Un(e)secte, le dernier thriller de Maxime Chattam

D’un bout à l’autre de l’Amérique, la police découvre des cadavres dans un état effroyable. Le point commun à toutes les scènes de crime? La présence en grand nombre d’insectes de toutes sortes. Et s’ils s’étaient ligués contre nous? S’ils avaient décidé de nous anéantir? Quoique plus grands, nous ne pourrions pas faire face à leur effrayante supériorité numérique. Telle est l’idée maîtresse du dernier roman de Maxime Chattam.

Personnages et atmosphère

Un(e)secte
Un(e)secte, que j’ai lu au format ebook.

De tous les écrivains à succès, il est pour moi le meilleur. Il a un style bien à lui, riche, la capacité à plonger son lecteur dans une atmosphère glauque à souhait et, le plus important, à créer des personnages attachants. Ludivine Vancker (La Conjuration primitive) et Atticus Gore (Un(e)secte) sont des enquêteurs atypiques, des écorchés vifs. Ils ont leurs faiblesses et leurs moments de désespoir. L’une tourne aux anxiolytiques, l’autre écoute du métal à fond, pour oublier les moqueries liées à son homosexualité, dans sa jeunesse. Souvent, ils ont la rage. Voilà qui nous change du Robert Langdon de Dan Brown, le prof de fac élégant qui, dans son enquête, tombe toujours sur une associée jeune et jolie. Ou les femmes des Lévy et Musso qui contemplent devant le miroir de leur loft, aux premiers rayons du matin, « leur nudité parfaite ».

Suspense et surenchère dans l’horreur

Avec ces personnages cabossés, que l’on suit et auxquels on s’identifie, Chattam dispose d’un art consommé du suspense. Nécessités du thriller obligent, le policier se met à mener ses investigation en dehors de toute légalité, pour une raison ou une autre, et, oubliant toute consigne de prudence, traque quelque psychopathe, seul, dans des quartiers sordides ou des pavillons isolés. Quoique le procédé soit répétitif et les ficelles un peu grosses, on tourne les pages, on sent battre son cœur à l’unisson du personnage principal et l’on se retourne par moments pour s’assurer que personne ne s’est glissé dans la pièce où l’on lit.

Mais, le travers auquel n’échappe pas l’auteur est celui de la surenchère dans l’horreur, comme dans les films ou séries américaines, où une scène d’action ne peut aboutir qu’à d’affreuses mutilations, des décapitations, éviscérations et autres. Le public se lassant très vite, il faut toujours pousser le curseur un peu plus loin. D’un point de vue littéraire, c’est une impasse. Dans les quelques romans que j’ai lus, on sent cette recherche de l’auteur dans le sordide, la pédophilie, les tortures interminables, les jeunes femmes violées et découpées en morceaux dans les circonstances les plus atroces. Dans Travail soigné, Pierre Lemaitre ne manque pas de satisfaire à la mode de ces dernières décennies. Son roman policier, malgré le déploiement des pires scènes de carnage, n’atteint pas la force d’Au revoir là-haut, bien moins encore celle de Trois jours et une vie, son chef d’oeuvre.

Les insectes et le « bad guy »

L’idée d’une armée d’insectes tueurs apparaît déjà dans le second volume de la trilogie des fourmis de Bernard Werber. C’est un filon pour le moins intéressant. Avec le talent de l’auteur, on assiste à l’approche subreptice d’araignées, de mille-pattes et de toutes sortes de créatures dégoûtantes, pendant qu’un petit monsieur tout-le-monde ne se doute de rien. On en a les cheveux qui se dressent sur la tête. Mais la matière est mal exploitée. Si l’auteur est incollable sur le  fonctionnement de la police américaine, il a beaucoup moins poussé ces recherches en entomologie. En toile

Maxime Chattam
« Pour écrire des horreurs pareilles, il faut que cet homme-là soit un peu tordu », me disait quelqu’un. Qui sait? Peut-être son nom fera-t-il bientôt les gros titres des journaux, dans quelque affaire criminelle…

de fond, nous trouvons une réflexion très pessimiste sur les sociétés modernes, et des insectes et arachnides qui viennent se greffer là-dessus de façon très artificielle.

Les motivations du « méchant » – je ne pourrais pas m’étendre sur le sujet – ne sont pas assez fouillées, de même que ses projets délirants pour régler certains problèmes liés à l’avenir de la planète… Ce qui n’empêche pas un épilogue réussi, comme toujours chez Chattam, où les personnages reviennent sur les épreuves qu’ils ont endurées et perçoivent autrement le monde et l’humanité en général.

Un roman un peu moins abouti que les précédents

Un(e)secte me semble avoir été écrit dans la précipitation – je peux me tromper. Les ingrédients du bon thriller sont là, l’auteur use des richesses de son talents, mais la construction narrative comporte des maladresses assez regrettables, des temps morts et un certain manque de profondeur. Ce n’est pas le meilleur thriller de Maxime Chattam. Mais, rien que pour son enquêteur atypique, Atticus Gore, il vaut la peine d’être lu.