La littérature et l’estomac

Douleurs à l’estomac

Ces derniers jours, mon estomac a fait des siennes. Des flots d’acidité, soudain, qui me brûlent le ventre et m’assèchent le gosier. Sensation pour le moins désagréable! Quand je m’allonge, un poison semble s’épancher par toutes les veines et artères et se déverser dans mon crâne. J’ai dormi une heure d’un sommeil lourd. Je me réveille en sursaut. Des vertiges, d’affreux maux de tête, une fièvre mauvaise mêlée d’angoisse me submergent. Il faut que je me redresse, que je laisse l’acidité redescendre et se dissiper, que je boive surtout. Je suis pris d’une soif inextinguible.

Mais ces soucis de santé, quand bien même je les dramatise, sont mineurs et passent peu à peu. Aujourd’hui, me voilà frais et dispos. Je sens que je vais profiter d’un sommeil réparateur dans les jours qui viennent. Pour apprécier un bon état de santé, il faut avoir été malade.

Avancée de mon prochain roman

Ces deux dernières semaines, j’ai bien avancé dans le deuxième tome de ma trilogie, Un fléau venu d’ailleurs. J’en suis à peu près au tiers. L’intrigue se complexifie et demande une attention accrue à toutes sortes de détails. Je devrai, je m’en rends compte, retoucher certains passages. Un épisode mal amené, un personnage dont les motivations ne sont pas claires ou, plus simplement, le style d’un chapitre que je trouve brouillon. Quand j’aurai terminé ce deuxième jet à l’ordinateur – le premier est manuscrit – je considérerai le roman dans son ensemble et procéderai à des corrections en allant, comme toujours, du général au particulier.

L’écriture est une activité plus exigeante qu’il n’y paraît. Mais, bien qu’on peine et tâtonne, on s’évade. Ces derniers temps, j’ai visité une ruche de l’intérieur et vécu, à quarante ans, une amourette d’adolescent. Surtout, je vois des personnages prendre vie et un monde s’animer peu à peu.

La Mort est mon métier

Afin de ne pas perturber mon sommeil, j’évite les écrans en soirée. Au lieu de regarder la télé ou de surfer sur le net, je lis. Cette semaine, je me suis plongé dans La Mort est mon métier de Robert Merle, un roman des années 50 d’une lecture aisée. On y suit le parcours de Rudolf Lang, Allemand de la première moitié du XXe siècle. De la religion rigide, empreinte de culpabilité, que lui inculque son père, il en vient au nationalisme, autre forme de religion, puis au nazisme. Artisan de la solution finale, il organise et coordonne, de façon méthodique, presque industrielle, le génocide perpétré à Auschwitz. On voit comment, sous couvert d’obéissance aux ordres, de dévouement à un supérieur, ici Himmler, un homme peut abdiquer toute forme d’humanité.

Ce roman est prenant. Mais, quand on a lu sur le même thème Les Bienveillantes de Jonathan Littell, on trouve qu’il manque singulièrement d’ampleur.

Macbeth

Johann Heinrich Füssli, Lady Macbeth somnambule

Aujourd’hui souffle un vent violent qui promène dans le ciel de  sombres nuages et agite les arbres dénudés. En me promenant, j’ai vu des rafales soulever et faire s’envoler des paquets de feuilles mortes. De quoi mettre dans l’ambiance de Macbeth. J’ai lu cette pièce hier dans la traduction quasiment illisible de Pierre Jean Jouve. J’aurais préféré celle du fils de Victor Hugo, mais je n’avais que celle-là sous la main. Notre Macbeth est un héros vertueux que le pouvoir rend sanguinaire et dont les crimes finissent par soulever la rébellion qui l’emportera. Toutes les trouvailles de Shakespeare sont d’une force incroyable, que ce soit les sorcières qui tissent le destin du malheureux, l’apparition de spectres ou le somnambulisme de Lady Macbeth. Plus que tout, ce qui me fascine et qu’on ne trouve chez aucun auteur contemporain, c’est la violence absolue des passions, les tempêtes, les ouragans qui secouent les personnages et les amènent à voir la vie comme un mauvais rêve.

Quand on lit les géants de la littérature, on est pris d’enthousiasme et, en même temps, on se sent bien petit, bien insignifiant.

Je ne me décourage pas cependant. Demain, repos. Et, lundi, au travail!