Auteurs classiques et auto-édités, lectures de ces dernières semaines

Cette semaine, j’ai relu et apporté quelques corrections à mon roman. Je me suis concentré sur des points de détails, l’orthographe et le style. C’est un travail long, minutieux et particulièrement pénible. J’ai dû prendre le manuscrit à bras le corps et relire chaque chapitre phrase par phrase en faisant preuve de la plus grande rigueur. Des heures de concentration intense.

Cela m’a pris quatre jours pleins. Après les questions d’orthographe et de style, j’ai besoin de prendre un peu de hauteur et de recul. Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter mes dernières lectures.

Les classiques

Saint Julien fait penser à Charon, ici représenté par Gustave Doré, mais aussi à Oedipe dans la malédiction qui le frappe.

Trois contes de Gustave Flaubert. Trois petits chefs-d’œuvre que j’ai lus à voix haute ce printemps avant d’aller me coucher. Comme l’auteur, j’ai fait passer le texte au « gueuloir ». Un vrai plaisir. On parle beaucoup d' »Un cœur simple ». Je préfère, et de loin, « La Légende de Saint Julien l’Hospitalier ». Un véritable enchantement! C’est un Moyen Âge revisité, merveilleux, celui des châteaux, des chasses fabuleuses, des errances, des malédictions, des transfigurations. Le vitrail d’une église…

Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand. Cela faisait des années que je voulais lire ce recueil de poèmes en prose vanté par Baudelaire. Le diable, la nuit, les sorcières et les alchimistes, tous les thèmes du romantisme sont là. C’est un peu maniéré, mais plein de finesse, de légèreté et de fantaisie!

Genitrix de François Mauriac. Céline disait de Mauriac: « C’est un directeur d’école libre qui a mal tourné! » Il y a du vrai là-dedans. Nous avons affaire à un écrivain catholique au style désuet, mais ô combien agréable! Ses romans sont courts, très sombres, et dépeignent à merveille le milieu étriqué des familles bourgeoises de province. Ces personnages féminins, que ce soit la mère possessive ou l’épouse malheureuse, sont toujours d’une justesse extraordinaire. Le tout baigne dans une pénombre, un sentiment d’enfermement, de claustration, où se jouent des drames puissants.

La Montagne Magique de Thomas Mann. Cette nouvelle traduction, hélas! est épouvantable.

La Montagne magique (Der Zauberberg) de Thomas Mann. Un monument littéraire auquel il faudrait consacrer, non pas quelques lignes, mais des pages entières. Thomas Mann a l’art de faire de ces personnages des symboles et d’aborder les questions philosophiques les plus élevées. La vie dans le sanatorium de Davos, en altitude, n’est pas propice seulement à une réflexion sur le temps (Bergson), la pulsion sexuelle (Freud) et son rapport avec la maladie, en l’occurrence la tuberculose: le drame de l’âme allemande s’y joue, avec un jeune homme commun, Hans Castorp, pris entre l’humaniste Settembrini et le fanatique Naphta. Nul mieux que notre auteur n’a compris les idées, les pulsions, les conflits qui, sous les apparences, agitent un monde germanique beaucoup moins lisse, rigoureux et discipliné qu’il n’y paraît.

Les auto-édités

Le Bonheur d’Anna de William Alcyon. Voilà un roman feel good sur le phénomène de résilience cher à Boris Cyrulnik. Anna a perdu son compagnon dans l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016. Elle se reconstruit peu à peu, apprend à sortir de la bulle dans laquelle elle s’est enfermée et à profiter à nouveau des plaisirs simples de la vie grâce à l’aide d’un mentor. Je ne suis pas un grand adepte de ce style de roman. J’aime les personnages ambigus, aux caractères plus tranchés et des intrigues axées sur le conflit. Pour moi, c’est là le cœur de la littérature. J’ai trouvé également un peu longuets les pauses café, les repas bio et les menus dans les bons restaurants de Normandie. Mais ce  roman fait du bien. C’est indéniable. En ces temps incertains, il apporte un peu de baume au cœur! Et puis, le nom de plume de l’auteur est une belle trouvaille. Alcyon, nom poétique d’un oiseau marin… On se souvient de vers d’André Chénier:

« Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez ! »

Tsahan d’Alex Parker. Ce roman de SF a reçu beaucoup de critiques positives – sûrement méritées – mais je n’ai pas réussi à entrer dedans. Dans ce genre de littérature, on crée un monde avec ses lois, ses personnages, une configuration particulière. Le lecteur peut s’y sentir à l’aise ou étranger, comme cela a été mon cas. Dernièrement, je n’ai pas apprécié non plus les nouvelles d’Asimov sur les robots, nouvelles tant vantées.

La Mort immortelle de Cixin Liu.

Mais, puisque nous en sommes à évoquer la Science Fiction, j’ai été plus que fasciné par La Mort immortelle du chinois Cixin Liu. Cet auteur est un génie. Il n’imagine pas le futur de l’humanité en usant de paramètres arbitraires, mais en s’appuyant sur des découvertes et des évolutions tout à fait plausibles. C’est un physicien et un romancier d’exception qui sait tirer parti de la théorie des cordes et d’univers aux dimensions multiples. Vous n’arrivez pas à vous représenter un monde doté de quatre dimensions spatiales? Cixin Liu y parvient, et il parvient à vous en donner une idée!

Pour terminer, quelques nouvelles en italien tirées du Progetto Babele, une revue littéraire. Une seule m’a plongé dans le quotidien de cette vie citadine, cette convivialité chère aux Italiens, la dolce vita. En plein confinement, ce fut un plaisir pour moi que d’assister à la soirée bien arrosée de jeunes avocats. Mais, les autres textes m’ont paru bien ternes. Il faut dire que je lisais en même temps les short stories de Roald Dahl, un maître en la matière. En quelques lignes, on entre dans une histoire, on s’identifie à un personnage et, surtout, on est pris dans un enjeu. L’art du suspense est là. C’est fin, enlevé, prenant, et l’on est si étonné par la chute qu’on repense longtemps à la nouvelle dans son ensemble.

Voilà donc pour mes quelques lectures de ces dernières semaines. Je n’ai pas parlé des auteurs que j’ai interviewés – vous pouvez les découvrir dans les précédents articles. Je n’ai pas abordé non plus quelques recherches sur les mythes effectués hier (Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell). Peut-être consacrerais-je un article à ce sujet ultérieurement. C’est tout à fait passionnant. J’espère vous avoir donné quelques envies de lectures. Il va de soi que les jugements que vous trouverez ici sont parfaitement subjectifs.

Auteur : Saurel

Jean-Sébastien Peyronnet. Né en 1980, je vis en Ardèche. Profession: auteur. Passionné d'écriture, de littérature et de philosophie.

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