Petite histoire de Grenoble

Suivant la feuille de route que je me suis fixée à mon retour de Grenoble, je vous livre ici un petit condensé de l’histoire de la ville, agrémenté de quelques pensées et réflexions.

De Cularo à Gratianopolis

Au Ier siècle av. J.-C., alors que les généraux illustres, Jules César, Pompée, Crassus, puis Mars-Antoine et Octave se livrent à des combats dignes de Game of Throne, Grenoble n’est qu’une petite bourgade à l’extrémité du territoire de la tribu gauloise des Allobroges. Au pied des cols, elle défend la route qui conduit de la florissante Vienne à l’Italie. La ville porte alors le nom de Cularo comme l’atteste une lettre de Lucius Munatius Plancius, fondateur de Lyon, qui rend compte à Cicéron des manœuvres de son armée.

Scr. Cularone in finibus Allobrogum VIII. Idus Iun. a.u.c. 711.

« Ecrit de Cularo, aux limites du territoire des Allobroges, le 6 juin 42 av. JC »

Lucius Munatius Plancus
Lucius Munatius Plancus

Dans les quelques lettres qui nous sont parvenues apparaît un général tourmenté, sensible et sincère dans ses amitiés. L’image est trompeuse. Munatius Plancus est une girouette. Il survivra à la Guerre Civile, contrairement à Cicéron – dont Marc-Antoine fera trancher la tête et les mains. Comme souvent dans les périodes troublées, ce sont les hommes falots et calculateurs, ceux que l’on sous-estiment, qui tirent leur épingle du jeu. Le jeune Octave devient « Auguste » et notre Munatius Plancus, passant d’un camp à l’autre, mourra se sa belle mort, à un âge avancé.

A la fin du IVe siècle, la ville devient chrétienne et prend le nom de l’empereur Gratien. Gratianopolis évoluera en « Grenoble ». Période charnière que ces années 380-390. Quelques décennies seulement après la fin des persécutions (édit de Milan de 313), le christianisme devient religion officielle de l’Empire. Changement rapide des rapports de forces entre chrétiens et païens. Gratien fait enlever une statue de la Victoire, de la Curie où se réunit le Sénat. Peu après, à la tête de la partie orientale de l’Empire, Théodose affronte son rival Eugène qui, à Rome, s’appuie sur une réaction païenne. Première guerre de religions. A la bataille de la Rivière froide, les partisans des dieux anciens sont vaincus. Le paganisme ne s’en relèvera pas. Les temples sont détruits ou changés en église, les jeux olympiques interdits. Un siècle où se mettent en place les dogmes de la religion catholique, et où le monde ancien bascule irrémédiablement vers une ère nouvelle. La civilisation chrétienne, notre civilisation, est alors en train de naître.

Gratianopolis comporte un évêché et tout au plus 2000 habitants.

La capitale du Dauphiné

Au printemps dernier, un mercredi après-midi, je quittai le lycée où je travaillais, à Saint-Romain-en-Gal, traversai le Rhône et me rendis à Vienne. En 1312, me disais-je, au moment du Concile qui voit la dissolution de l’Ordre des Templiers, je serais sorti du royaume de France pour entrer dans le Saint-Empire-Romain-Germanique. A plus forte raison, j’aurais été en pays étranger à Grenoble ! Grâce aux comtes d’Albon, la ville est alors capitale du Dauphiné et ne sera rattaché à la couronne de France que sous les Valois, en 1349, alors qu’un tiers de la population européenne est anéanti par la Peste noire (le Coronavirus est peu de chose à côté).

Au siècle suivant, la région est administrée par un dauphin énergique, le futur Louis XI. Selon Stendhal, c’est lui « qui a donné son empreinte au caractère dauphinois ». Un esprit d’indépendance et une certaine méfiance à l’égard de Paris.

Le duc de Lesdiguières
Le duc de Lesdiguières

Deuxième figure marquante, le duc de Lesdiguières, qui, pendant les Guerres de Religions, reprend Grenoble aux catholiques de la Ligue et fortifie la ville, notamment la Bastille, qui prend l’allure d’un Capitole démesuré. De son œuvre, il reste encore quelques courtines et des échauguettes. Grenoble, comme aux temps des Allobroges, est une place forte, une ville de garnison aux frontières du royaume. Près du duché de Savoie, elle verrouille les cols.

La houille blanche

Fontaine au lion
Fontaine au lion. Un symbole puissant. Depuis l’Egypte antique, pour se développer, une ville, une civilisation doit maîtriser les caprices d’un fleuve.

Grenoble se situe à la confluence de l’Isère et du Drac et, comme beaucoup de villes, elle eut à subir les crues dévastatrices de ces deux rivières. En les maîtrisant, ce que symbolise le lion domptant un serpent ci-contre, elle assura non seulement sa sécurité, mais aussi sa prospérité.

Avec l’utilisation du charbon, la Révolution industrielle maîtrise le feu, Grenoble domptera l’eau, la « houille blanche ». L’énergie hydraulique permet le développement de papeterie, puis la production d’électricité. En 1925, a lieu à Grenoble l’exposition internationale de la houille blanche et du tourisme organisée par le maire de l’époque, Paul Mistral. Il en reste seulement, dans un vaste parc, une tour de béton qui a mal vieilli.

Le canard digérateur (photo présumé)
Le canard digérateur de Vaucansson (photo présumé). Cette conception mécaniste de l’animal et, plus généralement, du vivant remonte à Descartes, le philosophe qui, selon moi, a le plus contribué à la pensée moderne.

Depuis le « Canard digérateur », curiosité de Jacques Vaucansson au XVIIIe, jusqu’aux mathématiques, à l’informatique et à l’électronique, Grenoble est une ville d’innovation. Une ville de gauche également, depuis la journée des Tuiles de 1788, qui préfigure la Révolution. Jouant un rôle majeur dans la Résistance, elle est surnommée « capitale des Maquis ». Dans les années 60, des réalisations urbanistiques comme le quartier de la Villeneuve témoignent d’un socialisme utopique. Un idéal de mixité sociale qui a tourné au désastre.

Aujourd’hui, sous le mandat d’Eric Piolle, maire écologiste, Grenoble est une des villes de France où l’on voit le plus de gens à vélos, où, au hasard d’une promenade, on voit fleurir des panneaux solaires sur le toit d’un immeuble. Pendant mon séjour, j’ai été surpris, paradoxalement, par la saleté de la ville.

Mais je réserve mes réflexions pour un article que je mettrai en ligne demain…

Un immeuble à énergie positive.
Un immeuble à énergie positive.

Vendredi 13, origines d’une superstition

Le vendredi 13 est par excellence la journée des superstitieux. Jour de malheur pour les uns, de chance pour les autres. On craint d’apercevoir le bout de la queue d’un chat noir, on évite de passer sous une échelle ou, au contraire, on se précipite chez le buraliste du coin pour jouer au loto.

Mais alors, pourquoi le vendredi? Et pourquoi le nombre 13?

Le dernier repas du Christ

Léonard de Vinci, La Cène, Milan

Le Christ, selon Saint Jean, aurait été crucifié un vendredi. La veille, il prend son dernier repas, la Cène (du latin cena « dîner ») en compagnie de ses douze apôtres. Treize personnes à table (on dit encore que cela porte malheur), le treizième étant Judas. Et Jésus sait déjà qu’il va le trahir…

Preuve s’il en est que le Christianisme est à l’origine des croyances les plus profondément ancrées dans notre inconscient collectif.

Philippe le Bel et les Templiers

C’est un vendredi 13 également (13 octobre 1307) que le roi de France Philippe le Bel fait arrêter les Templiers.

Petit rappel historique. Les Templiers sont des moines-soldats qui assurent la sécurité des pèlerins chrétiens se rendant en Terre Sainte. Ils résident près du temple de Salomon, d’où leur nom de chevaliers de l’Ordre du Temple. Ces derniers revien-

Philippe le Bel, « le roi de fer ». « Ce n’est ni un homme, ni une bête, disait un de ses contemporains, c’est une statue. »

nent en France avec l’effondrement du royaume franc de Jérusalem. Leurs établissements, ou commanderies, se multiplient un peu partout en Occident. Les dons affluent et nos moines-soldats deviennent rapidement les banquiers de l’Europe.

De quoi attirer la convoitise d’un roi à court d’argent.

Philippe le Bel prend pour prétexte des témoignages on ne peut plus douteux – les Templiers cracheraient sur la Croix et

s’adonneraient à des pratiques sexuelles contre nature – pour les faire arrêter. Le pape Clément V, de mèche avec le roi, décide la dissolution de l’ordre au concile de Vienne (en Isère). Les biens des moines sont confisqués.

La malédiction du grand maître de l’ordre

Bien mal acquis ne profite jamais. On connaît la suite de l’histoire: la malédiction du grand maître de l’ordre, Jacques de Molay. Son bûcher se dresse à l’extrémité ouest de l’île de la cité, sur ce qu’on appelait jadis l’île aux Juifs (au pied de l’actuel Pont-Neuf). Le condamné disparaît au milieu des flammes qui s’élèvent et tourbillonnent. Alors qu’on le croit mort, il s’écrie: « Les corps sont au roi de France, les âmes sont à Dieu. » Et il cite le roi et le pape à comparaître devant Dieu dans les quarante jours.

C’était le 18 mars 1314. Clément V meurt le 20 avril et Philippe le Bel le 29 novembre…

Les attentats de Paris

L’émotion de deux policiers suite aux attentats du Bataclan (Une du Huffingtonpost).

C’est encore un vendredi 13, en 2015 – nous ne le savons que trop – qu’ont été commis les attentats de Paris, attentats les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale. 413 blessés et 138 morts. Le chaos dans la capitale et un carnage sans nom au Bataclan…

Voilà pour le vendredi 13. Une prochaine fois, je vous parlerai des années en 14 dans l’histoire de France. Vous y découvrirez quelques curiosités…