La princesse et le chevalier

Voici le passage le plus romantique du Siège de Kerdoar, mon dernier roman. Alaric a chevauché toute la nuit. Somnolent, il se souvient de son premier voyage à Kerdoar. Il était alors chasseur et vendait des peaux. On trouvera dans ce texte une réminiscence de Tristan et Iseut. Je vous laisse la découvrir.

Si la mer derrière lui était encore sombre, au hasard des indentations de la côte, l’horizon, devant, commençait à pâlir. Quittant la lande, Alaric s’enfonça dans un chemin creux bordé de fougères et d’arbres que le vent de l’aube faisait frémir. Un moment réveillé par la fraîcheur, il replongea dans ses souvenirs.

John William Waterhouse, Windflowers
John William Waterhouse, Windflowers

Il gagnait l’enceinte haute et les halles où se faisait le commerce des peaux. Avait-il tiré un bon prix de ses fourrures de martre ? Il en était persuadé en voyant son client délier sa bourse et lui compter sept ou huit écus. Il l’était beaucoup moins aujourd’hui qu’il connaissait mieux la valeur des choses. Et puis, émerveillé par la hauteur du donjon et la beauté de la tourelle plus claire qui le flanquait, il avait vagabondé jusqu’à se retrouver seul, sous une échauguette. Assise sur le rebord de la croisée, là-haut, une jeune fille peignait sa longue chevelure. Elle fredonnait un air qui lui était inconnu et il restait immobile, les yeux tournés vers le ciel, à l’écouter et à la contempler. Jamais, il le comprit aussitôt, il n’aimerait d’autres femmes. Deux filaments se détachèrent, flottèrent longuement dans les airs avant d’être recueillis par le jeune homme. Deux cheveux qu’il enroula autour de ses doigts avec d’infinies précautions.