Un Ardéchois à Grenoble

Quelques impressions sur une journée à arpenter la ville de Grenoble. Le point de vue distancié d’un campagnard que la saleté, la décrépitude, les tags, l’écologie d’une ville et sa politique des transports ont laissé songeur…

Grandeur et décadence

Grenoble est un ville laide, entourée de montagnes splendides. On s’y sent oppressé par des immeubles aux façades noircies, des trottoirs jonchés de crachats et de détritus et envahis d’odeurs nauséabondes de poubelles ou de vomis.

Les citadins ne se rendent pas compte de ce qu’il y a de repoussant pour un campagnard dans leur cadre de vie. Je préfère les pâturages en friche de mon Ardèche natale aux rues décrépites des grands centres urbains, la puanteur d’un tas de fumier ou de bouses de vache – cent fois ! – aux remugles des transports en commun. Les villes françaises laissent au promeneur une impression prégnante de décadence, un sentiment que devaient éprouver les Français qui visitaient Venise au XVIIIe siècle. On n’a pas cette impression en Asie – je pense plus précisément à Shanghai – et il saute aux yeux, en comparant les deux extrémités du continent eurasiatique, que la prospérité et le progrès se sont déplacés depuis longtemps, sans qu’on ait voulu en prendre acte. Translatio opum et potentiae, dirais-je, pour paraphraser les penseurs du Moyen Âge. Déplacement des richesses et du pouvoir…

Le béton et les tags

La ville a pris de plein fouet les manifestations de gilets jaunes et les actions menées contre la réforme des retraites. Des tags sur tous les bâtiments, même dans les quartiers huppés, sur les rideaux métalliques des magasins, la moindre surface de pierre ou de béton, et jusque sur une pile du pont de la Citadelle – je ne sais comment on a pu l’atteindre. Sur une casemate désaffectée, à la cime de la Bastille, un immense slogan anarchiste.

Eric Piolle
Eric Piolle. « Ici, c’est Grenoble! » ai-je lu sur une affiche collée près de tags et de sacs poubelles entassées. Le maire sortant n’est pas responsable des dégradations et du laisser-aller, mais le slogan m’a paru on ne peut plus mal choisi…

Certains ont de quoi surprendre. Love nature, hate police. On ne peut davantage « détester » la nature qu’en utilisant une bombe de peinture. En matière d’art, il me semble que rien n’est plus éloigné de l’Idée de Beau et que seuls des citadins déracinés ont pu s’enfoncer aussi profondément dans de tels abîmes de laideur.

Je déteste le béton. C’est un matériau qui vieilli mal et la tour qui se dresse place Prévert est une des nombreuses monstruosités du XXe siècle. De la ville, je ne mettrai à part que la place de Verdun, qui rappelle Paris par sa majesté et sa magnificence, et les bords de l’Isère, aux environs du musée – il y reste un je ne sais quoi des charmes de la ville ancienne.

Un peu de bonne conscience écologique…

Le tram de Grenoble, près de la gare routière.
Le tram de Grenoble m’a rappelé le temps où je lisais Le latin sans peine en me rendant à la fac, à Lyon! J’étais étudiant et je passais les concours qui devaient me mener à une carrière désastreuse de quinze ans dans l’Education nationale…

Frappé d’impressions purement négatives, j’ai été assez consterné par le vernis d’écologie que se donne la ville. Quelques immeubles équipés de panneau solaire et un ou deux cyclistes qui attendent aux feux rouges. Tout l’esprit du temps est là. Des gens qui se gargarisent de beaux discours au milieu d’une déchetterie que leur paresse et leur nonchalance ont élevée. Entre nous, je ne jetterais pas la pierre aux hommes de droite ou de gauche, aux écologistes ou à La République en Marche, mais aux citoyens eux-mêmes.

Si vous voulez œuvrer pour la planète, ne laissez pas traîner dans le tram les cochonneries que vous avez achetées à MacDo, ne jetez pas vos mégots dans les égouts et n’enlaidissez pas davantage votre environnement immédiat par des slogans puérils. Au lieu de taguer votre mal être, faites votre possible pour vous y arracher. Construisez au lieu de détruire!

Enfin, je dis ça pour vous… C’est vous qui vivez là-dedans…

Prenez les transports en commun, qu’ils disaient!

Le cahier jaune sur lequel j'ai écrit ce texte et pris des notes à la bibliothèque universitaire. Des tickets et ma carte bleue. Un peu de menue monnaie tirée de mes poches... Mieux vaut ne pas savoir combien j'ai dépensé dans les transports pendant mon séjour!
Le cahier jaune sur lequel j’ai écrit ce texte et pris des notes à la bibliothèque universitaire. Des tickets et ma carte bleue. Un peu de menue monnaie tirée de mes poches… Mieux vaut ne pas savoir combien j’ai dépensé dans ces foutus transports pendant mon séjour!

Pour clore le chapitre sur l’écologie – et là je m’en prendrai à la politique de la ville – les transports en commun sont hors de prix. Il faut ajouter à cela les règlements stupides. Un matin, j’ai pris deux tickets, un aller et un retour Villard-de-Lans – Grenoble. Il m’a fallu jeter le second le soir-même. Valable trois heures, il était périmé. Généralement, on trouve toujours un petit malin pour vous expliquer après coup qu’il fallait prendre un « pass », réserver sur Internet un mois à l’avance en créant un compte. Concrètement, je me suis trouvé un matin dans une gare routière au guichet fermé, avec pour seul interlocuteur une grosse machine bleue… qui ne m’a guère renseigné.

D’un point de vue éthique, je ne comprends pas pourquoi l’hôte de passage paie le prix fort, pourquoi les services publics se sont à ce point dégradés dans des zones traditionnellement de gauche, pourquoi enfin la mairie écologiste ne met pas en place des tarifs qui incitent vraiment ses administrés à laisser leur grosse berline au garage.

Je ne fais que donner mon avis!

Mais je vais m’arrêter là. J’entre dans des sujets polémiques et le rustre que je suis ne sera pas compris des citadins qui s’accommodent au quotidien de ces règles de vie. Je ne fais que leur donner un avis extérieur. A eux de juger de la pertinence de mes remarques…