Metamorphosis – état du projet, principes d’écriture

Un projet quasiment bouclé

J’ai fait du scarabée un combattant redoutable, un véritable char d’assaut. Je me suis amusé à donner à deux de ces insectes des noms en rapport avec la nourriture qu’ils affectionnent: Khopros et Scator. Ceux qui connaissent un peu de grec ancien comprendront!

Ce vendredi, j’ai terminé le premier tome de ma trilogie. Le titre? La Bataille des Reines. Deux enfants réduits à la taille d’insectes et embarqués malgré eux dans une guerre sans merci entre des fourmis et des araignées géantes.

A vrai dire, un manuscrit contenant un premier jet se trouvait déjà sur mon bureau il y a un peu plus d’une semaine. Je l’avais lu et avais identifié les quelques passages à reprendre. Ces derniers jours, j’ai beaucoup raturé. Sur 51 000 mots, 2000 se sont envolés. Tout ce qui est inutile dans une phrase doit disparaître. Pour donner du nerf à un récit, on ne supprime jamais assez d’adjectifs et d’adverbes.

Deux ou trois personnes vont relire le manuscrit. Je vais le laisser reposer quelques temps, ensuite, je le reprendrai calmement, une dernière fois.

La justesse dans les dialogues

J’ai mes petites manies. Je ne supporte pas les propos artificiels dans les dialogues, l’inversion du sujet dans les questions: « Es-tu content de ce que tu as fait? » Dans une oeuvre historique, de la Fantasy, très bien. Mais, aujourd’hui, qui parle ainsi? En même temps, et c’est le problème du bâton que l’on plonge dans l’eau et qui paraît tordu – je renvoie à Céline – on ne peut pas reproduire telle quelle la langue parlée. Il faut qu’elle s’intègre dans le récit. Il faut donc donner aux échanges une légère coloration sans pour autant rompre avec la vivacité et le naturel. On vogue entre deux écueils.

Le tout est plus important que la partie

Entre deux relectures, je me promène et reprends dans ma tête des bouts de phrases. Je contemple également les genêts en fleurs.

Je pars toujours de l’ensemble pour aller vers la partie, du tout vers le détail. On a vite fait d’insérer ici et là un morceau de bravoure que l’on veut conserver à tout prix. Non seulement il a trop de relief mais, pour pouvoir l’intégrer, on devra remanier ce qu’il y a autour. C’est une pièce de tissu qui attire le regard et gâche l’élégance de l’habit. On a beau être attaché au passage en question, il faut s’en séparer. Même quand on s’escrime avec des bouts de phrases, il convient de visualiser le travail dans son intégralité.

Pour fluidifier le récit, les épisodes, les paragraphes et mêmes les phrases doivent s’enchaîner suivant une logique implacable. Le principe de non répétition ne s’applique pas seulement au style, mais au développement. Il faut éviter toute forme de cafouillages, de redites, de heurts. Pour cela, chaque élément occupera la place qui lui revient et l’oeuvre formera un tout organique où les différentes parties seront comme les membres d’une seul et même corps. Dans le fil de l’histoire, on ménagera une montée en puissance. Elle ne sera pas linéaire, mais comportera des pics et des vallées jusqu’à atteindre un climax. On terminera sur un retour au calme.

Une eau qu’il ne faut pas troubler

Plus j’avance en âge et plus je déteste l’obscurité dans le style. Nous nous inscrivons dans une tradition faite de clarté et de précision. La langue française est un outil que des auteurs ont affûté pendant des siècles pour clarifier la pensée. Les écrivains qui se gargarisent de néologismes et de paradoxes, qui adoptent une syntaxe alambiquée, sont le plus souvent des imposteurs. Ils se croient subtils ou profonds parce qu’on ne les comprend pas. Pour les démasquer, il suffit de jeter un peu de lumière dans la caverne. On ramène leur travail à quelques affirmations simples. La vérité apparaît au grand jour. C’est creux et inepte. Si on ne les comprend pas, c’est qu’il n’y a rien à comprendre.

En me promenant au bord du ruisseau qui coule au bas de ma chaumière, je me suis dit que le style devait ressembler à cette eau claire qui scintille sous un soleil printanier. Elle est vive et fraîche, si limpide qu’on aperçoit les pierres, le sable et la terre sur lesquels elle s’écoule. Quand on écrit, il faudrait avoir toujours cette clarté, cette fraîcheur, cette grâce, cette vivacité…

« Le courant d’une onde pure… »

Quelques fleurs de prunier

Les derniers chapitres de Metamorphosis, le journal de Saurel

Encore quelques chapitres et le premier tome de Metamorphosis se trouvera dans le disque dur de mon ordinateur. J’en suis toujours au dénouement dont je parlais la semaine dernière. Une scène de bataille m’a causé quelques difficultés, mais j’en suis venu à bout. Je dispose d’un premier jet sur des feuilles simples, que je simplifie ou sur lequel je brode. Sur un cahier, des notes. On remarquera que sa couleur a changé. Le précédent était bleu.

Je n’oublie pas le « journal » que j’ai promis à mes abonnés. J’ai déjà en tête le titre « Les amours de Saurel », le découpage en chapitres et quelques traits d’humour. A quoi ressemblera le texte final? Difficile à dire. Les projets littéraires évoluent tellement de leur conception à leur aboutissement!

Quelques contraintes néanmoins que je m’imposerai: toutes les amourettes devront être fictives – pour des raisons qu’on devinera aisément – si bien que mon travail n’aura de journal que le nom, pas de vulgarités, de l’humour et de la vivacité. J’aimerais même glisser à l’intérieur une petite pièce de théâtre, une saynète. Voilà qui fait beaucoup!

Mais, dans l’immédiat, je dois terminer mon roman. Je suis comme un coureur de fond: si je m’arrête,  je ne pourrai plus reprendre.

Un concentré de poésie

Le samedi, je prends quelque repos, me consacre à la lecture et publie sur les réseaux sociaux. Et puis je flâne en ces jours de printemps pluvieux, en quête de petits instants de grâce. En ce moment, les pruniers sont en fleurs et je me souviens de ma passion pour la poésie asiatique, il y a quinze ans. Je disposais alors d’anthologies que j’ai égarées.

Quelle finesse, quel sens de l’observation chez les poètes japonais ou chinois! En quelques mots ils captent un instant de beauté fugace et vous plongent dans un état de rêverie délicieux.

Je pensais alors, et pense encore, que ces poèmes offrent aux romanciers d’excellents titres de chapitre. Il s’agit de donner la teneur d’un développement dans une formule aussi dense que possible. Ils permettent en outre de gagner en concision et en netteté dans les parties descriptives, à suggérer plus qu’à montrer. Si l’on prend garde de ne pas s’égarer, on gagne toujours à s’ouvrir aux cultures étrangères.

Je terminerai sur un haïku de saison qui illustrera mieux la teneur de mon propos que de longues dissertations.

Les rais de la lune/ Et le parfum des pruniers/Qui flotte dans la nuit… (Yosa Buson, XVIIIe siècle)

 

L’écriture est un artisanat

Metamorphosis, mon prochain roman, est en train de prendre forme. Ces dernières semaines, j’ai repris résolument mes brouillons et me suis lancé aussi vite que possible dans un dernier jet, sur l’ordinateur. Plus que quelques chapitres, mais les plus délicats… Il s’agit de dénouer de manière élégante tous les nœuds de l’intrigue. Exercice périlleux!

Dans deux mois tout au plus, le roman devrait être prêt. Je dois encore reprendre le texte, le faire relire, concevoir une couverture… On croit avoir terminé et le gros du travail reste à faire.

En me promenant, j’ai pris deux photos que j’ai insérées dans cet article: des nuages et une fleur de pissenlit. Elles me rappellent deux auteurs très différents: Claude Levi-Strauss et Stephen King. Le premier, dans Tristes Tropiques, se lance  dans une description interminable de … nuages! Un exercice littéraire. S’il parvient à décrire avec minutie le ciel qu’il aperçoit, notre auteur pourra expliquer dans toutes leurs nuances les liens de parenté, les structures familiales des peuples qu’il étudie. Le second compare les adverbes à des fleurs de pissenlits. Qu’on en laisse pousser une sur la pelouse, voilà qui est charmant. Mais on est vite envahi. Les adverbes, comme les adjectifs, sont des mots qu’il faut utiliser avec parcimonie.

L’écriture est un artisanat. Le talent ou le génie importent peu. Ce qui compte, c’est le travail. On reprend sans cesse l’ouvrage, on lime, on époussette, on considère l’oeuvre avec un peu de recul, on reprend encore quelques défauts qui nous paraissent criants. On ajoute peu, on enlève beaucoup. Plus on avance et plus on s’exalte. Un petit quelque chose de nouveau est en train de naître.

Voici le petit texte que je consacre aux nuages de cet après-midi sur Instagram. Levi-Strauss s’étale sur plusieurs pages – il est intarissable – moi sur quelques lignes… Je fais ce que je peux!

« Un après-midi chargé d’orages. Il fait sombre soudain dans la pièce où l’on travaille. Le cœur se serre. Au-dehors, le contraste est saisissant entre les prairies riantes et le ciel aux reflets de métal. La terre exhale des bouffées d’air frais. Et un frisson vous saisit tandis qu’un roulement au loin se fait entendre. Avec un peu d’imagination, on distingue dans la forme des nuages des spectres qui planent au-dessus de nos têtes. Et maintenant, puissent les vents se lever! Et que les orages éclatent enfin! »