Pourquoi dit-on « des haricots », et non des « dezharicots »?

Telle est la question que me posent en ce moment mes filles. La réponse est simple, mais fait appel à l’histoire de la langue française.

Le « h » latin

Le « h » actuel a trois origines. La première est celle du latin, la langue mère, où il ne s’agissait que d’un signe graphique. On ne le prononçait pas. Il suffit de lire quelques vers de Virgile pour se rendre compte qu’il ne joue aucun rôle dans la scansion.

On trouvera ainsi hora, qui donne « heure », herba « herbe » et homo « homme ». Le « h » est étymologique. A la Renaissance, de grands érudits l’ont rétabli pour rappeler l’origine latine du mot. Ils ont négligé le procédé pour « on » qui vient d’homo – également – ou pour « avoir », habere. On ne peut pas penser à tout. Toujours est-il qu’on dira « l’heure » et qu’on fera la liaison dans « les heures ».

Le « h » germanique

A côté de la langue-mère: le superstrat, ou langue des conquérants germains. Eux possédaient un « h » qu’ils prononçaient, et que les descendants de leurs cousins prononcent toujours. I have en anglais et Ich habe en allemand.

Pour ces mots d’origine germanique, on ne fera ni élision ni liaison, puisque le « h » initial est une consonne qui est plus ou moins prononcée jusqu’au XVIIe siècle. On ne dit pas plus « l’hache » que « l’soldat… » Aujourd’hui, ce « h » ne se fait plus entendre, mais a gardé sa fonction dans la chaîne parlée.

Ainsi le vers d’une violence inouïe qu’Agrippine adresse à son fils Néron à la fin de BritannicusDans le fond de ton cœur, je sais que tu me hais… (et non m’hais, évidemment)

En résumé, si vous avez affaire à un mot d’origine latine ou grecque, vous pouvez élider sans scrupules, et faire la liaison: « l’heure », « les heures ». « Héros », d’origine grecque, échappe à la règle pour éviter un jeu de mot fâcheux avec « zéro » (« les héros »). Si vous avez affaire à un mot ramené par quelques peuplades germaniques lors de l’effondrement de l’Empire romain, comme « haïr » (hate en anglais, hassen en allemand), cela sera impossible, puisque vous vous retrouvez face à une consonne.

Le « h » graphique »

Bien, me direz-vous, mais comment expliquer l’origine du « h » de « huit », qui vient du latin octo, ou celui d’ « huile » oleum?

Pour les copistes du Moyen Âge, qui ne distinguaient pas le « v » du « u » dans leurs parchemins, il s’agit simplement d’éviter quelques confusions. Vit pouvait être un chiffre, le passé simple du verbe « voir » ou un mot ancien désignant une certaine partie de l’anatomie masculine. On rajoute un « h », « huit », l’ambiguïté est levée. Idem pour « huile », qu’on ne confondra pas avec le féminin de « vil ».

Pour en revenir aux haricots pour lesquels je reprends mes filles, la question est complexe. Ce fameux légume vient d’Amérique. Nous avons emprunté sa dénomination à quelque langue locale et l’avons associée à « haricot », un ragoût de légumes. « Haricot » est un mot d’origine… germanique. On appliquera donc les règles énoncées plus haut: pas d’élision, pas de liaison. Ne dites donc pas « Dezharicot » ou « l’haricot », mais « des haricots » et « le haricot »!

 

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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