Children of Time (Dans la toile du temps) d’Adrian Tchaikovsky

Children of Time (Dans la toile du temps) d’Adrian Tchaikovsky, un roman de SF assez incroyable que je viens juste de terminer. Deux secondes… J’éteins ma liseuse et vous touche un mot de ce petit bijou.

Les codes de la SF… revisités

Children of Time d'Adrian Tchaikovsky
Children of Time d’Adrian Tchaikovski

On retrouve là-dedans les codes du genre, des réminiscences de La Guerre des étoiles et d’Alien, les classiques, les incontournables, mais traités avec une audace et une originalité qui me laissent sans voix. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec les concepts qui sous-tendent l’oeuvre, l’auteur a marché sur une corde raide et, s’il avance par moment d’un pas hésitant, il opère la traversée avec brio.

Pourquoi? Laissez-moi vous résumer en deux mots le cœur de l’intrigue. Rassurez-vous, je ne vous dévoilerai rien d’important. Juste quelques précisions pour vous donner envie d’y jeter un œil. Rien de plus.

Un projet grandiose…

Héritière d’une civilisation avancée, Avrana Kern décide d’implanter des singes sur une planète lointaine qu’elle a préparée pour les accueillir. Un virus doit développer leur intelligence. Elle retournera des années plus tard dans ce Jardin d’Eden, où ses créatures l’adoreront comme une déesse. Mais, au moment où le vaisseau s’apprête à larguer les singes et le virus, une révolte éclate dans l’Empire et se répand parmi les membres de l’équipage. Avrana Kern a le temps de télécharger toute son intelligence dans un satellite tandis qu’elle plonge dans un sommeil séculaire, errant à bord d’une navette, dans l’immensité de l’univers.

… mais qui avorte en parties

Elle ne sait pas que ses singes ont péri, mais que le virus s’est répandu sur la « Planète verte », sa planète. Toutes sortes de créatures pullulent déjà à sa surface. Les potentialités du virus aurait pu profiter à de petits mammifères, des rongeurs (cela aurait été mignon) ou des fourmis, à la manière de Bernard Werber. Non! Les fourmis vont évoluer, certes, sous la forme d’une immense entité, sans conscience, destructrice et en continuelle extension. Mais ce sont… les araignées qui vont tirer le meilleur parti des capacités évolutives qui leur sont offertes. Oui! Des araignées! On assiste à l’essor d’une civilisation inédite et au développement d’une technologie tout à fait originale.

Une arche de Noé sans animaux

Quelques millénaires plus tard, après l’effondrement de l’Empire, des hommes sont sortis de la barbarie et ont profité des vestiges laissées par leurs prédécesseurs. Une sorte de Renaissance. Mais la Terre devient peu à peu inhabitable à cause d’éléments toxiques issus des guerres anciennes. Quelques milliers d’hommes, plongés pour la plupart dans un sommeil artificiel, s’en vont à jamais sur un vaisseau, le Gilgamesh (référence pour le moins intéressante à un héros sumérien en quête d’immortalité). La « Planète verte », apparaît après des siècles d’errance. Une Terre Promise.

Un roman néo-colonial?

Trois acteurs: les araignées qui portent de générations en générations les mêmes noms, noms arbitraires (call her Portia); les hommes avec Holsten (the classicist, dernier homme à connaître la langue de l’Empire) et Lain, une ingénieure qui jure comme un charretier; Avrana Kern, qui n’est plus qu’une entité spirituelle, un corps céleste qui veille jalousement sur sa planète. On pourrait s’attendre à un roman de SF traditionnel. Des aventuriers, ces restes d’une humanité à la dérive, débarquent en ce monde lointain et y sont confrontés à des créatures tout droit sorties d’un cauchemar. Après des combats épiques et désespérés, leur vaisseau détruit, leurs armes en piteux état, ils parviennent malgré tout à triompher de l’ennemi et à coloniser la planète. C’est ce que l’on aurait eu dans un bon vieux roman d’aventures du XIXe.

Mais pas au XXIe, avec Tchaikovski!

Et la confrontation?

Les dissensions à bord du Gilgamesh, et les différents réveils d’Holsten (ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur dans le récit) alternent avec une fresque superbe décrivant dans toute sa complexité l’histoire des arachnides. Comme s’il s’était lancé un défi, l’auteur réussit un double tour de force: maintenir l’intérêt du lecteur dans un roman qui couvre des millénaires et nous rendre sympathiques et attachantes les créatures les plus affreuses qui soient. Dans certains commentaires sur Amazon, de grands arachnophobes avouent même avoir été émus jusqu’aux larmes! De là, on se demande bien comment va tourner la confrontation. Le lecteurs apprécie tout autant le vieil Holsten, un savant d’un autre âge, que les araignées géantes qui ont envahi la « Planète Verte »…

Un auteur à suivre!

Tchaikovski a trouvé une solution pour le moins invraisemblable au problème, comme la technologie qu’il imagine pour ces créatures et les images qu’elle font naître en nous. Le pire… c’est que ça fonctionne! On est conquis. On en redemande! La fin n’est pas ce que j’ai le plus apprécié. Mais bon sang! Elle est sacrément bien amenée et, une demi-heure après avoir éteint ma liseuse, je me dis que ce Tchaikovski ne manque pas d’audace. Un auteur jeune, talentueux (quelques travers bien anglo-saxons dans le style), bourré d’imagination et capable d’embrasser des millénaires dans un roman. J’ai hâte de lire ces autres bouquins. Et pour mieux goûter son talent, je me les procurerai dans le texte original. C’est la moindre des choses.