L’enfant qui pleure en nous

Petit retour sur la genèse de Ne nous laissez pas seuls

L’idée de ce roman m’est venue en novembre 2015, à mon retour du Mexique. Je sortais d’une journée de cours harassante. Le temps était au gris depuis plusieurs jours, il faisait nuit. Pour tout dire, j’étais profondément déprimé. Je tournais dans ma tête mes déboires amoureux et ressentais au fond du cœur une déception vague et lancinante. La pluie dégoulinait des toits. Je me sentais bien seul en rentrant chez moi.

Je repensais au collège, à l’adolescent que j’étais, vif, dynamique, et pourtant tourmenté. « Mon destin ne s’est-il pas noué à ce moment-là de mon existence? me disais-je. N’est-ce pas, quelque part, en ces années 90, que mon caractère s’est développé, ma personnalité a pris forme? que je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui? Dans un autre milieu, avec un entourage différent, j’aurais été quelqu’un d’autre… »

Comme souvent, dans mes moments de créativité, tout est parti d’une image. J’ai vu un adolescent de petite taille qui éclatait en sanglots dans ma salle de classe. Le professeur que je suis devenu consolait, comme il pouvait, le jeune homme que j’étais.

Je me suis mis au travail pendant les vacances de Noël. J’ai écrit tous les jours, même pendant les fêtes, et couché un premier jet, par ailleurs inachevé. Deux récits se développaient parallèlement et s’entrecroisaient: celui du narrateur, un professeur emporté, et celui de l’un de ses élèves, à la troisième personne.

Je tiens à préciser que mon roman n’est pas autobiographique. Delorme ne vient pas, comme moi, de Sainte-Eulalie, en Ardèche, mais de Lyon. Baptiste n’est pas un campagnard du cru, mais un petit gars dont les parents sont des hippies. J’ai voulu différencier mes personnages, créer une opposition marquée. Montpezat m’a inspiré le cadre du récit, mais j’ai retravaillé ou inventé bien des noms de lieux. Je n’ai jamais mis les pieds dans son petit collège et ne connais aucun des enseignants qui y travaillent.

Début 2016, j’ai laissé reposer mon manuscrit et, aux vacances de février, me suis consacré à l’écriture d’une série de nouvelles satiriques. Je n’ai repris mon roman qu’aux vacances de printemps. J’ai modifié le caractère du narrateur ‒ il était trop emporté ‒, ai ménagé une montée de la tension et concentré davantage l’intrigue.

Pendant les grandes vacances, j’ai condensé de longs retours en arrière sur le parcours de Delorme, le narrateur, et développé les épisodes traitant de Baptiste, afin de donner à l’histoire une plus grande unité. J’ai écrit, à la main, une fin dont je suis assez satisfait.

J’ai laissé reposer la belle, comme le recommande Stephen King dans Ecriture. Rentrée 2016, rentrée éprouvante avec la réforme des collèges et ses nouveautés aberrantes. Reprise du texte, lecture à tête reposée: un chapitre à retravailler et quelques passages qui jurent dans l’ensemble. Relecture pour la partie orthographe – c’est beaucoup plus long qu’on ne pense – et, enfin, publication sur Amazon.

Soulagement. Joie. « Peu importe ce que mes lecteurs vont en penser », me suis-je dit. J’ai achevé mon œuvre, crevé un abcès, consolé le petit garçon qui pleurait en moi.

Rembrandt, Le Retour du fils prodigue
Rembrandt, Le Retour du fils prodigue