La Peste et le Coronavirus (3)

Jadis, on luttait avec des moyens très limitées contre des maladies terribles. Aujourd’hui, on peut non seulement contenir la propagation de l’épidémie, mais soigner les malades. Si le Coronavirus a des conséquences si dévastatrices, c’est que nos hôpitaux sont mal gérés, nos dirigeants d’une imprévoyance rare et, nous-même, inconscients et indisciplinés.

Des économies mal venues

Hôtel-Dieu, à Paris. Pendant la Peste noire, les religieuses ont fait preuve d’un dévouement qui force l’admiration, comme celui des hommes et femmes qui travaillent dans les hôpitaux aujourd’hui.

Depuis des années, on fait des économies de bouts de chandelles dans le domaine de la santé publique. Les médecins en milieu hospitalier alertent les pouvoirs publics. Mais, il s’agit de renvoyer chez eux les patients le plus vite possible et de fonctionner sans cesse à flux tendu. En période normale, il y a déjà saturation. Quelques centaines de malades supplémentaires, et l’on assiste au chaos que l’on connaît .

A cela s’ajoute une crise que personne n’a su anticiper ou prévoir. Il manque jusqu’à l’essentiel: des masques et des tests. On ne peut bien se prémunir contre la contagion et isoler les malades, ce qui a permis aux Asiatiques d’endiguer l’épidémie.

La Chine et l’Europe

Confucius
Confucius. On est frappé, en lisant ses Entretiens, par l’importance qu’il accorde aux rites. Sa philosophie s’intéresse avant tout à des problèmes concrets de vie en société.

Les Chinois sont gens de bon conseil – après nous avoir transmis un énième virus. Il n’empêche. En dix jours, ils font sortir des hôpitaux de terre, quand il nous en faut presque autant pour planter quelques tentes près de Mulhouse. Et, les mesures prises ont été drastiques. En France, on a laissé les élections avoir lieu, avant de mettre en garde la population. On favorise la diffusion de la maladie, avant de supplier les gens de rester chez eux. On prend des mesures de confinement, quand nombre de Parisiens sont partis en Province, avec le mal dans leurs bagages.

De tradition confucéenne, les Asiatiques privilégient le groupe aux individus. Nous faisons l’inverse. Chacun d’entre nous est un petit monstre d’égoïsme. Moi d’abord, les autres ensuite. Nous avons beaucoup de droits et peu de responsabilités. Ainsi, les mesures qui s’imposent nous paraissent intolérables, et sont plus ou moins respectées. Quand aucun danger ne guette, on peut se le permettre. En situation de guerre ou d’épidémies graves, cela se paie au prix fort.

Des incompétents et des incapables

Plus que tout, les moments que nous vivons mettent au jour l’incompétence de nos dirigeants. N’ayant connu que de longues décennies de paix, ils ne peuvent s’occuper que de petits soucis, comme les limitations de vitesse ou le travail le dimanche – et encore… Ils ne voient pas plus loin que la fin de leur mandat. Et ils ont pris l’habitude de raconter aux gens ce qu’ils avaient envie d’entendre, de dire une chose et d’en faire une autre. Ce sont de beaux parleurs et des premiers de la classe en économie.

Quand je veux mettre une tête sur notre classe dirigeante, je pense à cet homme…

Le Général de Gaulle, qui tenait les rênes du pays dans les années 60, a été blessé pendant la Première Guerre mondiale, a combattu en 40. Ces gens-là n’ont jamais pris un coup de poing dans la figure. Quand l’histoire redevient tragique, comment peuvent-ils prendre les décisions qui s’imposent? Aujourd’hui, il s’agit de limiter les déplacements et de prendre en charge des malades, mais, demain, s’il faut faire face à une guerre civile, un effondrement économique ou mobiliser une tranche d’âge pour combattre une puissance ennemie? non pas quelques islamistes mafieux en Orient, mais l’équivalent du Troisième Reich?

Et après?

Ce n’est pas la période de confinement qui sera dramatique, mais la sortie. Quand nous retournerons au travail et mesurerons l’ampleur

La Chute du mur de Berlin
La Chute du mur de Berlin, en novembre 1989. L’événement inaugure une période d’ouverture des frontières et de mondialisation heureuse, qui est en train de prendre fin.

des dégâts. Quelles seront les conséquences, sur une économie moderne, de l’arrêt partiel de l’activité en Europe et aux Etat-Unis? La situation était alarmante avant la crise – bulles financières, états surendettés – qu’en sera-t-il après?

Ce qui frappe en ce moment, c’est l’absence totale de solidarité européenne et le rétablissement des frontières. La crise se gère au niveau des nations. Dans les mois à venir, l’euro prendra de plein fouet la crise économique et l’UE paraîtra d’une inutilité singulière. Il n’est pas certain qu’elle survive à la tourmente. Nous verrons enfin dans le virus un effet de la mondialisation et nous replierons sur notre identité nationale. Dans une société fracturée comme la nôtre, cela pourrait conduire à des situations explosives.

Economie traditionnelle et économie moderne

Si je devais revenir à mon sujet, à savoir une comparaison hardie entre la peste dans l’Antiquité, au Moyen Âge et le Coronavirus, je dirais que la maladie est de toute évidence moins grave en elle-même que par le passé – elle fera somme toute peu de morts – mais, dans une économie, non pas traditionnelle et compartimentée, mais connectée, mondialisée, ses conséquences pourraient être dramatiques.