Quelques idées reçues sur les Gaulois

Voici quelques idées reçues sur les Gaulois. Trois petits textes qui tordent le cou à des mythes tenaces. N’hésitez pas à vous abonner à mon journal, sur la barre latérale, pour avoir davantage de précisions.

Ils n’ont pas peur que le ciel leur tombe sur la tête !

La légende naît d’une anecdote rapportée par un certain Arrien. Avant de partir à la conquête de l’Empire perse, Alexandre le Grand, jeune roi de Macédoine, reçoit une délégation de Celtes installés en Illyrie (ex-Yougoslavie) et sur les bords du Danube. Devant ces barbares, il fait étalage de sa richesse et de sa puissance, se montre dans toute sa splendeur. Il leur demande alors s’il y a quelque chose qu’ils craignent. Il s’attend à ce qu’on lui réponde : « Oui, Alexandre, nous avons peur de toi.» Au lieu de cela, ses hôtes prétendent ne craindre qu’une seule chose  que le ciel leur tombe sur la tête. Certains y ont vu une référence à la foudre du dieu Taranis, d’autres une fin du monde semblable au Ragnarök des Germains. Quand on lit le texte sans présupposé, on comprend qu’il s’agit tout simplement d’une bravade. « Non, répondent les Celtes à Alexandre le Grand, tu ne nous fais pas peur. Nous sommes de vrais guerriers et nous nous mettrons à trembler le jour où la voûte céleste se mettra à vaciller sur ses assises. Autant te dire que ça ne risque pas d’arriver ! »

Les Gaulois sont réputés pour leur courage, voire leur témérité. César parle de soldats se battant torse nu. Ils croient en la métempsychose, c’est-à-dire en la réincarnation (c’est là une croyance indo-européenne qui a eu une influence considérable sur les religions et la pensée de… l’Inde). Leur âme est immortelle, la mort n’est rien d’autre qu’un passage d’un corps à un autre. Ils peuvent ainsi se jeter allègrement dans le vif de la mêlée sans craindre les traits, le fer des lances ou le tranchant des épées.

Ils ne mangent pas de sanglier

C’est une confusion regrettable. Les Gaulois vénèrent le sanglier pour sa force et sa combativité. Cela dit en passant, l’espèce vivant en Europe était beaucoup plus imposante qu’aujourd’hui. Il suffit de se référer aux chasses évoquées dans différents mythes grecs pour s’en convaincre. Le carnyx, entre autres, a la forme d’un sanglier. Il s’agit d’une immense trompette qui lançaient des grondements effrayants sur les champs de bataille. De l’omniprésence de cet animal dans les trouvailles archéologiques, les historiens du XIXe en ont déduit, un peu rapidement, que les Gaulois en faisaient leurs délices dans tous leurs banquets. En réalité, ils vivaient surtout d’agriculture et d’élevage. Pas de pommes de terre, de tomates ou de maïs au menu (tout cela nous vient d’Amérique), mais du blé, de l’orge, du millet et à peu près tous les légumes que nous connaissons. En guise de viande, on fait rôtir du mouton, du bœuf, du cochon et même du chien, le tout arrosé de cervoise et d’hydromel. Les plus riches font venir du vin d’Italie.

Les Gaulois ne sont pas particulièrement blonds

« Nos ancêtres les gaulois étaient blonds aux yeux bleus et avaient la peau claire » trouve-t-on en substance dans les manuels de la Troisième République. On est à la fin du XIXe siècle. L’école est gratuite et obligatoire depuis peu et l’instituteur, la baguette à la main, enseigne l’histoire à nos ancêtres du Midi. Ces confrères répètent la même chose aux Flammands, aux Bretons, aux Limousins… mais aussi aux petits Maghrébins, aux Sénégalais et aux Indochinois !

Les historiens de l’Antiquité font souvent référence à ces caractéristiques physiques quand ils décrivent les Gaulois. De la même manière que les Français sont en moyenne plus blonds que les Italiens, les Gaulois devaient être plus blonds que les Romains. Mais, la raison de cette blondeur omniprésente vient surtout du fait que les Gaulois… se teignaient les cheveux. Ce pouvait être en blond ou en roux. D’une manière générale, ils aiment le clinquant, portent des bijoux en or, des vêtements rayés ou quadrillés, de couleur vive, quand ils en ont les moyens, et accordent une grande importance à leur apparence physique. On oublie la brute sale et hirsute. Les Gaulois ont inventé le savon à partir de graisse et de cendre. Si certains choisissent de porter la moustache, d’autres se rasent avec des rasoirs d’excellente qualité. Les esclaves romains portent une tunique serrée à la taille, les plus riches une longue pièce de tissu dans laquelle ils s’enroulent, la toge. Nos ancêtres portent déjà le pantalon, les braies.

Ces cheveux teints, cet or, ces habits de couleur vives… Les Romains trouvent les Gaulois vaniteux et fanfarons.

Les Gaulois n’écrivent pas

Ou du moins, ils n’utilisent l’écriture, l’alphabet des Grecs de la côte, que pour leur comptabilité. L’enseignement des druides est exclusivement oral. Ces derniers tiennent à conserver leurs secrets et craignent une nouveauté qui pourraient affaiblir leur mémoire. En cela, ils partagent les mêmes idées que le philosophes Platon, qui voit là une invention pernicieuse qui met des connaissances de la plus haute importance à la portée du premier venu.

Le savoir des druides étaient constitués de longs poèmes ‒ le vers facilite la mémorisation. Ce devait être des œuvres splendides, sur les dieux, la médecine, les phénomènes célestes et l’origine du monde. Elles ont disparu peu à peu avec la romanisation et le christianisme. On en retrouve quelques échos dans des épopées galloises et irlandaises du Moyen Âge. Pour le reste, un continent littéraire a sombré dans l’oubli.

Même pour les peuples qui utilisaient l’écriture, nous avons conservé bien peu de textes. L’immense majorité des manuscrits et papyrus ont disparu. De grandes œuvres ont été effacé au grattoir et remplacé par quelques décomptes sans intérêts. Des incendies ont détruit des bibliothèques entières. Et puis, avec l’écoulement des siècles, des chefs d’œuvres immenses sont tombés en poussières faute d’être recopiés.

Il en ira de même de notre littérature, de notre philosophie, de notre cinéma, de ce que nous croyons, de ce que nous aimons, de ce que nous avons pensé. Rien est destiné à perdurer ici-bas.

(extrait du Journal de Saurel de septembre-octobre)

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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