Les animaux ont-ils une âme?

Le chien de mes parents, allongé comme un sphinx sous le soleil du printemps. En plus d’avoir un beau pelage, il est affectueux. Chaque fois que j’arrive devant la ferme, il me fait fête. Sa joie se manifeste dans ses mouvements de queue, la langue fine qu’il tend, ses mille et un tours et détours. Pour finir, il bondit et pose ses pattes sur ma poitrine, ce qui m’énerve beaucoup les jours de pluie…

Ces réactions presque humaines m’ont conduit récemment à me demander si les animaux ont une âme, question qui a beaucoup occupé les philosophes…

Les animaux-machines

Dans la cinquième partie du Discours de la méthode, Descartes présente une caractéristique fondamentale de sa philosophie: la distinction entre l’âme et le corps.

Dans un développement long et fastidieux, le philosophe s’étend sur le fonctionnement du cœur. Grâce à des phénomènes de dilatation, de flux et de reflux, on peut rendre compte de la circulation du sang et expliquer comment nous pouvons nous mouvoir. Le corps n’est rien d’autre qu’une machine complexe, qu’on pourrait comparer à un automate ou à une horloge.

René Descartes
René Descartes. Aucun philosophe n’a eu plus d’influence que cet homme sur le monde moderne. Il est pour ainsi dire l’initiateur du progrès technologique tel que nous le concevons aujourd’hui.

Maintenant, représentons-nous un de ces automates qui nous ressembleraient en tous points. En plus des fonctions biologiques que nous venons d’évoquer, il pourrait posséder certaines formes de langage, en répondant aux stimuli extérieurs: dire quand il souffre, quand il a froid ou faim. Comment parviendrions-nous à le distinguer des hommes véritables que nous sommes? Posé en 1637, le problème est d’une actualité troublante à l’heure des robots et des Intelligences Artificielles. Les écrivains et cinéastes en ont tiré de nombreux romans et films de Science Fiction.

Pour Descartes, il y a deux moyens très simples de démasquer l’intrus. Le premier: la conversation. Notre créature ne serait pas à même d’exprimer ses pensées, comme peut le faire le plus stupide des hommes. Le second: la capacité d’adaptation à la diversité du réel. Notre machine pourrait réagir de façon plus appropriée que l’homme à certains cas de figure pour lesquels elle a été conçue, de la même manière qu’une horloge marque mieux le temps que nous ne pourrions le faire. Mais il se trouverait nécessairement des situations où elle achopperait, ne possédant pas la plasticité de l’esprit humain.

Ce que nous avons et que ne peut posséder une machine, aussi sophistiquée soit-elle, c’est une âme, une entité distincte du corps, dotée de conscience, de raison et de jugement.

Entre nous, la différence entre l’homme et la machine risque de devenir de plus en plus ténue dans les années à venir. Il n’est pas impossible même que cette dernière nous surpasse dans des domaines où l’on se croyait hors d’atteinte. Mais cela, un philosophe du temps de Richelieu et de Christine de Suède ne pouvait le deviner…

Pour en revenir à notre sujet et achever de présenter la démonstration de Descartes, imaginons une de nos machines qui aurait l’apparence d’un animal quelconque. Comment opérer la distinction que nous venons de faire un peu plus haut? Le philosophe répond de manière catégorique. C’est impossible, pour la simple et bonne raison que ni l’un ni l’autre ne possède d’âme. L’animal est conditionné par ses instincts, réagit aux signaux que lui envoient le monde extérieur. Il ne pense pas.

La réponse de Jean de La Fontaine

Cette prise de position pour le moins tranchée a donné lieu à de vastes débats au XVIIe siècle. La plus belle réfutation est apportée par l’un de nos plus grands poètes, Jean de La Fontaine, dans le second recueil de ses Fables. Il s’agit du « Discours à Madame de La Sablière« . Le poète détruit les arguments du philosophe, moins par le raisonnement que par l’observation.

Jean de La Fontaine. On a tort de voir en ses fables de petits récits destinés aux enfants. Elles en apprennent davantage aux adultes. Ce sont de petits bijoux de finesse, d’intelligence et de poésie.

Le vieux cerf et la perdrix usent de leurres, l’un pour échapper au chasseur, l’autre pour sauver ses petits. Comment expliquer tant de ruses par des effets de ressorts et de poids internes, de la mécanique? Il y a mieux. Les castors réalisent des constructions surprenantes et pourraient en remontrer à Platon en matière d’organisation sociale. La communauté qu’ils forment est plus soudée que la cité idéale. Et que dire de ses animaux proches du renard qui, d’après le roi de Pologne, connaissent mieux que nous l’art de la guerre?

En somme, pour que les uns puissent tromper le chasseur, pour que les autres s’organisent de façon à construire des barrages ou se battre entre eux, il faut bien qu’ils soient dotés d’une parcelle d’intelligence ou de raison – ce que Descartes appelle l’âme.

Et, quand on étudie les insectes eusociaux, on est surpris de trouver une forme de langage faisant appel à la chimie, les phéromones des fourmis, ou aux mouvements, les grands huit des abeilles qui indiquent l’emplacement de pollen. Un certain Karl von Frisch a même montré que ces petites bêtes avaient une mémoire!

Des animaux et des hommes

On ne peut mettre sur le même plan les réalisations de l’homme et de l’animal. On peut difficilement concevoir que l’huître et la limace disposent de cerveaux aussi développés et performants que les nôtres. Tout est affaire de degré dans l’évolution. On ne peut nier cependant que les animaux aient des émotions, comme le prouve mon chien chaque fois que je le retrouve. On pourrait ajouter, en ce qui concerne les poulpes, les dauphins et les insectes, que la nature a créé ici et là des formes d’intelligences très différentes de la nôtres et qui nous surprendraient si nous prenions la peine de nous y intéresser.

Méfions-nous des philosophes qui étudient la nature dans les livres et ont la fâcheuse habitude de déformer la réalité de façon à la mettre en accord avec leurs idées. La démonstration de Descartes dans le Discours de la méthode est brillante, implacable, mais ne tient pas face aux quelques observations de Jean de La Fontaine.

Les animaux ont-ils une âme? L’huître et la limace peut-être pas. Mais les mammifères et volatiles que nous exploitons pour nous nourrir sont  plus proches de nous que nous ne le pensons. Et, puisque nous en sommes à parler d’âme, sommes-nous bien certains, nous-mêmes, d’en posséder une?

Dans la vidéo ci-dessous, on apprend que les singes capucins sont sensibles à l’injustice – sentiment que l’on croit communément propre à l’homme. La réaction du singe de gauche m’a beaucoup amusé. En même temps, on peut le comprendre…

Des fourmis et des hommes, ou de l’inconvénient d’avoir une conscience…

Gros plan sur une fourmilière. Aucun des petits êtres qui s’agite à sa surface ne connaît les angoisses, la psychose que nous vivons. Ils grouillent sur un tas de brindilles, à l’ombre d’herbes nouvelles, et se déploient alentour en d’interminables processions.

Et pourtant, de terribles cataclysmes les frappent régulièrement.

La cité se trouve au bord d’une route. Des monstres de métal aux pattes arrondies écrasent ces habitantes par dizaines. Les mandibules du foumilion, au fond d’un entonnoir tout proche, guette l’imprudente qui glissera jusqu’à elles. Un oiseau vient fouiller de son bec jusqu’aux plus bas étages. Et, au moment des fenaisons, le paysan arasera son dôme avec ses machines, sans y prendre garde.

Les fourmis conçoivent-elles quelque inquiétude? Se laissent-elles aller au désespoir, quand le malheur s’abat sur elles? Non. Elles vaquent à leurs occupations. Quoi qu’il arrive, elles font leur devoir. Qu’elles perdent une ou plusieurs pattes, même leur abdomen broyée, elles poursuivront dans la mesure de leurs forces.

Comme nous différons d’elles!

Quand on y songe, la conscience, qui nous vient de l’évolution de notre cerveau, ou du péché originel, est une effroyable malédiction.

Deux visions du monde – réflexions sur la science et les religions

Un amateur qui s’assume

Comme on l’aura remarqué à travers mon dernier article, je me suis beaucoup intéressé aux sciences ces derniers temps. En parfait amateur. Je ne m’inventerais pas de diplôme d’ingénieur ou d’astrophysicien. Je n’ai qu’une maîtrise de lettres classiques.

Rien de plus passionnant, toutefois, que d’étudier l’univers et l’évolution du vivant à travers des ouvrages de vulgarisation et, en prenant un peu de recul, d’établir des rapprochements avec d’autres disciplines, de creuser quelques grandes questions métaphysiques.

On me dira que, dans l’idéal, il faudrait être spécialistes de tous les sujets que l’on se propose de traiter. Mais, même les plus grands spécialistes se trompent et ne maîtrisent jamais parfaitement leur matière…

Religion et science

En feuilletant dernièrement un entretien entre le moine bouddhiste Matthieu Ricard et l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, il m’est venu à l’idée que les différentes religions et philosophies se réduisaient au fond à deux visions très différentes du monde. Et j’ai acquis la conviction que l’essor de la science en Europe doit beaucoup au christianisme. Non pas à l’Eglise, en tant qu’institution, et ces différentes condamnations et mises à l’index, mais à une certaine conception du monde et du temps.

Pour le bouddhisme, le monde se réduit à un ensemble de phénomènes sans début ni fin auquel il est parfaitement vain de s’intéresser. Au contraire, en se laissant piéger dans son engrenage, on reste englué dans le samsara, un cycle de souffrances, de malheurs, d’ignorance. Bouddha nous invite à nous en arracher par un effort sur soi. Les Hindous et les Grecs de l’Antiquité avaient également une vision cyclique du temps, et voyaient le monde comme un espace clos dans lequel évoluaient leurs dieux.

Changement de paradigme avec les religions monothéistes. Avec l’idée de Création, on assiste à un commencement. Pour Saint Thomas d’Aquin, il n’est pas possible que la chaîne de causes et d’effets que représentent les phénomènes soit infinie, comme le prétend Matthieu Ricard. Il y a nécessairement un principe originel, absolu, que rien n’aurait engendré. C’est pour lui une des cinq preuves de l’existence de Dieu. Le monde ayant eu un commencement, il aura

Galilée. « La nature est un livre écrit en langage mathématique. » En d’autres termes, on peut appréhender le monde, le déchiffrer et le comprendre.

une fin. Le temps n’est plus cyclique, mais linéaire. L’homme participe à une aventure cosmique, qui doit aboutir au triomphe du Bien sur le Mal.

 

 

Par là-même, le monde devient digne d’intérêt, il émane d’une puissance supérieure, d’un être infiniment bon. En essayant de le comprendre, en dégageant des lois sur sa nature, son fonctionnement, on remonte au Créateur. S’ils ont souvent été en délicatesse avec l’Eglise, les plus grands savants étaient profondément croyants.

Les choses ont-elles un sens?

La question est maintenant de savoir qui a raison ou tort, des chrétiens et des bouddhistes. A savoir, la réalité se réduit-elle à un enchaînement sans but et sans fin de causes et d’effets, ou bien a-t-elle un sens? L’univers se réduit-il à un éternel recommencement ou évolue-t-il vers quelque chose de nouveau?

Si l’on en croit la théorie du Big Bang, il serait né il y a treize milliards d’années à partir d’un point infime. Il se déploie, il s’enfle, il grandit. Cette découverte embarrassait beaucoup Einstein et les scientifiques du début du XXe siècle, qui voulaient croire à un univers statique. Et elle fit crier victoire à l’Eglise et au pape, qui pensaient avoir là une preuve du Fiat lux de la Genèse. Mais, comme l’hypothèse se confirmait, d’autres visions ont émergé. Après la phase d’expansion, on pourrait assister à une phase de rétractation de l’univers. Après le Big Bang, le Big Crunch, qui engendrerait un nouveau Big Bang. On reviendrait alors à la notion de cyclicité…

En considérant mes lectures avec une certaine distance, je vois dans ce qui nous entoure le déploiement de potentialités. Il semblerait que l’univers, aux origines, ne soient qu’informations, principes, lois, constantes (masses, charges, spins) et que les quasars, les galaxies, le système solaire, puis l’évolution à la surface de la Terre n’en soient qu’une déclinaison. En cela, je suis assez proche de la philosophie de Platon ou de Plotin. D’abord, les Idées, éternelles, ensuite, le monde sensible.

Nos lumières sont si petites!

Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais qu’une vision partielle des choses. Sans les observations patientes de Copernic, Tycho Brahe, Galilée, nous ne saurions jamais que la Terre tourne autour du soleil. Rien de moins intuitif. Et comment croire que les étoiles sont si lointaines que nombre d’entre elles sont mortes au moment où leur lumière, après un long voyage, nous parvient? Comment croire que tout ce que nous percevons, tout ce qu’embrassent les plus puissants télescopes tenaient, il y a treize milliards d’années, dans un espace plus restreint qu’une tête d’épingle? L’histoire de l’univers, telle que nous la racontent les plus éminents astrophysiciens n’est de toute évidence qu’un point, une touche, un grain du tableau qu’est réellement l’Univers. Et qui sait quelles surprises il nous révélerait, plus incroyables encore que celles que je viens d’évoquer, si nous pouvions l’embrasser par l’esprit dans son ensemble?

Que savons-nous?

Matthieu Ricard
A nous laliberté! avec Alexandre Jollien et Christophe André, est un livre d’entretiens très riche, plein d’optimisme et d’énergie positive, que je recommande vivement.

Pour en revenir à Matthieu Ricard, au bouddhisme, au christianisme, les religions, les idéologies, les courants de pensée sont tributaires de l’histoire. Siddharta Gautama (le Bouddha) ne connaissait pas le concept d’évolution des espèces, encore moins le Big Bang. Tel qu’il le voyait, le monde lui paraissait statique. Le Christ en revanche naît dans une période tourmentée par des attentes messianiques. On pense que la fin des temps est proche, d’où un temps linéaire. Les deux systèmes de pensées sont liées à un contexte précis, et se sont développés au gré des vicissitudes de l’histoire et des oppositions auxquels ils ont fait face.

Dans l’entretien dont je parle plus haut, Matthieu Ricard tient absolument à ce que le monde n’ait ni commencement ni fin, sans quoi son système de pensées s’effondrerait. En face, on y croit dur comme fer. La Foi. Mais, au fond, qu’est-ce qu’on en sait? Et qui sommes-nous pour répondre de manière si péremptoire à des questions qui nous dépassent?

 

 

Derrière la tranquillité des nuits

L’agitation dans l’infiniment petit

Tout est tellement calme! Un instant, je m’arrête d’écrire et contemple ma chambre.

Quoique tranquille en apparence, mes draps et le parquet, que j’ai balayé ce matin, grouillent de vie. Des acariens plus monstrueux que les dinosaures du Jurassique se meuvent dans une jungle inextricable. Qu’on les considère de plus près: ces êtres sont des cellules, elles-mêmes constituées de molécules complexes. Un nouvel univers se déploie. Des électrons jaillissent et disparaissent en un nuage diffus autour de protons et de neutrons que forment les quarks. Et, selon les théories les plus audacieuses, la vibration de cordelettes dans des dimensions enroulées pourraient produire ces particules élémentaires.

Les objets de ma chambre résulteraient d’une symphonie de l’infime.

Le déploiement des univers

Je pose mon stylo, regroupe mes feuilles et décide de prendre l’air. Pas un souffle. Tout dort. Les branches des arbres m’invitent à regarder la lune et les étoiles, immobiles dans le ciel.

Andromède, la galaxie la plus proche de la Voie Lactée, notre galaxie.
Andromède, la galaxie la plus proche de la Voie Lactée, notre galaxie.

Et pourtant, sous mes pieds, la Terre, dans sa rotation, se hâte de ramener le jour. Elle est emportée autour du soleil, une étoile de taille moyenne, à la périphérie d’un amas d’autres étoiles. Une spirale dont un bras traverse le firmament, et qui s’enfle en son centre, aspirée par d’immenses trous noirs.

Combien de galaxies qui s’éloignent, portées par le souffle d’une explosion?Un espace-temps qui s’est ouvert soudain, à partir d’un point aussi infime que les particules évoquées tout à l’heure. Et qui sait si l’une d’elle ne naît pas au sein de chaque trou noir? Si bien que l’univers pris dans son ensemble serait l’éclosion sans fin de nouveaux univers…

Je préfère revenir à cette nuit hivernale. L’agitation de l’infime et les mouvements qui nous emportent malgré nous dans les espaces vides et glacés me laissent perplexe, et m’effraie…

Les ruelles et le relief d’une âme

Un peu de paperasse

J’ai dû me rendre à Privas, hier, pour régler quelques soucis administratifs. Rien de grave, au contraire: je viens de fonder une microentreprise. Et je pourrai bientôt courir les salons du livre. Si l’écriture de mes romans et mes questionnements philosophiques ne m’absorbent pas trop…
Le petit village de Coux
Coux, au bord de l’Ouvèze.

J’ai quitté un immeuble sinistre, puis notre préfecture tristounette. Plutôt que de regagner directement le plateau ardéchois, j’ai fait un détour par le petit village de Coux, en aval de la vallée de l’Ouvèze. Depuis le temps qu’en contemplant ces bâtisses qui s’étirent sur une crête, de l’autre côté de la rivière, je rêvais d’y faire une halte!

Un petit village charmant

Étrange promenade dans la nature déréglée de ce mois de février… L’air était froid, le ciel gris, et des murs de pierres cascadaient les violettes, et sur les arbres et arbustes venaient d’éclore mille pétales éclatants!

L’église m’a touché par sa simplicité. De son parvis, on s’engage dans une artère sinueuse, bordée de maisons charmantes. De distance en distance, l’une d’elle est reliée à son vis-à-vis par un pont. Parfois, un balcon offre une échappée sur la rivière en contrebas.

Le lecteur connaît mon affection pour ces constructions complexes, qui sont pour moi une représentation des tréfonds tortueux de notre âme. Nous aimons les lieux qui correspondent à notre nature la plus intime.

Géographie personnelle

« La carte n’est pas le territoire » (Alfred Korzybski). Rien de plus subjectif que la vision du monde qui nous entoure. Les lieux se chargent de souvenirs et d’émotions. Ils ne se présentent pas tels qu’ils sont, mais selon l’état d’esprit dans lequel nous nous en sommes longuement imprégnés.

L’Ouvèze, cette petite rivière ardéchoise, revêt une grande importance dans ma géographie personnelle. Elle relie l’espace étroit et sûr de mes montagnes au Rhône, qui débouche sur un ailleurs à la fois merveilleux et inquiétant. Au-delà? En un vaste arc de cercle: la Méditerranée, les Alpes, Lyon et Paris. L’ailleurs, l’exotisme, la promiscuité angoissante des villes. Descendre le cours de l’Ouvèze est un arrachement. C’est quitter le monde étroit et familier de l’enfance pour aborder des rivages inconnus.

Rien d’autre que le cheminement d’une vie.

 

La lune et le lichen

La lune et une touffe de lichen sur un arbre. Deux photos prises au hasard de promenades, ces derniers jours, et qui m’ont amené à une petite introspection, des souvenirs et les réflexions que voici.

La lune, entre rage et mélancolie

« O graziosa luna », s’exclame le poète Léopardi.

La lune n’était pas vraiment pleine cette nuit-là, mais j’ai mal dormi. Pour échapper à l’énervement, de bonne heure, j’ai fait cinq kilomètres à pieds dans un froid glacial et me suis enfermé dans une chaumière où j’ai écrit près d’un poêle. Quinze pages. Il faisait si froid à l’intérieur que le métal de la chaise me gelait les fesses!

Je suis « lunatique ». L’astre des nuits influe sur mon sommeil et mon humeur. C’est une rage profonde qui m’anime, et que je contiens avec peine, ou une mélancolie lancinante qui me rend rêveur.

Je me souviens d’une soirée en Chine, au bord d’une rivière, après la chaleur accablante d’une journée d’automne. Une nuit vaporeuse comme on en trouve seulement dans ces lointaines contrées. La pleine lune. On se devait de penser, au cours de cette fête, aux proches dont nous sommes séparés. « Do you miss your girlfriend? » m’avait demandé une petite demoiselle fort charmante, avec qui j’entretenais des rapports ambigus.

Oui, ma petite amie restée en France me manquait, même si j’avais moins de vingt-cinq ans et que j’étais d’humeur volage…

La lune est toujours associée au manque, au désir, à la poésie la plus pure. Elle est l’astre du poète romantique.

Le lichen ou l’association, plutôt que la compétition

Certes le lichen
Certes, cette touffe de lichen qui s’épanouit est la preuve d’une alliance réussie, mais ne se fait-elle pas au détriment d’un arbre qu’elle parasite?

Drôle d’organisme que le lichen. Il naît de la symbiose surprenante d’un champignon et… d’une algue! Collaboration gagnante! Il croît ainsi sur les arbres et les rochers, sous toutes les latitudes, que le temps soit sec ou humide! Seule la pollution lui est fatale. La photo ci-contre prouve, s’il en était besoin, qu’on respire un air sain dans mon Ardèche natale.

Pour le botaniste et philosophe Jean-Marie Pelt, il est l’illustration même du principe d’association qui régit le monde. Depuis le Big Bang, le déploiement de l’univers ne se fait pas autour d’oppositions, de grands affrontements. Contrairement à une lecture biaisée de Darwin, mise en avant par l’actuel libéralisme, l’évolution n’a pas pour moteur la lutte pour la survie, mais la coopération d’êtres, d’entités, d’ensembles de plus en plus complexes.

Le sens de la vie résiderait dans l’entraide, et non dans la compétition. Voilà une belle réflexion, mais est-elle juste? Je veux dire, se vérifie-t-elle quand on étudie froidement le monde, l’évolution de la vie et le cours de l’Histoire?

Qu’en pensez-vous?

Un rêve, et quel rêve !

A partir d’un rêve marquant, que je raconte dans le détail, je me propose d’expliquer, peut-être de manière fantaisiste, l’origine des dieux et le développement des civilisations. Rien que ça!

Le beau-père, l’ex et le biker

De retour de la promenade sentimentale évoquée dans l’article précédent, je me suis endormi comme une masse, avant dix heures, sur le canapé dépliant de mon frère. Rideaux fermés dans le petit appartement. Noir total. Je me retrouve tout à coup dans le hall d’un aéroport. Une rumeur diffuse s’élève peu à peu. Avant d’embarquer pour le Nouveau Monde, je croise mon ex qui fait enregistrer ses bagages devant moi. C’est plus fort que moi: je lui crache à la figure d’abominables injures. Puis, dans une salle d’embarquement bondée, peu avant de monter dans l’avion, voilà que je me retrouve à quelques pas de son père. Je le menace, souhaite en venir aux mains, mais il m’est impossible de l’atteindre – il y trop de monde entre nous – et, impuissant, je le regarde s’éloigner, porté par la foule. Je me perds à nouveau en menaces et en insultes.

Le Colosse de Goya
Le Colosse de Goya

En posant le pied aux Etats-Unis, je croise un biker tatoué, massif, musclé. Un géant. Un vengeur appelé à la rescousse par mon ex. Dans une salle déserte, nous nous mesurons l’un à l’autre. Je ne suis pas de taille. Dans le combat singulier qui nous oppose, je cherche à le maintenir à distance, donne de temps à autre un coup de pied timide. Je sais que, si je m’engage vraiment dans le combat, il me détruira.

Plus tard, en Californie, dans un quartier chic et ensoleillé, le biker me fait entrer dans l’immeuble où il vit. Un individu peu recommandable. Il avale d’un trait des canettes de bière et les aplatit en refermant le poing. Dans un énorme 4×4, il me conduit dans un saloon où nous rencontrons des jeunes femmes en tenue légère.

J’essaie de me montrer complaisant, de rire, de boire et de plaisanter avec lui. Mais j’ai conscience d’une chose : je suis son prisonnier. A plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, je vais devoir lui fausser compagnie, faire du stop jusqu’à l’aéroport – le retrouverais-je ? – et me procurer un billet d’avion alors qu’il m’a confisqué mon argent. L’opération est d’autant plus risqué que l’homme est puissant et dangereux. S’il s’aperçoit de mes manigances, il me tuera.

Dans le noir le plus total, je sors de mon lit et erre à tâtons dans l’appartement. Suis-je à Villard ou en Californie ? Je crains encore de croiser le géant. Je trouve l’interrupteur et une ampoule fait apparaître enfin le bois et les décorations d’un petit appartement rustique.

L’apparition d’un dieu?

Eugène Delacroix, Lutte de Jacob avec l'ange
Eugène Delacroix, Lutte de Jacob avec l’ange

Si j’avais vécu il y a deux mille cinq cents ans, ce rêve m’aurait troublé de manière durable. Je l’aurais interprété comme une mise en garde. On voyait alors les songes comme un moyen pour les dieux de communiquer avec les hommes. C’est ainsi que Zeus trompe Agamemnon au début de l’Iliade. Le géant ? Un dieu, ou plutôt un démon, que je comparerais aux Asuras du Ramayana, dans la littérature hindoue. Et, peut-être, en omettant le côté maléfique de l’apparition, pourrais-je voir dans le duel à mains nus un combat de Jacob avec l’ange…

Avant de prendre le car pour Grenoble, où je devais passer une journée dans une bibliothèque scientifique, je me dis que mon rêve fournissait une clé d’explication à la naissance des dieux dans l’Antiquité.

A échelle individuelle, il ne s’agit que d’une révolte de mon inconscient contre une séparation amoureuse que j’ai du mal à digérer – ma journée à Grenoble a ravivé le traumatisme – et l’incarnation de difficultés dans lesquelles je me sens empêtré. A l’échelle d’une civilisation, un dieu est l’incarnation d’un conflit ou d’une nécessité puissante dans l’inconscient collectif.

La naissance d’une psyché collective

Dans les mythologies les plus connues, on assiste, à l’origine, aux combats cosmiques de dieux organisateurs contre les puissances du chaos. 

Ingres, Jupiter et Thétis
Ingres, Jupiter et Thétis. Dans l’Ilade, Zeus est surnommé « père des dieux et des hommes ». Certes, il a souvent maille à partir avec Athéna, sa fille, et surtout Héra, qui est particulièrement pénible. Il n’en incarne pas moins l’autorité sur laquelle repose le pouvoir au sein de la famille et de la cité. Sous ses pieds, un bas-relief représente les victoires sur des serpents et des divinités malfaisantes qui lui ont permis d’asseoir sa domination.

Après dix ans d’une guerre sans merci, les fils de Cronos viennent à bout des Titans, fils de la Terre. Marduk à Babylone terrasse Tiamat, déesse des eaux. De la même manière que des groupes dispersés, sans lois et sans véritables chefs sont réunis en un ensemble hiérarchisé – la cité -, le monde évolue peu à peu pour devenir un tout harmonieux, avec à sa tête une figure puissante garante de l’ordre.

Les pulsions les plus mauvaises, la barbarie, la sauvagerie primitive, sont refoulées dans les tréfonds de l’inconscients collectifs, le Tartare, qui se situe dans d’insondables abîmes souterraines. De temps à autres, ces pulsions s’exhalent sous la forme de créatures effrayantes, comme les Géants, ou pire, le redoutable Typhon. Après avoir vaincu les unes, d’autres, toujours plus effrayantes, apparaissent. 

Vie en société et refoulement

Enluminure tirée des Très Riches Heures du Duc de Berry
Enluminure tirée des Très Riches Heures du Duc de Berry et représentant la chute des anges rebelles. Illustration magnifique de la psyché chrétienne. En haut, Dieu dans une mandorle, entouré des anges fidèles. En bas, Lucifer et les anges rebelles, qui se changeront en épouvantables démons. Entre les deux, une barrière de nuage bien nette surmonté de gardiens (équivalents des Hécatonchires de la mythologie greccque) qui les empêcheront de troubler l’ordre serein du Dieu Très Haut.

La vie en cité impose à l’homme un mode de vie pour lequel il n’est guère adapté (cf. mon article sur Konrad Lorenz). Il doit brider son agressivité de chasseur et oublier la soif de grands espaces du nomade. Il lui faut travailler et obéir. Avec la civilisation, un refoulement que ne devait pas connaître le primitif, et l’apparition de deux espaces : celui des profondeurs où l’on enferme pulsions et désirs néfastes et celui des hauteurs où se trouve un idéal de vie. Entre les deux, de redoutables gardiens, les Hécatonchires, créatures à cent bras qui empêchent les hordes enfermées dans le Tartare de prendre l’Olympe d’assaut. S’ils y parvenaient, le monde retournerait au chaos des origines. La civilisation sombrerait dans la barbarie.

Avec le christianisme, le refoulement est plus puissant encore. A la nécessité d’obéissance absolue aux lois viennent s’ajouter des exigences morales plus fortes – en matière de sexualité notamment. Le sombre Tartare devient une fournaise où la souffrance n’a pas de fin et l’Olympe un au-delà de lumière pure. Le processus psychique y atteint une tension extrême. Et il n’est guère besoin d’une analyse approfondie pour déceler dans l’imagerie traditionnelle du Diable la manifestation d’une frénésie sexuelle, que l’on cherche par tous les moyens à dompter. Encore une fois, plus on la refoule, plus elle devient forte et menaçante.

Les racines les plus profondes de la civilisation

Le lecteur féru de psychanalyse retrouverait là, peu ou prou, une représentation de la psyché humaine selon Freud, mais à l’échelle d’un groupe d’individus.

Pour en finir avec ce géant qui a marqué ma deuxième nuit à Villard-de-Lans, je soulignerai l’importance de ces manifestations psychiques. Ce sont elles, selon moi qui structurent de façon durable une civilisation, car elles sont enracinées au plus profond de nous. Elles naissent sur le terreau de périodes troublées, deviennent une force organisatrice avant de s’étioler et de retourner au chaos d’où elles sont sorties. Nouveaux troubles. D’autres naissent alors et un nouveau cycle commence.

Finalement, les dieux, les anges et les démons ne sont peut-être rien d’autres que des incarnations de désirs refoulés, de conflits intérieurs, comme mon biker. Simplement, elles ont perduré davantage dans les mémoires. Et on les a adorées ou conjurées.

« Souvenir, souvenir, que me veux-tu? »

Le plaisir dans l’effort

Villard-de-Lans
Villard-de-Lans

J’ai logé plusieurs jours chez mon frère à Villard-de-Lans, dans le Vercors – j’apprécie beaucoup ce massif montagneux auquel je consacre quelques pages dans mon journal de septembre-octobre. Après un repas dans un restaurant discret, mais excellent, nous avons fait un peu de ski de fond du côté d’Autrans. Ceux qui connaissent ma famille savent que mon frère est un grand sportif. Un départ sur les chapeaux de roue m’a épuisé dès les premiers kilomètres. Puis, mes jambes et mes bras se sont lancés dans des mouvements plus souples et plus amples. Je me suis habitué à la cadence. Dans deux ou trois descentes particulièrement abruptes, j’ai préféré déchausser. Les muscles endolories, je marchais d’un pas hésitant, mais je n’avais plus envie de m’arrêter. Malgré le froid, mon dos était détrempé et le vent, un courant d’air, dirais-je, me gelait désagréablement la nuque.

Premier aperçu de Grenoble

Le lendemain, de bon matin, j’ai pris le car pour Grenoble. Après un petit-déjeuner sans caféine, je plongeai dans un état comateux dont je ne sortis que dans l’après-midi. De la route de corniche que j’ai empruntée, la ville se présente comme une agglomération coincée entre des montagnes abruptes. Ses tours et ses immeubles sont embués par un nuage de pollution et, des cheminées de ses usines, sort ici et là un panache de fumée immobile.

Parcourant la Presqu’île, j’ai pu voir quelque bâtiment qui m’intéresse au plus haut point dans l’élaboration de mon récit, des centres de recherches sur les nanotechnologies, en particulier. Grenoble, comme je l’expliquerai plus tard, est depuis deux siècles à la pointe du progrès et de l’innovation.

Le stagiaire et le prof démissionnaire

À la descente du car le froid me glaça jusqu’aux os. La ville est faite de longs boulevards, qui offrent tout à coup une échappée sur des montagnes escarpées et des bouffées d’air glacial qui semblent descendre des sommets enneigés. En arpentant la vieille ville, un sentiment poignant de nostalgie m’assaillit.

Plongé dans mes souvenirs, j'avais l'impression de remuer des feuilles mortes...
Plongé dans mes souvenirs, j’avais l’impression de remuer des feuilles mortes…

Place Victor Hugo, rue Condorcet… J’ai habité là il y a un peu plus de quinze ans. En face se trouvait une boulangerie bio où deux collègues, que je trouvais alors très âgées, venaient me prendre pour me conduire au travail. La bibliothèque où je me plongeais dans les écrits de l’empereur Julien, dont la forte personnalité m’émerveillait. Quelque rue où je me promenais avec des amis. Le souvenir des manifestations contre le CPE de Dominique de Villepin – Jacques Chirac était alors président. Après avoir préparé le CAPES en candidat libre, j’ai été à l’IUFM (où l’on apprend à apprendre) pour mes deux premières années d’enseignement. Voilà que je retrouvais les mêmes lieux peu après ma démission. Une parenthèse se refermait.

Suis-je toujours le même homme?

ποταμῷ γὰρ οὐκ ἔστιν ἐμϐῆναι δὶς τῷ αὐτῷ καθ΄ Ἡράκλειτον οὐδὲ θνητῆς οὐσίας δὶς ἅφασθαι κατὰ ἕξιν· ἀλλ΄ ὀξύτητι καὶ τάχει μεταϐολῆς σκίδνησι καὶ πάλιν συνάγει καὶ πρόσεισι καὶ ἄπεισι.

« Il n’est pas possible d’entrer deux fois dans l’eau d’un même fleuve, selon Héraclite, ni d’atteindre deux fois au même état d’humanité. Au contraire, par la violence et la rapidité du changement, elle se disperse et se rassemble, elle va et elle vient… »

Ne considérant que la continuité de la vie, nous avons l’impression d’être une seule et même personne qui évolue. Quand on est ramené brusquement dans un lointain passé, on a l’impression que des « moi » distincts se succèdent. Sur un peu moins de quinze ans, à l’exception de mes neurones, l’ensemble des cellules qui me constituent se sont renouvelées. L’essentiel de la matière dont je suis formé n’est plus la même. Mais ce sont surtout les vicissitudes du temps qui m’ont transformé en profondeur.

Les deux hommes

En 2005, j’avais les cheveux longs et, romantique comme peut l’être un étudiant en lettres qui vient d’achever son cursus, je voyais s’ouvrir à moi tous les possibles. L’enseignement ne m’intéressait pas. J’entendais me consacrer à la littérature, au journalisme, voire entrer dans la diplomatie. J’étais alors passionné par les langues. Rien ne semblait pouvoir étancher ma soif de connaissances. Avec cela, beau parleur. Je vivais en couple avec une demoiselle charmante – qui s’est changée depuis en érinye – et, comme tous les hommes qui ont à leur bras quelque belle conquête, j’étais à l’aise avec le beau sexe. Je faisais rire les jeunes stagiaires à l’IUFM. Comme Stendhal, j’appréciais la compagnie des femmes.

Quatorze ans d’enseignement, une séparation douloureuse, ont fait de moi un homme dépressif, inquiet et méfiant. Ce ne sont pas seulement les rendez-vous galants, mais les rapports humains en général qui sont devenus compliqués. Un cercle vicieux qui me conduit à m’isoler et un isolement qui me rend de moins en moins sociable. Je ne me verrais pas supporter quelqu’un au quotidien ou, pire, imaginer quelqu’un me supporter. Bien des voies se sont fermées, des illusions se sont évanouies. Plus on avance, et plus l’être riche de potentialités que nous sommes s’amenuise et s’étiole.

A quoi tiennent nos états d’âme?

Pris de maux de tête, j’ai longé les berges de l’Isère et ses nombreuses pizzerias qui sont, disait-on en 2005-2006, tenues par la mafia italienne. Montée, ou plutôt ascension de la Bastille. Sur un chemin en lacets, entrecoupé d’escaliers bien raides, on passe brusquement de 200 à 500 m d’altitude. Avec le treillis de rues droites, les quartiers et les falaises du Vercors et de Chamrousse qui se déployaient peu à peu derrière moi, le grand air, le soleil de l’après-midi, je me sentis un regain d’énergie et mes pensées se firent plus vives et plus légères. Un moment, le moteur interne de ma psychée avait eu ses ratés. Quelques changements de sensations, une impulsion venue de nulle part, et la machine repartait.

A quoi tiennent nos états d’âme? Comme beaucoup d’enseignant, j’ai connu les antidépresseurs. Une simple molécule peut vous rendre euphorique ou vous plonger dans les abîmes du désespoir. Un rêve désagréable dont on ne parvient pas à se souvenir peut gâcher une journée. Un petit rien dans l’environnement, le sommet d’une montagne ou le creux d’une vallée, un ciel serein qui se couvre, et voilà notre humeur changée. J’aimerais, comme l’immense Plotin, n’être qu’une âme détachée de son corps, cet amas capricieux d’os, de nerfs, de sang et de tendons. Mais, je dois admettre par l’expérience que l’âme est la résultante de processus chimiques qui m’échappent et sur lesquels je n’ai aucun contrôle.

Photographie et retour à Villard

J’ai pris des photos et observé avec attention le quartier de la Presqu’île.

Grenoble vu de la Bastille
Grenoble vu de la Bastille. Je n’ai pas emprunté le funiculaire, mais ai gravi à pieds les pentes abruptes de la Bastille!

En redescendant, je me suis représenté l’entrevue de deux personnages sous un cèdre immense du parc Albert Michalon et les jeux de Tom, un de mes héros, sur un amas de rochers cimentés, près de l’école Lucie Aubrac. Je tenais à peu près ce que je cherchais : les lieux où ont vécu Tom, Mélina et leurs parents avant le début du tome 1 et celui où ils retourneront au tome 3.

Revigoré, je pris le car pour Villard-de-Lans dans la nuit qui tombait. Mon frère me réservait un repas copieux dans son appartement lambrissé. Nos discussions furent passionnantes.

L’homme est-il un animal comme les autres?

Konrad Lorenz
Le professeur Konrad Lorenz, un biologiste, un zoologiste et un philosophe.

L’écriture d’un roman amène à faire des recherches et des découvertes inattendues. Pour trouver un nom adéquat à l’inventeur de la machine qui permet à mes deux héros de grossir ou de rétrécir, je me suis intéressé à des scientifiques controversés- je ne peux pas vous dire exactement pourquoi sans dévoiler des éléments-clés de mon intrigue. Et je suis tombé par hasard sur un certain Konrad Lorenz. Cet Autrichien, mort en 1989, n’a pas précisément étudié les insectes – dommage! – mais les oiseaux et les instincts qui les conditionnent. Cela l’a mené à conduire un parallèle passionnant avec l’homme dans trois Essais sur le comportement animal et humain.

L’inné et l’acquis

Vaste débat. Brûlant d’actualité. Mais qu’est-ce que l’innée? Ou, pour commencer, qu’est-ce que l’instinct? Pour le Professeur Lorenz, il ne s’agit pas de réflexes, ni d’actes déterminés par l’expérience et destinés à assurer la conservation de l’espèce. Un animal n’ajuste pas son comportement. L’oiseau n’apprend pas à voler de façon progressive, par tâtonnements. Il est pour ainsi dire programmé à sa naissance. L’instinct se développe en lui comme un organe. Il n’est pas acquis, mais inné.

Ce conditionnement, très important chez l’animal sauvage, est plus réduit chez l’animal domestique. Bien plus encore chez l’homme, de toutes les espèces, la moins déterminée par sa nature.

Notre part d’animalité

Je n’emprunterai pas à l’auteur les exemples d’expressions du visage qui trahissent malgré nous nos émotions. J’en choisirai d’autres qui montrent notre part d’animalité. Que l’on songe aux sentiments viscéraux qui nous étreignent quand il est question de la sécurité de nos enfants. Nous nous sentons tout à coup une rage, une volonté d’en découdre que rien ne peut arrêter. J’ai entendu parler, dans mon travail, de mères de famille d’un mètre soixante qui mettaient en déroute une dizaine de voyous! Que l’on considère encore deux hommes prêts à en venir aux mains pour les beaux yeux d’une belle dans une boîte de nuit. Vous n’avez affaire à rien d’autre qu’à deux taureaux ou plutôt deux primates (on me par-

Deux combattants face à face
Deux combattants face à face.

donnera la connotation péjorative bien involontaire) qui se mesurent l’un à l’autre. Ils bombent le torse, mettent en avant la musculature de leurs bras. Ils froncent les sourcils et approchent leur « museau » l’un de l’autre dans le but de s’intimider mutuellement. Deux chimpanzés!

C’est dans les situations critiques de notre existence, liées aux nécessités de survie les plus profondes, de perpétuation de l’espèce, que notre part d’animalité apparaît dans toute son évidence.

Sommes-nous libres?

Le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre.
Le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre.

Ce printemps, j’exposais à des élèves de premières l’existentialisme de Sartre. Rien de compliqué dans cette doctrine. L’homme se définit par ses actes et non, contrairement à l’animal, par sa nature. D’où la formule célèbre: « l’existence précède l’essence ». L’homme ne peut compter sur aucune autorité extérieure, qu’elles soient culturelles, religieuses, ou autre, pour se construire. Sa liberté est absolue. En même temps, elle s’accompagne d’une responsabilité écrasante. Dans chacune de nos actions, l’humanité tout entière est en jeu. Et nous ne pouvons nous défiler.

-L’homme est condamné à être libre, martèle le philosophe.

-Il ne l’est pas tant que ça, aurait pu lui réponde son contemporain, le professeur Lorenz.

Nous avons évoqué certaines pulsions qui se manifestent malgré nous. Il faut y joindre les déterminismes éducatifs, culturels, économiques. Les convictions les plus profondes, à l’origine de nos actes, sont le fruit d’une histoire personnelle, des aléas de la vie, du milieu dans lequel nous avons grandi et même, pour une part non négligeable, de traits de caractère héréditaires.

Certes, dans les sociétés modernes, nous voulons croire en un homme débarrassé de toutes formes de déterminismes, un sujet qui se construit ex nihilo. C’est là le fruit d’un long mûrissement de la civilisation occidentale, un progrès, une conquête indéniable de la culture sur la nature. Mais cet être est une construction d’intellectuels, de philosophes. C’est un idéal. Les hommes de chair et de sang sont mus par des instincts ancestraux et conditionnés par leur religion, leur éducation et leur culture.

Certes, nous sommes acteurs de nos existences. Il ne faudrait pas nous dédouaner de toutes nos responsabilités. Mais notre marge de manœuvre est plus réduite qu’on ne veut bien le croire.

Le « mignon » et notre propension à nous attendrir

Le "mignon"
A gauche, les têtes dont les proportions donnent l’impression du « mignon » (enfant, gerboise des steppes, pékinois, rouge-gorge). Les adultes, à droite, ne déclenchent pas la réaction de soin des petits (homme, lièvre, chien de chasse, merle doré).

Les êtres sur lesquels nous portons notre affection, notre tendresse, nos soins, ont des caractéristiques bien précises. Ce que Lorenz, ou plutôt son traducteur, appelle « mignon ». Ce sont les traits de l’enfant dans son plus jeune âge: un front bombé, des joues pleines, une petite bouche, des membres dodues, une tête proportionnellement plus volumineuse qu’à l’âge adulte. A la vue d’un nourrisson, nous devenons « gaga ». Instinct salutaire que Dame Nature a disposé en chacun de nous. Sans cela, le petit être sans défense dépérirait, faute de nourriture et de soin.

Lors d’une promenade, lorsque ma plus jeune fille en a assez de marcher, elle baisse la tête et fait la moue. Je fonds et, immanquablement, la porte sur mes épaules!

L’évolution a amené de nombreux animaux de compagnie à adopter les critères du « mignon », afin de tirer de l’homme de quoi subsister. La différence entre un loup et un caniche est frappante. Il ne nous viendrait pas à l’idée de caresser l’animal sauvage. Ses dents, son long museau nous en dissuadent. En revanche, le crâne proéminent, le museau court et retroussé du second, sa petite taille nous invitent à le câliner.

Ce n’est pas un hasard si les femmes seules ont des chats, ou des bichons. Ils leur tiennent lieu d’enfants et elles les entourent de tout autant de soins.

L’animal sauvage et l’animal domestique, nos critères esthétiques

Chez l’adulte cependant – c’est là ce qu’il y a de plus paradoxal et de plus intéressant dans la réflexion de Lorenz – les caractéristiques de l’animal domestiques sont toujours synonymes de laideur, tandis que celles de l’animal sauvage renvoie à un idéal de beauté.

Silène
Antoine Van Dyck, Silène ivre soutenu par un faune et une bacchante (vers 1620)

Pour illustrer son propos, l’auteur compare Socrate et Périclès, deux figures célèbres de l’Athènes du Ve siècle av. J.-C. Nous leur préférerons Silène (évoqué par ailleurs dans l’ouvrage) et Apollon, de même que l’ensemble des dieux de l’Olympe (à l’exception d’Héphaïstos).

L’animal domestique, comme la poule, est lourd, pataud, court sur pattes. De la même manière, l’homme laid a du ventre, des épaules étroites et des membres chétifs. Son visage est flasque, ses joues pendantes. On pourrait établir un parallèle entre son faciès et la gueule du bouledogue.

Apollon du Belvédère.
Apollon du Belvédère.

Inversement, les membres longs et musculeux, le corps longiligne de la bête sauvage sont des critères de beauté universels. Les dieux de l’Olympe, les empereur romains en majesté, ont les hanches étroites, les épaules larges, un torse dessiné, les traits du visage fermes.

Il est évident que la beauté ne se réduit pas à l’apparence physique, que des hommes petits et gros peuvent avoir plus de charmes que leurs rivaux grands et sveltes. Mais l’on n’est bien obligé d’admettre que les acteurs sur lesquelles s’extasient ces dames dans les séries américaines ont tous les caractéristiques dégagées par le professeur Lorenz, de même que les jeunes gens qui ont le plus de succès en boîte de nuit…

Une espèce en perpétuel devenir, et pourtant inadaptée

Quand on considère son existence dans son ensemble, on se rend compte que l’homme se distingue de l’animal par… son immaturité. « Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer », écrivait Nietzsche. L’animal pratique le jeu dans ses premiers mois, cela fait partie de son apprentissage. Ensuite, son comportement se fige. L’homme est en perpétuelle évolution. Il est en mesure d’apprendre tout au long de son existence – même si sa plasticité a tendance à diminuer avec l’âge.

Nous sommes ainsi des créatures inachevées, ce que trahit notre apparence physique: absence de pilosité, griffes et crocs singulièrement réduits, fragilité. Même adultes, nous ressemblons à des enfants.

C’est là, assurément, l’avantage le plus déterminant de notre espèce. Et, en même temps, la malédiction qui pèse sur elle. Les instincts de l’animal l’amènent à vivre en parfaite adéquation avec son milieu. Il a des objectifs sains, en rapport avec la nature dans son essence la plus profonde: se nourrir, survivre, se reproduire. Il n’en va pas de même pour l’homme.

Les progrès accomplis nous ont placés dans des conditions pour lesquelles nous ne sommes pas programmés. Notre organisation sociale, nos outils, notre mode de vie ont considérablement changé en 10 000 ans (un clin d’œil à l’échelle de l’évolution). Notre nature est restée la même. En milieu hostile, avec la nécessité de se nourrir de gibier, le chasseur du paléolithique doit pouvoir se montrer féroce. Il en va de sa survie et de celle du groupe.

La Nuit de Cristal.
La Nuit de Cristal en 1938 est un des exemples les plus effrayants d’explosion de violence dirigée contre un bouc émissaire.

Dans les sociétés modernes, cette agressivité n’a plus de raison d’être, mais elle est toujours présente. On expliquera ainsi les violences conjugales, qui font malheureusement la une des journaux, les guerres et la nécessité de canaliser ces énergies négatives et de les reporter sur une victime expiatoire. Les démagogues depuis les origines ont bien compris le parti qu’il pouvait en tirer et ont désigné à la vindicte populaire hérétiques, juifs, sorcières, étrangers, etc.

Les processus d’inhibition de la violence

Dans un conflit entre deux chimpanzés, quand il a le dessous, l’un des deux combattants montre qu’il se soumet. Aussitôt, la violence de son adversaire retombe. Des processus d’inhibition instinctifs sont à l’oeuvre. Au passage, ils n’existent pas chez la colombe. En cas d’agression, l’un des deux volatiles s’envole à tire-d’aile. Mais, si on les enferme dans une cage, l’un frappera l’autre de son bec jusqu’à le réduire à un amas de chair et de plume sanguinolent…

Bombardement d'Hiroshima.
A bord de son bombardier, cet Américain s’apprête à larguer Little Boy, une bombe atomique, sur Hiroshima.

De la même manière, avec le développement d’armes de plus en plus sophistiquées, les mécanismes d’inhibition de la violence se sont étiolés chez l’homme. Il y a une différence considérable entre tuer son prochain de ses propres mains, entendre ses cris, voir son visage changer de couleur, une lueur de vie s’éteindre dans ses yeux, et l’abattre d’un coup d’épée ou d’une pression de l’index sur la gâchette d’un revolver. La technologie nous rend inhumain. Aujourd’hui, l’armée américaine détruit avec ses drones des villages entiers – leurs soldats sont des jeunes gens qui pilotent leurs appareils derrière un écran, comme s’ils jouaient à un jeu-vidéo.

Avec le progrès, le contre-poids moral face à nos capacités de destruction est insignifiant. D’où les massacres inouïes qui flétrissent régulièrement l’histoire de l’humanité et qui ne sont, peut-être, que les prodromes de catastrophes apocalyptiques.

Une espèce vouée au malheur

Pour le professeur Lorenz, tout le malheur de notre condition réside dans l’inadéquation entre notre nature profonde et les nécessités de la vie en société. D’où un état psychologique de conflit intérieur permanent qui s’apparente à la névrose. C’est un trait distinctif de notre espèce. L’animal ne connaît pas nos tourments.

Fresque de la grotte Chauvet
Il y a plus de trente mille ans, les chasseurs- cueilleurs de la grotte Chauvet étaient des artistes aussi brillants que les plus grands génies de la Renaissance, et ils étaient certainement bien plus satisfaits que nous de la vie qu’ils menaient.

Pour ma part, je crois avec Rousseau que nous avons été chassé du Jardin d’Eden avec l’apparition de l’agriculture. C’est là le Péché Originel, et la cause de notre Chute.  Nos ancêtres de la grotte Chauvet étaient heureux « autant que l’homme pouvait l’être ». Leur mode de vie, leur organisation sociale simple correspondaient à leur nature profonde. Nous sommes des mammifères nomades, destinées à parcourir de vastes espaces à la recherche de gibier, à avoir le souci de s’abriter au temps des frimas et de profiter de la chaleur d’une fratrie réduite. Avec l’élevage, la culture du blé en Europe, du riz en Asie, du maïs en Amérique, une harmonie, une forme d’insouciance et de candeur se sont rompues. Les mythes les plus anciens, de la Genèse à l’Âge d’or d’Hésiode, en font état.

Lorenz pense que le développement de la civilisation entraîne une dégénérescence de l’homme occidental. Des individus de plus en plus mous, de plus en plus paresseux, obèses, libidineux et dénués de valeurs morales auraient tendance à prospérer. Notre scientifique est un personnage sulfureux, je l’ai précisé au début de mon article, et a entretenu avec le Nazisme des rapports assez ambigus. Dans la distinction qu’il opère entre sélection naturelle et auto-sélection – cette dernière étant une menace pour l’Europe – on flirte dangereusement avec l’eugénisme et les politiques raciales du IIIe Reich. Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain-là. On reconnaîtra néanmoins une profondeur et une originalité surprenantes aux conclusions du professeur dans ses comparaisons entre l’homme et l’animal. Les grandes questions philosophiques – la liberté, l’attachement, l’esthétique, l’origine de la violence et du mal – y reçoivent un éclairage nouveau.

Alors, pour reprendre la question qui me sert de titre, l’homme est-il un animal comme les autres? Non. Quoique inscrit dans une longue évolution qui le rattache à tout organisme vivant, il s’est arraché brutalement aux conditions naturelles pour lesquelles il avait été créé. De là, des plaisirs raffinés, incomparables, mais aussi des tourments et une détresse qu’aucune espèce animale ne peut connaître.

 

Mes phares (1): Rousseau

Rousseau, le premier auteur auquel j’ai pensé quand il m’a fallu décorer ma chaumière. A presque trois cents ans de distance, nous avons tous deux les mêmes goûts, les mêmes centres d’intérêt, la même sensibilité. Il y a bien des différences entre nous, et de taille. J’aime ma famille et mes filles plus que tout; il a abandonné tous ses enfants. La politique me laisse assez indifférent; il est un des maîtres à penser de la Révolution française. C’est enfin un génie prodigieux auquel j’ai honte de me comparer: je ne lui arrive pas à la cheville. Mais j’ai pensé aux Charmettes, près de Chambéry, en m’installant dans ma nouvelle demeure, et à l’ermitage à Montmorency. Nous aimons tous deux la solitude, la rêverie, les longues promenades à pieds. Il aimait « herboriser »; je préfère observer les insectes. Hier, je suis resté dix bonnes minutes à contempler une araignée sur sa toile et des libellules qui survolaient, sous le soleil de midi, un petit ruisseau bordé de menthes sauvages.

Rousseau avait une sensibilité exacerbée, un peu agaçante parfois, mais quel style dans les Confessions! Quelle audace dans ses aveux! C’est un rare classique dont j’ai dévoré plusieurs centaines de pages en moins d’une journée. Il est dommage que les derniers livres de cette autobiographie sentent la précipitation, témoignent d’un sentiment de persécution qui frôle la folie. Génie à part, notre homme s’est brouillé peu à peu avec tous ses amis et a fini sa vie seul, inquiet, persuadé d’être victime d’un vaste complot visant à salir sa mémoire.

Contrairement à Voltaire, le mondain, qui a fréquenté les meilleures écoles, puis les salons et la cour du roi de Prusse, qui a triomphé au théâtre, a porté des idées nouvelles, a pris parti dans les grandes affaires de son temps, Rousseau est un vagabond qui s’est formé sur le tas, et plus ou moins par lui-même. Il

Il m’est impossible de regarder cette photo sans éprouver une émotion des plus vives. C’est là que le maître a passé, en compagnie de Madame de Warens, les meilleurs moments de sa vie.

quitte les Charmettes pour Paris et, prodige, révolutionne la musique, le roman et la philosophie. Ce petit Genevois d’origine battra tous les Parisiens, et sur leur propre terrain! Il ne fera pas de vieux os, cependant, et regrettera même de s’être lancé dans les lettres. Caractère complexe, et lourd de contradictions.

Mais qu’on lise le discours sur les sciences et les arts, qui l’a fait connaître, celui sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, que l’on a beaucoup décrié, et à tort. Quelle verve! Quelle force! Quelle passion! On pourrait croire ses écrits dépassés par les dernières avancées de l’archéologie. Pas tant que cela. Notre philosophe procède à une reconstitution concise et lumineuse de l’histoire de l’humanité et explique comment les hiérarchies et les injustices sont apparues en ce bas monde. Ses confrères croient au progrès; il pense, lui, que la civilisation et les arts ont rendu l’homme malheureux. Il n’est peut-être pas si étonnant, finalement, qu’il ait eu tant d’ennemis!

De son parcours aux lignes de forces de sa philosophie, en passant par la sensibilité no

uvelle et préromantique des Confessions ou des Rêveries du promeneurs solitaires, tout m’inspire, tout me fascine chez cet homme. Une photocopie de son portrait est affiché dans mon bureau, avec ses yeux brillants d’intelligence. Et je me demande, avant de me mettre au travail, comment lui emprunter un peu de son immense talent.