Alexandre Page – Partir, c’est mourir un peu (2)

Aujourd’hui, comme prévu, nous allons nous intéresser à la Russie du début du XXe siècle, au tsar Nicolas II, à Raspoutine et à la Révolution de 17. Retournons à notre spécialiste, Alexandre Page, auteur du roman historique Partir, c’est mourir un peu et voyons ce qu’il a nous dire sur le sujet…

Quand on évoque la Russie avant la guerre de 14, on parle d’un « rouleau compresseur », et pourtant il s’agit plutôt d’un colosse aux pieds d’argile. Est-ce que vous pouvez dresser un tableau très rapide de cet immense empire, afin que l’on comprenne mieux le cadre dans lequel se joue le drame de votre roman?

Question complexe, mais pour faire simple la Russie a subi de profondes transformations sous le règne de Nicolas II qui l’ont faite entrer dans un temps de modernité et de prospérité (l’Age d’argent) tout en la fragilisant (exode rural, aspirations indépendantistes en Pologne, Finlande…, émergence d’une classe bourgeoise jalouse des prérogatives aristocratiques, fonction publique pléthorique et anarchique…) Avant la guerre, la Russie subit de nombreux attentats, des grèves ouvrières, et la guerre vient ajouter à la déstabilisation. La bourgeoisie qui tient les industries pense l’exploiter contre la noblesse ; les adeptes de la Russie russe tentent d’en profiter pour se débarrasser des Russes allemands, des Juifs et des Tatars ; la noblesse francophile russe tente d’en profiter pour rendre plus « républicaine » la Russie du tsar et magouille avec les Français et les Anglais pour cela ; l’état-major russe, incompétent, cherche un bouc-émissaire pour ses erreurs et désignera l’impératrice d’origine allemande… Bref, chacun essaye de tirer profit du conflit, et finalement ceux qui passeront entre les gouttes seront les bolcheviks avec le soutien de l’Allemagne.

« Hark! Hark! The dogs do bark! » Cette carte montre avec beaucoup d’humour la situation entre puissances avant la Guerre de 14. Les Empires centraux dont l’alliance est représentée par une laisse, sont pris en étaux par les chiens français et anglais et le rouleau compresseur russe. Le chien allemand a les moustaches du Kaiser Guillaume II!

A travers le récit de votre narrateur, un certain Igor Kleinenberg, on découvre une famille très attachante. Le tsar Nicolas II est avant tout un bon père de famille, un souverain humain, simple et généreux. Pendant la Première Guerre mondiale, l’impératrice et ses filles font preuve d’un dévouement extraordinaire auprès des blessés dans les hôpitaux. Il y a quelque chose de christique dans le parcours de cette famille. Est-ce que vous ne pensez-pas, néanmoins, que le tsar a manqué de poigne au vu des circonstances? Pour reprendre un mot de Machiavel, est-ce que la situation n’exigeait pas « un lion pour faire fuir les loups »?

Le tsar Nicolas II

Oui, c’était la différence entre Alexandre III et Nicolas II. Alexandre III, très marqué par la mort dans un attentat d’Alexandre II, avait utilisé la force brute pour tenir le pouvoir. Clairement ce n’était pas le caractère de Nicolas II qui a commis de nombreuses erreurs, à commencer par la grâce qu’il a
accordée aux futurs bolcheviks avant la guerre, qui revenus en Russie ont repris de plus belle leur propagande au pire moment. On se rend compte aussi que son refus de la propagande diffamante pendant la guerre, quoique noble, était une erreur d’un point de vue purement militaire, alors que les Allemands jetaient des tonnes de tracts contre l’impératrice dans les lignes russes. Il a clairement placé sa conduite morale et devant Dieu avant les contingences « matérielles » qu’exigent parfois le pouvoir. Attitude commune à la famille impériale de manière générale.

J’en viens maintenant à Raspoutine. On rappellera qu’il s’agit d’un mystique, doté d’une aura certaine, qui gravite dans l’entourage de la famille impériale et use de ses talents de guérisseur pour soigner le tsarévitch Alexis, – ce dernier souffre d’hémophilie. J’espère ne pas me tromper. Dans votre roman, vous faites un sort à la légende noire et à toutes les rumeurs autour du personnage. Avec du recul, que pensez-vous de cet homme et du rôle qu’il a pu jouer, plus ou moins malgré lui, dans le discrédit de la famille impériale?

Raspoutine. La photo parle d'elle-même. Cet homme était à la fois un fanatique et un possédé.
Raspoutine

Il faut savoir que Raspoutine n’est déjà pas une figure si singulière dans la Russie de cette époque très adepte de l’occulte (d’ailleurs, avant Raspoutine, la famille impériale avait un mage français à ses côtés). Au début du XXe siècle il y a aussi en Russie quantité de voyants, d’ascètes qui s’enferment
volontairement dans des prisons… Ce qui a été reproché à Raspoutine n’était pas tant ses pouvoirs ou même sa vie dissolue (il allait voir les prostituées, mais comme toute la société russe du temps aux mœurs très libres), que l’affinité qu’il avait réussi à nouer avec la famille impériale mieux que toute la noblesse pétersbourgeoise. Celle-ci était jalouse de ses entrées au palais alors que l’impératrice en particulier détestait le monde feutrée de l’aristocratie. De la même manière, cette noblesse jalousait Anna Viroubova, issue de la petite noblesse, pauvre et pas très belle, qui pourtant était la plus proche amie de l’impératrice contre les grandes aristocrates du temps. Cette jalousie fera courir des rumeurs, et conduira à ériger Raspoutine en monstre, alors même que ses enfants et sa femme ont laissé des témoignages en totale contradiction avec cette image.

Le tsarévitch Alexis

Ce qui est certain c’est que Raspoutine avait compris par exemple que l’aspirine aggravait l’hémophilie du tsarévitch au lieu de la soigner, qu’il était pris entre ses passions et son amour de Dieu, et que sa mort a été très préjudiciable à la famille impériale. Le peuple perdait son représentant auprès du tsar, et les coupables étaient de la noblesse. Ça a probablement accentué les soulèvements.

Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur la fin du tsar et de sa famille liront votre roman avec profit. J’aimerais que l’on parle de la Révolution de 17. Comment expliquez-vous que des individus assez médiocres comme Kerenski, puis des aventuriers et des criminels comme les bolcheviques, aient pu renverser aussi facilement l’empire et une dynastie régnant depuis trois siècles? Comment expliquer surtout qu’un dirigeant comme Staline ait pu véhiculer l’image d’un tsar cruel et despotique? C’est le monde à l’envers!

L’image de Nicolas II était assombrie bien avant Staline. C’est une propagande naît avant même la révolution, autour de scandales dans lesquels le tsar avait peu de responsabilités en fait (comme celui de la Lena qui vaudra d’ailleurs son surnom à Lénine). En France aussi on a relayé des histoires totalement fausses dans la presse socialiste, à une époque où les fake news étaient légions, mais difficiles à contredire ! Pour le reste, comme encenser l’empire sous Staline conduisait tout droit au goulag, seul le récit autorisé pouvait circuler auprès de la population.

Pour la révolution de mars 1917, clairement elle a été permise par le soutien de l’état-major des armées russes. Qui tient l’armée tient le pouvoir. Sans compter que la France et l’Angleterre, par le truchement de leurs ambassadeurs, ont tout de suite soutenues le mouvement. Pour le reste, je crois qu’il y avait aussi un certain souhait du tsar de ne pas ajouter au contexte de la guerre une guerre civile en s’accrochant à un pouvoir auquel il n’avait jamais vraiment tenu lui-même. La seule chose qui le raccrochait à son statut était la promesse qu’il avait faite à son père de préserver l’héritage dynastique, mais tout son règne durant il était taraudé par cette idée que cet héritage n’était plus vraiment en adéquation avec l’époque. Je pense que l’abdication en faveur de son frère et la mise en place d’un gouvernement provisoire lui paraissaient un compromis acceptable entre les deux et permettrait en même temps de sortir plus vite la Russie de la guerre.

Pour terminer, comment est perçu Nicolas II dans la Russie d’aujourd’hui?

Natalia Poklonskaïa

Il y a un rapport très ambigu. D’un côté il y a de fervents royalistes qui en ont fait leur icône, parmi lesquels des personnes très influentes dans la politique russe comme Natalia Poklonskaïa. Le milieu orthodoxe aussi en a fait, avec sa famille, un porte-étendard. Mais d’un autre côté pour beaucoup de Russes la première guerre, la révolution sont une période sombre un peu tabou. Poutine essaye d’ailleurs de jouer l’équilibriste entre ces deux tendances, donnant justement des postes importants à des personnes du cercle royaliste comme Natalia Poklonskaïa, tout en défendant l’héritage soviétique dont il est un peu le représentant en tant qu’ancien du KGB. Mais de manière générale l’héritage impérial intéresse de plus en plus les Russes, en particulier une jeunesse post-URSS qui n’est plus trop concernée par la dimension politique du problème et se concentre sur la dimension historique et patrimoniale.

Un grand merci à Alexandre Page pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à mes questions! Si vous êtes férus d’histoire, n’hésitez pas à vous procurer Partir, c’est mourir un peu. Ce roman historique est riche et son style particulièrement soigné.

 

Alexandre Page – Partir, c’est mourir un peu (1)

Alexandre Page

Aujourd’hui, petite interview d’Alexandre Page, auteur de Partir, c’est mourir un peu, un roman historique sur les dernières années du règne de Nicolas II. Dans ce premier volet, nous allons nous intéresser au parcours de l’auteur et à la conception de son roman. Dans un second volet, nous nous pencherons sur la Russie fascinante et effrayante à la fois du dernier des Romanov.

Bonjour M. Page! Avant de commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement et nous toucher un mot de vos travaux universitaires. Si je ne me trompe pas, vous avez consacré un mémoire et une thèse au peintre et sculpteur François Flameng… (En la matière, mes lecteurs et moi ne connaissons que Gustave Doré…)

Affiche de François Flameng

Bien sûr. Je suis historien de l’art et depuis la publication de mon premier roman Partir, c’est mourir un peu, en juillet 2019, écrivain de fictions, activité que je compte développer à l’avenir ! Du côté de mes travaux universitaires, j’ai précisément consacré un mémoire au peintre et accessoirement graveur François Flameng (1856-1923) et une thèse au graveur et accessoirement peintre Léopold Flameng (1831-1911), père du précédent. Il était graveur et non sculpteur, puisque le sculpteur réalise des sculptures en ronde-bosse ou en relief qui se suffisent à elles-mêmes, alors que le graveur cisèle un support avec diverses techniques qui vont servir d’élément imprimant, par exemple pour les illustrations des livres anciens. Ma thèse portait plus largement sur les évolutions du métier de graveur de reproduction (gravure d’après une œuvre existante) et d’illustrateur dans la seconde moitié du XIXe siècle, période qui voit émerger la photographie concurrente.

Dans Partir, c’est mourir un peu, on découvre les dernières années de l’Empire russe à travers un précepteur de la famille impériale. Qu’est-ce qui vous a amené à un projet aussi ambitieux? Avez-vous des attaches en Russie?

Non, aucune attache familiale en Russie. Simplement un attrait pour la Russie et en particulier pour le règne de Nicolas II et Nicolas II lui-même (et sa famille bien sûr). Le projet est ancien (au moins une dizaine d’années), mais ce n’est qu’après ma thèse que j’ai trouvé le temps de m’y consacrer pleinement et de trouver le bon axe pour traiter de ce sujet (à savoir un personnage fictif intégré à l’histoire et écrivant de faux mémoires). L’idée était d’éviter l’écueil du livre documentaire (qu’aurait donné une narration à la troisième personne) et d’avoir un personnage assez omniscient malgré tout (et donc, au cœur de l’histoire).

Afin de rédiger votre roman, vous avez réuni une somme considérable de documents. Est-ce que vous pouvez-nous expliquer comment vous avez synthétisé vos sources? comment vous avez pu opérer un tri et accorder à chaque document l’importance qui lui revenait? Comme vous le montrez,
c’est une période troublée où circulent toutes sortes de rumeurs et de calomnies. Il n’a pas dû être évident pour vous de démêler le vrai du faux!

J’ai commencé en utilisant une dizaine d’ouvrages de référence (toujours des témoignages de premières mains). J’ai obtenu une structure générale, un premier jet, mais plein de trous bien sûr. J’ai ensuite pris ma documentation livre après livre, article après article, en adjoignant à mon texte tout ce qui pouvait manquer en termes de détails, de scènes, d’anecdotes… Ma thèse m’a apporté une certaine méthodologie bien utile. J’ai très peu utilisé d’ouvrages d’historiens et aucun ouvrage récent, car mon personnage était censé écrire dans les années 40. Pour le vrai du faux, ça a été plus facile puisque la famille impériale a beaucoup écrit elle-même, donc il ne m’était pas très dur de voir que l’impératrice, par exemple, n’avait pas les liens avec le Kaiser qu’on lui prêtait.

Est-ce que vous pouvez évoquer les romanciers qui vous ont inspiré dans votre travail? Vous citez plusieurs noms sur votre site. Qui sont-ils et que vous ont-ils apporté?

Fabiola du cardinal Wiseman. Un auteur que je ne connaissais pas et qu’il me faudra découvrir dès que possible!

Ce sont moins des romanciers que des romans en particulier qui m’inspirent. Je dirai que le mélange fiction / histoire très documentée me vient de Fabiola de Nicholas Wiseman, un sommet méconnu en la matière, dans le contexte des premiers temps de l’église. Pour l’intérêt des belles descriptions je le dois à Tess d’Urberville et à Thomas Hardy. Il m’a sans doute apporté aussi un goût particulier pour le drame, évidemment très attaché aussi à la vie des Romanov. Puis de manière générale les auteurs russes qui m’apportent une certaine langue, des mots du « terroir », des expressions, et qui m’ont permis de donner plus d’authenticité à mon récit.

Merci pour ces réponses, M. Page, et rendez-vous ce week-end pour évoquer cette Russie troublée du début du XXe siècle. Nous y parlerons du tsar et de sa famille, et d’un certain Raspoutine…

Pour terminer, le Rondel de l’adieu d’Edmond Haraucourt, dont le premier vers constitue le titre du roman et que notre auteur cite au début de son oeuvre:

Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime.

Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu :
Partir, c’est mourir un peu…

Une interview

L’interview ci-dessous a été publiée sur le site de Jupiter Phaeton, excellente auteure d’urban fantasy.

Si vous croyiez qu’un prof de français ne jure que par Maupassant, Homère et Zola et qu’il est incapable de lire de la fantasy, je vous remercie de revenir sur ce préjugé immédiatement. J’ai la chance et l’honneur de vous présenter l’interview de Saurel, prof de français, auteur de Ne nous laissez pas seuls et de Le Siège de Kerdoar. Comme beaucoup d’auteurs, Saurel allie son métier et son activité d’écrivain. Il nous parle de son expérience, de l’auto-édition et bien sûr de ses livres. Sa plume est fluide, agréable, riche en vocabulaire, ce qui vous laisse imaginer la saveur de ses romans… Quoi ? Vous n’avez pas encore testé ? C’est le moment de vous laisser tenter.

 

Jupiter : Depuis quand écris-tu ?

Saurel : J’ai commencé à écrire à douze ou treize ans des « histoires » et des ébauches de romans sur des feuilles de brouillon. Je m’inspirais d’œuvres qui me passionnaient : de BD et de romans comme Croc-Blanc et, plus tard, Le Seigneur des Anneaux. J’écrivais de l’Heroic Fantasy, un genre sur lequel je suis revenu dernièrement et qui, au fond, me correspond le mieux. Ces textes me paraissent aujourd’hui bien maladroits et, pourtant, je suis assez nostalgique de cette période où j’écrivais sans me poser de questions techniques (style, intrigues, enchaînement des épisodes), simplement en me laissant porter par des personnages et une histoire qui me plaisaient. Au lycée, j’ai été interne – ce ne sont pas les plus belles années de ma vie – et j’ai laissé tomber mes manuscrits. Mes camarades de chambre détestaient la lecture, me trouvaient « bizarre ». Je craignais de le paraître plus encore en écrivant le soir, après les cours. Pendant les week-ends ou les vacances, je me suis mis à faire du sport, à remplir de temps à autre les pages d’un journal intime, à composer des poèmes, ce que j’ai continué à faire en fac de lettres. Ce n’est qu’à la fin de mes études que l’envie d’écrire des romans m’a repris. Mais, finies les facilités, la liberté dans l’écriture ! J’avais lu des auteurs classiques et je me posais beaucoup de questions de style. Ce retour à ma passion de toujours a été très laborieux et il n’y a rien de pire que d’avoir des idées plein la tête et de ne pas pouvoir les coucher sur le papier !

Jupiter : Tu avais lu des auteurs classiques ? Quels auteurs ? Et comment se traduisait ce blocage ? Tu voulais écrire mais tu avais l’impression qu’il fallait organiser et réfléchir à ce qui allait sortir de ta plume (enfin de nos jours ça sort plutôt du clavier…) ?

Saurel : Oui, j’avais consacré plusieurs années à me plonger dans les auteurs de l’Antiquité (Homère, Virgile, etc.) et à essayer tant bien que mal de les traduire. Je lisais Rousseau et les grands romans du XIXe (Balzac, Flaubert, Zola, etc.). Je me posais des questions très basiques sur l’agencement de mes phrases et le choix des mots. Mes textes consistaient en des bouts de paragraphes, des pages raturées que j’essayais de raccorder entre elles. Je prenais pour modèle des auteurs immenses qui m’écrasaient de leur génie, comme on peut l’imaginer, et mon style manquait de naturel et de simplicité. J’avais la tête pleine de lectures faites sans ordre et de langues apprises à tout-va. Tout cela avait besoin de décanter.

Jupiter : Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Saurel : Difficile de répondre. Beaucoup de processus en nous nous échappent. Certes, il y a des événements personnels, familiaux, qui nous ont amenés à l’écriture, mais la plupart du temps nous n’en avons pas conscience. J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un département rural, loin de tout. J’ai grandi dans un petit coin de campagne préservé, un vrai paradis. Mais avec peu de copains, peu d’activités et de distractions à un âge où l’on a envie de s’amuser. Je me suis beaucoup ennuyé. Que ce soit au collège ou au lycée, j’ai trouvé mes camarades de classe vulgaires et brutaux et éprouvé le besoin de me protéger des autres en me réfugiant dans un monde bien à moi, de mettre en scène des héros puissants auxquels je pouvais m’identifier. À la base de mon inspiration, il y a souvent quelque chose qui me laisse insatisfait. Je comble un manque grâce à la fiction.

Jupiter : Est-ce que c’est indiscret de te demander quel âge tu as ? Est-ce que tu penses que même adulte, on comble un manque grâce à la fiction comme tu le dis ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui débute dans l’adolescence et qu’on garde par habitude ?

Saurel : Non, ce n’est pas indiscret. J’approche de la quarantaine. Pour répondre aux deux questions suivantes, je crois que les deux affirmations sont exactes. On soigne grâce à l’écriture des blessures anciennes, des plaies qui ne se sont jamais refermées, et, même adulte, on a besoin de combler toutes sortes de manques. Si j’étais un homme épanoui, je n’éprouverais pas le besoin d’inventer des mondes, des histoires où la vie est plus intense. Je me reconnais beaucoup dans le roi Nominoë de mon roman, qui a longtemps rongé son frein et, une fois sorti de son cachot, a soif de revanche. Cette séquence, jaillie du plus profond de moi-même, où il gravit les escaliers du donjon, a été pour moi un moment de jubilation intense.

Jupiter : Cette scène faisait-elle écho à un sentiment ou une scène particulière de ta vie ?

Saurel : Probablement. Mais, encore une fois, je ne me suis pas dit « Je vais exprimer là-dedans une soif de revanche personnelle et le mieux serait de présenter un courageux guerrier prêt à en découdre avec tous ses ennemis. » Non. La scène s’est imposée à moi quand j’ai préparé le scénario de mon roman. Je l’ai réécrite plusieurs fois, avec une joie qui grandissait à mesure que j’approchais de la séquence telle que je la voyais dans mon imagination.

Jupiter : Peux-tu me décrire brièvement ton parcours d’études, puis ton parcours professionnel ?

Saurel : Mes études m’ont amené à beaucoup voyager. J’ai passé d’abord un bac S, mais les maths ne m’intéressaient pas du tout. J’ai tout plaqué pour m’inscrire en fac de lettres. J’ai étudié dans le sud de la France, à Lyon, en Bretagne et en Italie. Après un voyage d’un mois en Chine, j’ai préparé les concours de l’enseignement en candidat libre à Paris. Je suis devenu prof dans un petit collège de province et, récemment, en lycée.

Jupiter : Tu es prof de… lettres ? (je tente ma chance)

Saurel : Exact.

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu édité par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Saurel : Comme je l’explique un peu plus bas, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à différentes maisons d’édition, sans résultats. C’est pourquoi je m’intéresse davantage à l’auto-édition. J’ai publié deux romans sur Amazon et Kobo.

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté ?

Saurel : Je n’écris malheureusement pas à temps plein, même si c’est mon vœu le plus cher et que j’aimerais me consacrer entièrement à ma passion. Je suis prof en collège et lycée. Un métier qui a beaucoup d’avantages et où l’on prend plaisir à échanger avec des élèves autour de livres, à préparer des cours pour les former. Ces dernières années, néanmoins, j’ai eu affaire à des classes difficiles, des élèves que rien n’intéresse et qui recherchent le conflit. J’ai de plus en plus de mal à faire ce métier. Heureusement que j’ai de longues vacances pour me plonger dans mes histoires de chevaliers errants, de princesses et de monstres !

Jupiter : J’ai plein de questions suite à cette réponse *rires* prépare-toi !

Qu’est-ce qu’il te manque pour faire de l’écriture un métier à temps plein ? Est-ce que c’est uniquement l’aspect financier ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à ce que tu ferais de tes journées si demain tu étais écrivain à temps plein ? Comment est-ce que tu imagines ça ?

L’enseignement c’est quelque chose d’exceptionnel à mes yeux, à chaque fois que je découvre un enseignant, je me dis : « bon sang mais quel courage ». Est-ce que c’était une vocation pour toi ? Comme tu as la chance de pouvoir observer la prochaine génération, est-ce que tu ressens beaucoup de différences avec cette nouvelle génération dans la manière d’aborder le livre, la lecture et l’enseignement ?

Saurel : Je suis prêt… C’est effectivement l’aspect financier qui m’empêche de me consacrer à l’écriture à temps plein. J’ai contracté des dettes ces dernières années et il m’a fallu faire des heures supplémentaires pour les rembourser. Aujourd’hui, je suis plus à l’aise et, quitte à vivre chichement, je songe de plus en plus à me consacrer uniquement à ma passion. Je diviserais alors ma semaine en deux moitiés : trois jours entièrement dédiés à l’écriture et trois à la lecture et à une étude approfondie d’auteurs qui me permettraient de m’améliorer en tant qu’écrivain. Voilà pour la semaine idéale… Mais j’ai beaucoup de mal à me discipliner. J’ai des périodes d’exaltation où je me consacre à des dizaines de projets – et me disperse – et d’autres où je suis assez… amorphe. On ne se refait pas.

L’enseignement n’était pas une vocation pour moi. Je me suis découvert une passion pour les langues anciennes aux alentours de dix-huit ans et me suis lancé à corps perdu dans des études de lettres classiques, sans vraiment me demander où cela me mènerait. Mes diplômes en poche, il m’a bien fallu gagner ma vie. Mes premières années dans l’enseignement ont été très difficiles. Je suis passé de cours passionnants à la fac au brouhaha des salles de classe. Puis, je me suis adapté à mon métier, j’ai pris un certain plaisir à élaborer mes cours, mes rapports avec mes différentes classes se sont améliorés. Aujourd’hui, cependant, je suis fatigué, usé par ce métier, et je songe tout simplement à démissionner. Les élèves sont de plus en plus durs. La plupart ne viennent en cours que pour bavarder et s’amuser avec leurs copains et l’on ne peut rien attendre des parents ou de notre hiérarchie. Triste constat… La nouvelle génération a une capacité de concentration extrêmement limitée et n’accepte aucune forme de contraintes. L’enseignant doit déployer une énergie considérable pour capter l’attention de sa classe, varier sans cesse les activités et les modalités pédagogiques (cours dialogués, temps d’écriture, séquences vidéo, etc.). La plupart des élèves, même en lycée, sont incapables de lire des classiques et même de la littérature contemporaine. Il leur manque du vocabulaire et ils décrochent au bout de quelques pages.

Il n’en reste pas moins que la mythologie passionne les élèves de tous âges, de même que les histoires de chevaliers. Il y a également des ado que l’on voit toujours un livre à la main et qui prennent plaisir à échanger avec leur prof de français après les cours. Les gros lecteurs existent toujours. Je suis donc persuadé que la littérature a malgré tout de beaux jours devant elle. Une partie des jeunes se plongera toujours avec délice dans de bons romans.

Jupiter : Tu dis que tu songes de plus en plus à te consacrer à temps plein à l’écriture, est-ce que tu te vois démissionner à court terme ? moyen terme ? Est-ce qu’il y aurait des ajustements à faire dans ton quotidien pour y parvenir ? Est-ce que tu dirais que ça en vaut la peine ?

Saurel : L’Éducation nationale est une administration très lourde. On peut demander des temps partiels, mais il est difficile de les obtenir. D’une manière générale, le peu de temps que l’on consacre à ce métier empêche de faire autre chose à côté. Après avoir supporté des quatrièmes ne serait-ce qu’une heure, on ne peut pas se plonger dans les romans que l’on écrits. Je compte effectivement démissionner à court terme. Là encore, c’est une démarche complexe pour obtenir très peu de droits. Il faut demander sa démission par lettre et le rectorat peut ne pas l’accepter. J’ai la chance d’avoir des lycéens charmants cette année, mais j’aurai quelques heures de collège l’année prochaine. Je crains qu’un ado en crise ne me pousse à l’abandon de poste. En plein cours, je risque de ramasser mes affaires et de laisser toute une classe en plan en claquant la porte !

Ce ne serait pas très grave… J’aurais alors la possibilité de vivre dans une maison familiale, plutôt que de payer un loyer et des impôts qui absorbent tout mon salaire. Je pourrais me consacrer entièrement à ma passion et ça, ça n’a pas de prix.

Donc, oui, je compte bien, sous peu, me consacrer à l’écriture à temps plein.

Jupiter : Peux-tu me parler de tes romans ? Combien y en a-t-il ? Écris-tu toujours le même genre ou y a-t-il des genres différents ? Comment t’est venue l’idée de ton premier roman ?

Saurel : De tout ce que j’ai écrit, je n’ai gardé que deux romans et quelques poèmes. L’un de ces deux romans est psychologique, l’autre relève de l’imaginaire, de la Fantasy.

Je n’ai pas vraiment terminé les « histoires » que j’écrivais adolescent. Elles partaient dans tous les sens et s’enrichissaient sans cesse de nouvelles trouvailles. L’idée de mon premier roman m’est venu d’une amourette quand j’étais étudiant en Bretagne. J’avais vécu des moments intenses et j’ai voulu en tirer une sorte de « romance ». C’est un texte long et très inégal dont je relis certains passages avec plaisir, mais qu’il me faudrait reprendre.

J’en viens aux deux romans que j’ai mis en ligne sur Amazon : Ne nous laissez pas seuls et Le Siège de KerdoarLe premier s’inspire de mon expérience d’enseignant. Plutôt que de placer des éléments de mon vécu et de chercher ensuite à les combiner, au petit bonheur, comme je procédais auparavant, j’ai fait se rencontrer un prof imbu de sa personne et un élève qui manque d’affection et cherche à se faire remarquer. J’ai laissé l’histoire se développer : deux récits alternent avec un adolescent qui subit des moqueries et un harcèlement de plus en plus cruels, et son prof de français qui ne voit rien à cause de ses problèmes de couple.

Dans mon dernier roman, je suis revenu à mes premières amours : la Fantasy. J’aime beaucoup la mythologie et les épopées anciennes, Le Seigneurs des anneaux et Le Trône de Fer de George R. R. Martin. J’ai imaginé ainsi une cité portuaire attaquée par un monstre gigantesque, ai multiplié les rebondissements, les trahisons, les courses-poursuites, les duels et les batailles. On croit à plusieurs moments que tout est perdu, mais on se rend compte très vite que le roi de Kerdoar et sa fille n’ont pas dit leur dernier mot.

Je me suis donc consacré à des genres assez différents. J’ai commencé par la Fantasy, ai fait un long détour avant d’y revenir. Enfin, je crois avoir trouvé mon style et ma voie. Il se faisait temps !

Jupiter : Est-ce qu’il y a un autre roman en préparation ? Combien de temps te prend l’écriture d’un roman ? Quand écris-tu ? Est-ce que tu as mis en place des habitudes spécifiques, est-ce que tu t’imposes un rythme particulier ?

Saurel : J’essaie d’écrire un roman par an. J’ai respecté les délais pour Ne nous laissez pas seuls, mais pas pour Le Siège de Kerdoar, pour lequel il m’a fallu deux années environ. J’écris assez lentement. Je travaille d’abord à la main, tape ensuite le manuscrit à l’ordinateur et l’imprime plusieurs fois pour y apporter d’interminables corrections. Il m’arrive de me prendre la tête toute une matinée sur un paragraphe et je crains de relire mes romans, une fois publié, de peur d’y trouver des éléments qui ne me plaisent pas. J’écris pendant les vacances du lundi au vendredi. Je laisse mes pensées se déployer en buvant mon café, fais un peu d’exercices au grand air et m’installe devant mes feuilles ou mon ordinateur. Je fais une sieste après le déjeuner – je suis un gros dormeur – et me remets au travail jusqu’à dix, onze heures, ou minuit, en faisant des pauses de temps à autre. Ces périodes de création intense m’épuisent et sont suivies de semaines où je n’écris pas. De toute façon, je n’en ai pas le temps, puisque je fais cours…

J’ai dans mes tiroirs de nombreux manuscrits que je compte peaufiner : une nouvelle très sombre sur une soirée entre trentenaires qui tourne au cauchemar, une romance à Venise où j’ai été avec Erasmus quand j’étais étudiant et le parcours initiatique d’un guerrier aux cheveux violacés qui doit rentrer au service d’une déesse-mère. Mais c’est surtout à une grande œuvre de Fantasy en trois tomes que j’aimerais me consacrer : la révolte d’un peuple de montagnards contre l’oppression d’un immense empire. J’aimerais écrire aussi un roman sur un monde post-apocalyptique. Beaucoup de projets en somme !

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Saurel : Je ne cherche pas à faire passer un message à mes lecteurs. J’éprouve d’abord un besoin, une émotion très vive. Je suis alors dans un état que je qualifierais de « musical ». Je vois comme des séquences de film, des personnages qui deviennent de plus en plus précis. Je fais connaissance avec eux et les étudie au maximum. Dans mes premières œuvres, j’ignorais souverainement toute classification. Aujourd’hui, je tiens compte davantage d’un lectorat potentiel et essaie de coller à un genre et à ses codes. Je ne cherche pas, cependant, à ce qu’il se dégage une morale de mes romans. La littérature ou le cinéma engagés me laissent assez indifférent. Mon but est avant tout de procurer à mes lecteurs quelques heures d’évasion, de leur faire vivre des émotions plus fortes, plus intenses que dans la vie de tous les jours. De mon travail, il émane forcément des valeurs, mais de manière implicite. Dans mon dernier roman, par exemple, il est question d’amour filial, de transmission, de courage et de fidélité.

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes romans ? Es-tu satisfait sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Saurel : Je ne peux pas dire que je sois satisfait des ventes de mes romans. Elles sont pour le moins confidentielles. En plus de dix ans, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à des maisons d’édition et reçu autant, ou presque, de lettres toutes faites, du type : « Nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » Je crois que l’édition classique croule sous des manuscrits de toutes sortes qui, la plupart du temps, ne sont pas lus. Des amis ayant travaillé dans le milieu m’ont raconté qu’on y rejette des textes pour une faute d’orthographe ou la présentation de la page de garde. Certains apprécient un roman qui n’a pas été relié, perdent les premiers feuillets sur des bureaux encombrés et renoncent à retrouver les coordonnées de l’auteur. Tout passe à la trappe ! Je crois, surtout, que les maisons d’édition traditionnelles sont très frileuses et qu’elles ne sont pas prêtes, quoi qu’elles en disent, à faire confiance à de parfaits inconnus. Elles comptent sur des valeurs sûres. Le copinage joue également un grand rôle.

Je crois davantage à l’auto-édition sur Amazon ou Kobo. Ces plates-formes donnent leur chance à tout le monde. L’auteur installé y est mis sur le même plan que le nouveau venu. Il s’agit simplement de plaire au lecteur. C’est le système américain dans ce qu’il a de meilleur. La loi du marché. Personnellement, cela me pose certaines difficultés. Pour produire un e-book ou un livre broché de qualité, il faut s’entourer ou acquérir des compétences en tant que créateur de couvertures, de correcteur et de publicitaire. On doit tout faire soi-même. Je n’ai malheureusement pas l’argent pour payer des professionnels pour les aspects les plus délicats du travail et je dois reconnaître que mes couvertures laissent beaucoup à désirer. Mais je vais faire des progrès. Promis !

Pour promouvoir mes romans, j’ai créé un blog sur lequel je raconte la genèse de mes différents textes et tire des conclusions sur ce que mes romans m’ont appris sur l’écriture. Sur ce blog, je publie également des nouvelles et des poèmes. Cela peut permettre à des lecteurs potentiels de découvrir mon style et mon univers.

Jupiter : Quand on voit qu’aux Etats-Unis maintenant, Amazon fait partie intégrante du circuit de diffusion et de distribution et qu’ils s’apprêtent à ouvrir des grandes librairies en 2019 aux Etats-Unis, où ils comptent proposer notamment les meilleures ventes Amazon, qu’elles soient auto-édités ou éditées… Il y a tout de même de grands changements dans l’édition par rapport à il y a dix ans. La liseuse est maintenant un réel concurrent au livre papier dans les pays anglo-saxons, elle reste en marge en France (15% du lectorat). Qu’est-ce que tu imagines pour l’avenir de l’édition et de l’auto-édition ?

Saurel : Je ne me suis pas assez intéressé à la question pour te donner une réponse précise. Je pense néanmoins que l’auto-édition offre de grandes opportunités. Lors d’un séjour en Angleterre, j’ai été surpris du nombre de personnes qui avaient une liseuse en main dans les transports en commun.  Cela va forcément arriver en France. Longtemps j’ai cru que les lecteurs ne se raccrochaient qu’aux auteurs installés et donc aux grandes maisons d’éditions. Mais je me rends compte à présent que de parfaits inconnus, grâce à l’auto-édition, peuvent rivaliser avec les écrivains des beaux quartiers qui bénéficient des grands réseaux de distributions. Le monde change très vite. Il faut tenter sa chance !

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, quelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à ton caractère, à ton passé…

Saurel : Tous mes proches s’accordent sur un point : je suis un grand rêveur. « Tu planes ! », me répète-t-on depuis mon enfance et les choses ne sont pas allées en s’arrangeant… Je suis sans cesse plongé dans mes pensées. C’est une lecture qui me passionne et à laquelle je repense, des réflexions qui me viennent sur n’importe quel sujet, mais surtout un roman en cours dont j’imagine la suite. Je suis assez difficile à vivre. Pendant des semaines, plus rien n’existe autour de moi. Le retour à la réalité, avec le travail et les tracas du quotidien, peut alors s’avérer douloureux !

Deuxième particularité : mon goût pour la nature et les paysages de montagne. Une promenade au printemps est pour moi un émerveillement de chaque instant : je flâne, je m’arrête de temps à autre pour observer une fleur ou regarder voltiger un papillon. Dans mes romans, on retrouve souvent des châteaux inaccessibles et des personnages qui escaladent des pentes escarpées.

Concernant l’écriture, je crois avoir une certaine capacité à me plonger dans le monde que je décris. Dans mon dernier roman, j’ai pour ainsi dire vécu dans la cité qui sert de cadre à l’intrigue. Une belle expérience. Je me mets facilement dans la peau de mes personnages. Ils ont tendance, d’ailleurs, à déteindre sur moi et à influer sur mon caractère.

Rêveries, nature, importance de la fiction… on arrive à trois !

Jupiter : De quoi es-tu le plus fier concernant ton parcours d’écrivain ?

Saurel : Ceux qui liront cette interview trouveront qu’après plus de dix ans de travail je me satisfais de peu de choses, mais un compliment sur un blog, il y a quelques années, m’a procuré plus de plaisir que l’obtention d’un examen ou ma première paye. Et de loin ! Il en va de même de cinq étoiles obtenues sur Kobo ou d’un lecteur, il y a quelque temps, qui a lu mon dernier roman en une nuit. En plus de ces retours positifs, je relis toujours avec beaucoup de plaisir un poème « épique » que j’ai écrit il y a une douzaine d’années et qui me correspond parfaitement. J’ai éprouvé également une immense fierté à terminer Le Siège de Kerdoar. C’était un projet que j’avais à cœur et que je craignais de ne pas pouvoir mener à bien. Le roman vient de paraître sur Amazon. Je suis sur un petit nuage.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Saurel : Je suis mal placé pour donner des conseils. S’il existe des trucs pour réussir, je ne les ai pas trouvés ! En revanche, je peux évoquer ce qui me paraît essentiel dans l’élaboration d’un roman et que l’on a trop tendance à laisser de côté : le travail. Tout simplement. Rien n’est plus exigeant que l’écriture et je vois beaucoup de jeunes auteurs, dans l’auto-édition, qui publient des manuscrits écrits à la va-vite, à peine relus. Pour réussir, il faut du talent, mais aussi de la patience. L’inspiration est fondamentale, mais il ne faut négliger ni la grammaire, ni l’orthographe, et il est nécessaire de reprendre un texte plusieurs fois pour arriver à une œuvre aboutie.

 

Saurel : Avec mon métier, j’évite les réseaux sociaux. J’ai peur d’être repéré et harcelé par mes élèves. J’ai des collègues qui se sont retrouvés dans des histoires invraisemblables pour avoir laissé traîner des photos sur Internet. Je laisse en lien mon blog et une adresse mail. Je réponds toujours, et aussi vite que possible, à tous les messages et commentaires que l’on m’envoie. Et avec le plus grand plaisir !

Mail : saurelfrancois3@gmail.com

Saurel : Je suis également sur Wattpad sous le pseudo de Saurel3. J’y ai commencé une petite histoire : De tout petits aventuriers. Ce sont deux enfants devenus minuscules qui viennent en aide à une fourmilière menacée par de redoutables araignées. Ces derniers temps, j’ai laissé de côté ce récit, mais je compte bien m’y remettre si des lecteurs sont intéressés.

 

Merci à Saurel pour son temps et ses réponses, sa plume est fluide, son vocabulaire est riche et agréable, ça promet de belles lectures !

Et un grand merci à Jupiter Phaeton qui a bien voulu publier cette interview. J’espère que mes longs développements ne vous auront pas ennuyés, chers lecteurs!

PS: Après avoir parlé de l’importance de la grammaire et de l’orthographe, je me sens aujourd’hui un peu c*. J’ai envoyé Le Siège de Kerdoar à Solène, une super blogueuse. Elle a beaucoup apprécié mon roman, mais a trouvé qu’il comportait quand même… quelques fautes (rassurez-vous, entre temps, j’ai relu et corrigé le manuscrit comme il se doit). Et ça se dit prof de français!