Cogito de Victor Dixen

Cette semaine, j’ai lu pour vous Cogito de Victor Dixen. Un petit compte rendu sur ce roman « jeunesse », les IA et le monde  dans lequel nous vivrons peut-être sans tarder.

Un roman « jeunesse » de qualité

En tant que prof, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec la littérature « jeunesse ». Pour moi, il s’agit d’une sous-littérature, d’une défaite déguisée de l’enseignement. Les classiques avec leurs descriptions et leurs analyses psychologiques ennuient les élèves. Leur vocabulaire est si limité qu’il n’y ont pas accès. On va élaborer des romans spécialement pour eux. Autour de trois axes: action, simplicité, humour à trois sous. Il suffit de dire ensuite qu’il n’y a pas de bonne et de mauvaise littérature, qu’il y a des auteurs géniaux partout et que l’important, c’est que les jeunes lisent.

Ce constat est valable pour 90% de la littérature « jeunesse ». Il ne l’est pas pour Cogito de Victor Dixen. Les caractéristiques du genre sont pourtant là: l’ado mal dans sa peau, qui a de la répartie sans être vulgaire (sinon les collèges-lycées n’achèteraient pas), bons sentiments, aventures, violence limitée. La différence, c’est qu’on affaire ici à un auteur qui maîtrise son sujet et dont les connaissances en science, en histoire, en philosophie sont épatantes. Même si sa façon de les présenter est quelque peu convenue, il simplifie et rend accessibles les problématiques de la société actuelle, les replace dans une perspective historique plus vaste, nous donne une vision probante de l’avenir.

Un monde dominé par les IA

Cogito, ergo sum. « Je pense, donc je suis » Le point de départ de la philosophie de Descartes et le critère de distinction entre l’homme et la machine, ou entre IA forte et IA faible…

Dans le monde de Rox, l’héroïne, le développement des Intelligences Artificielles mène à un chômage de masse, à une sélection drastique des individus. Quelques privilégiés contrôlent d’immenses multinationales tandis qu’une majorité d’individus doivent se contenter d’un travail dégradant, d’alcool et d’ « égo-feuilletons ». Avec le réchauffement climatique, de nombreux migrants ont trouvé refuge dans les pays du nord. Les mégalopoles se sont développées dans les airs pour pouvoir les accueillir. La Bretagne est un grenier à blé et des néo-hippies se sont coupés du reste du monde, en Lozère, pour constituer une société traditionnelle et sans technologie. Le clivage principal se situe entre les promoteurs des IA et les « humanicistes » qui veulent mettre l’homme, et non la machine, au centre des préoccupations sociales.

Tout cela est juste, manque d’ambition dans le développement du récit, mais s’avère d’un réalisme stupéfiant. La révolution de l’informatique que nous vivons accouchera de monstruosités ‒ sûrement plus effrayantes et plus durables que dans le roman ‒ comme la révolution de l’agriculture avant elle (guerres, famines, maladies) et la révolution industrielle (inégalités sociales, armes hautement destructrices, etc.). L’embellie ne viendra qu’après de violents orages…

Stage « Science Infuse »

Dans cette nouvelle société, l’héroïne, quoique issue d’un milieu très modeste, est sélectionnée pour participer à un stage « Science Infuse ». On injectera dans son corps des « neurobots » qui, pendant son sommeil, déverseront dans son cerveau l’ensemble du programme du baccalauréat. En une nuit, les participants peuvent apprendre l’anglais ou les textes majeurs de la philosophie occidentale. Le tout sur une île paradisiaque, avec des activités ludiques, des bains de soleil sur la plage et une ambiance festive. Le rêve de tout lycéen.

Evidemment, le rêve tourne au cauchemar. Sinon, il n’y aurait pas d’histoire. Je ne peux pas vous en dire davantage, mais la phase des complications est ce qui m’a le plus déçu. Les réflexions auxquelles donne lieu l’univers de Victor Dixen sont passionnantes, le récit est parfois terne.

Aucun regret…

J’ai tardé à me procurer Cogito. Je trouvais l’édition numérique hors de prix. Cependant, j’en ai eu pour mon argent. La mise en forme et les illustrations sont d’une qualité extraordinaire.

Finalement, j’ai eu tort, en commençant cette chronique, de descendre la littérature « jeunesse ». Si j’étais encore prof, je ferais lire ce roman à mes élèves sans complexe. Même s’il n’échappe pas aux travers du genre, j’aurais l’impression de leur apporter quelque chose.