir mon style et mon univers.

Jupiter : Quand on voit qu’aux Etats-Unis maintenant, Amazon fait partie intégrante du circuit de diffusion et de distribution et qu’ils s’apprêtent à ouvrir des grandes librairies en 2019 aux Etats-Unis, où ils comptent proposer notamment les meilleures ventes Amazon, qu’elles soient auto-édités ou éditées… Il y a tout de même de grands changements dans l’édition par rapport à il y a dix ans. La liseuse est maintenant un réel concurrent au livre papier dans les pays anglo-saxons, elle reste en marge en France (15% du lectorat). Qu’est-ce que tu imagines pour l’avenir de l’édition et de l’auto-édition ?

Saurel : Je ne me suis pas assez intéressé à la question pour te donner une réponse précise. Je pense néanmoins que l’auto-édition offre de grandes opportunités. Lors d’un séjour en Angleterre, j’ai été surpris du nombre de personnes qui avaient une liseuse en main dans les transports en commun.  Cela va forcément arriver en France. Longtemps j’ai cru que les lecteurs ne se raccrochaient qu’aux auteurs installés et donc aux grandes maisons d’éditions. Mais je me rends compte à présent que de parfaits inconnus, grâce à l’auto-édition, peuvent rivaliser avec les écrivains des beaux quartiers qui bénéficient des grands réseaux de distributions. Le monde change très vite. Il faut tenter sa chance !

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, quelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à ton caractère, à ton passé…

Saurel : Tous mes proches s’accordent sur un point : je suis un grand rêveur. « Tu planes ! », me répète-t-on depuis mon enfance et les choses ne sont pas allées en s’arrangeant… Je suis sans cesse plongé dans mes pensées. C’est une lecture qui me passionne et à laquelle je repense, des réflexions qui me viennent sur n’importe quel sujet, mais surtout un roman en cours dont j’imagine la suite. Je suis assez difficile à vivre. Pendant des semaines, plus rien n’existe autour de moi. Le retour à la réalité, avec le travail et les tracas du quotidien, peut alors s’avérer douloureux !

Deuxième particularité : mon goût pour la nature et les paysages de montagne. Une promenade au printemps est pour moi un émerveillement de chaque instant : je flâne, je m’arrête de temps à autre pour observer une fleur ou regarder voltiger un papillon. Dans mes romans, on retrouve souvent des châteaux inaccessibles et des personnages qui escaladent des pentes escarpées.

Concernant l’écriture, je crois avoir une certaine capacité à me plonger dans le monde que je décris. Dans mon dernier roman, j’ai pour ainsi dire vécu dans la cité qui sert de cadre à l’intrigue. Une belle expérience. Je me mets facilement dans la peau de mes personnages. Ils ont tendance, d’ailleurs, à déteindre sur moi et à influer sur mon caractère.

Rêveries, nature, importance de la fiction… on arrive à trois !

Jupiter : De quoi es-tu le plus fier concernant ton parcours d’écrivain ?

Saurel : Ceux qui liront cette interview trouveront qu’après plus de dix ans de travail je me satisfais de peu de choses, mais un compliment sur un blog, il y a quelques années, m’a procuré plus de plaisir que l’obtention d’un examen ou ma première paye. Et de loin ! Il en va de même de cinq étoiles obtenues sur Kobo ou d’un lecteur, il y a quelque temps, qui a lu mon dernier roman en une nuit. En plus de ces retours positifs, je relis toujours avec beaucoup de plaisir un poème « épique » que j’ai écrit il y a une douzaine d’années et qui me correspond parfaitement. J’ai éprouvé également une immense fierté à terminer Le Siège de Kerdoar. C’était un projet que j’avais à cœur et que je craignais de ne pas pouvoir mener à bien. Le roman vient de paraître sur Amazon. Je suis sur un petit nuage.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Saurel : Je suis mal placé pour donner des conseils. S’il existe des trucs pour réussir, je ne les ai pas trouvés ! En revanche, je peux évoquer ce qui me paraît essentiel dans l’élaboration d’un roman et que l’on a trop tendance à laisser de côté : le travail. Tout simplement. Rien n’est plus exigeant que l’écriture et je vois beaucoup de jeunes auteurs, dans l’auto-édition, qui publient des manuscrits écrits à la va-vite, à peine relus. Pour réussir, il faut du talent, mais aussi de la patience. L’inspiration est fondamentale, mais il ne faut négliger ni la grammaire, ni l’orthographe, et il est nécessaire de reprendre un texte plusieurs fois pour arriver à une œuvre aboutie.

 

Saurel : Avec mon métier, j’évite les réseaux sociaux. J’ai peur d’être repéré et harcelé par mes élèves. J’ai des collègues qui se sont retrouvés dans des histoires invraisemblables pour avoir laissé traîner des photos sur Internet. Je laisse en lien mon blog et une adresse mail. Je réponds toujours, et aussi vite que possible, à tous les messages et commentaires que l’on m’envoie. Et avec le plus grand plaisir !

Mail : saurelfrancois3@gmail.com

Saurel : Je suis également sur Wattpad sous le pseudo de Saurel3. J’y ai commencé une petite histoire : De tout petits aventuriers. Ce sont deux enfants devenus minuscules qui viennent en aide à une fourmilière menacée par de redoutables araignées. Ces derniers temps, j’ai laissé de côté ce récit, mais je compte bien m’y remettre si des lecteurs sont intéressés.

 

Merci à Saurel pour son temps et ses réponses, sa plume est fluide, son vocabulaire est riche et agréable, ça promet de belles lectures !

Et un grand merci à Jupiter Phaeton qui a bien voulu publier cette interview. J’espère que mes longs développements ne vous auront pas ennuyés, chers lecteurs!

PS: Après avoir parlé de l’importance de la grammaire et de l’orthographe, je me sens aujourd’hui un peu c*. J’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à Solène, une super blogueuse. Elle a beaucoup apprécié mon roman, mais a trouvé qu’il comportait quand même… quelques fautes (rassurez-vous, entre temps, j’ai relu et corrigé le manuscrit comme il se doit). Et ça se dit prof de français!

Mes phares (1): Rousseau

Rousseau, le premier auteur auquel j’ai pensé quand il m’a fallu décorer ma chaumière. A presque trois cents ans de distance, nous avons tous deux les mêmes goûts, les mêmes centres d’intérêt, la même sensibilité. Il y a bien des différences entre nous, et de taille. J’aime ma famille et mes filles plus que tout; il a abandonné tous ses enfants. La politique me laisse assez indifférent; il est un des maîtres à penser de la Révolution française. C’est enfin un génie prodigieux auquel j’ai honte de me comparer: je ne lui arrive pas à la cheville. Mais j’ai pensé aux Charmettes, près de Chambéry, en m’installant dans ma nouvelle demeure, et à l’ermitage à Montmorency. Nous aimons tous deux la solitude, la rêverie, les longues promenades à pieds. Il aimait « herboriser »; je préfère observer les insectes. Hier, je suis resté dix bonnes minutes à contempler une araignée sur sa toile et des libellules qui survolaient, sous le soleil de midi, un petit ruisseau bordé de menthes sauvages.

Rousseau avait une sensibilité exacerbée, un peu agaçante parfois, mais quel style dans les Confessions! Quelle audace dans ses aveux! C’est un rare classique dont j’ai dévoré plusieurs centaines de pages en moins d’une journée. Il est dommage que les derniers livres de cette autobiographie sentent la précipitation, témoignent d’un sentiment de persécution qui frôle la folie. Génie à part, notre homme s’est brouillé peu à peu avec tous ses amis et a fini sa vie seul, inquiet, persuadé d’être victime d’un vaste complot visant à salir sa mémoire.

Contrairement à Voltaire, le mondain, qui a fréquenté les meilleures écoles, puis les salons et la cour du roi de Prusse, qui a triomphé au théâtre, a porté des idées nouvelles, a pris parti dans les grandes affaires de son temps, Rousseau est un vagabond qui s’est formé sur le tas, et plus ou moins par lui-même. Il

Il m’est impossible de regarder cette photo sans éprouver une émotion des plus vives. C’est là que le maître a passé, en compagnie de Madame de Warens, les meilleurs moments de sa vie.

quitte les Charmettes pour Paris et, prodige, révolutionne la musique, le roman et la philosophie. Ce petit Genevois d’origine battra tous les Parisiens, et sur leur propre terrain! Il ne fera pas de vieux os, cependant, et regrettera même de s’être lancé dans les lettres. Caractère complexe, et lourd de contradictions.

Mais qu’on lise le discours sur les sciences et les arts, qui l’a fait connaître, celui sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, que l’on a beaucoup décrié, et à tort. Quelle verve! Quelle force! Quelle passion! On pourrait croire ses écrits dépassés par les dernières avancées de l’archéologie. Pas tant que cela. Notre philosophe procède à une reconstitution concise et lumineuse de l’histoire de l’humanité et explique comment les hiérarchies et les injustices sont apparues en ce bas monde. Ses confrères croient au progrès; il pense, lui, que la civilisation et les arts ont rendu l’homme malheureux. Il n’est peut-être pas si étonnant, finalement, qu’il ait eu tant d’ennemis!

De son parcours aux lignes de forces de sa philosophie, en passant par la sensibilité no

uvelle et préromantique des Confessions ou des Rêveries du promeneurs solitaires, tout m’inspire, tout me fascine chez cet homme. Une photocopie de son portrait est affiché dans mon bureau, avec ses yeux brillants d’intelligence. Et je me demande, avant de me mettre au travail, comment lui emprunter un peu de son immense talent.