Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

Il y a quelque jours, en me promenant à Pélussin, j’ai vu que Trois jours et une vie, un roman de Pierre Lemaitre, venait de sortir au cinéma. Je n’ai pas vu le film ‒ je n’en ai pas les moyens , mais je peux vous toucher un mot du roman,  sur lequel j’ai écrit une petite critique, à sa parution, en 2016. Voici donc un texte très direct, plein de partis pris ‒ que j’assume ‒ , agressif comme je savais les faire quand je sortais, énervé au possible, de ma salle de classe.

S’il y a une chose que je n’apprécie pas chez Pierre Lemaitre, c’est son style. Il abuse des tournures passives et des adverbes. Ses phrases sont lourdes et, plus généralement, il s’attarde trop sur les différents épisodes de son intrigue. La conduite de ses romans manque de nerf, de vélocité. On a affaire à un mauvais Diesel et j’aime les moteurs à essence.

Mais son histoire vous prend aux tripes.

Un adolescent de douze ans, dans un accès de rage, tue un enfant de six ans et fait disparaître son corps par peur du père de la victime et de la police (rassurez-vous, je ne résume que les deux premiers chapitres). Il vit ensuite dans la crainte d’être démasqué, avec une culpabilité qui le ronge et le détruit.

Si je n’apprécie guère la description des mouvements de foule et un anticléricalisme pour le moins ringard, je trouve que l’auteur fait preuve d’une grande justesse dans l’analyse psychologique de son personnage principal. On ressent – et j’en frémis rien que d’y repenser – les tourments du jeune assassin.

A l’exception du curé, tous ses personnages sont réussis. Les jeunes filles surtout. Certains, j’ai pu le lire ici et là, parlent de clichés. Il n’en est rien. L’homme qui a vécu à la campagne et a voyagé trouve souvent assez étroites d’esprit les femmes de son village. Il a été éperdument amoureux adolescent, il est déçu quand il les revoit des années plus tard.

Quoi qu’il en soit, ses figures féminines sont un point fort du roman et les scènes de cul sont érotiques sans être vulgaires.

Je ne vous en dis pas plus. Trois jours et une vie (quel beau titre!) dépasse de loin – c’est mon humble avis – Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013. Oubliez les lourdeurs du style et plongez dans cet univers de province mélancolique et brumeux, de délicieux frissons vont vous parcourir le corps. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu une histoire d’une telle justesse, et d’une telle force.

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre
Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre.